OpenAI a décidé d’entrer dans le secteur des smartphones en grand. Selon l’analyste Ming-Chi Kuo, l’entreprise travaille déjà avec Qualcomm et MediaTek sur un processeur sur mesure, et collabore avec Luxshare en tant qu’assembleur, avec pour objectif un envoi annuel compris entre 300 et 400 millions d’unités. Ce chiffre constitue un défi direct pour l’iPhone.
C’est la première fois qu’OpenAI met autant d’efforts dans un appareil grand public. Jusqu’à récemment, leurs projets hardware étaient de plus petites envergures : des écouteurs portant le nom de code Sweetpea (marque commerciale prévue Dime, utilisant un Samsung Exynos en fabrication à 2 nm pour le traitement local) et un dispositif en forme de stylo, Gumdrop, sans écran, conçu pour être porté en poche ou autour du cou. La conclusion de Kuo est claire : ce plan a été relégué au second plan, du moins pour le moment, face à la stratégie du téléphone.
Que dit exactement Ming-Chi Kuo ?
Connu pour ses analyses de la chaîne d’approvisionnement asiatique d’Apple, Kuo a publié ses détails sur X. Il affirme que les spécifications du smartphone devraient être finalisées d’ici la fin 2026 ou le premier trimestre 2027, et qu’il s’agit d’un appareil haut de gamme. La pièce maîtresse est le processeur, sur lequel Qualcomm et MediaTek collaborent étroitement avec OpenAI. Luxshare, déjà fournisseur critique pour Apple dans l’assemblage, prendrait en charge le montage du nouvel appareil.
Processeur sur mesure avec Qualcomm et MediaTek
La participation de deux concurrents comme Qualcomm et MediaTek dans le même projet indique certains indices sur l’architecture finale. Il est probable que chaque partenaire apporte des blocs différents : Qualcomm domine la connectivité mobile et les DSP avancés, MediaTek possède de l’expérience dans les NPU (unités de traitement neural) efficaces et dans la fabrication de puces pour des marchés à fort volume. OpenAI, pour sa part, souhaite que le silicium soit adapté à ses modèles d’inférence locale, avec des blocs optimisés pour les poids et la faible latence nécessaires à ses agents intelligents.
Ce mouvement rappelle la stratégie d’Apple avec les séries A et M : une intégration verticale afin que le processeur, le système et l’expérience utilisateur parlent le même langage. La différence étant qu’ici, OpenAI ne contrôle pas la fonderie et devra dépendre de TSMC ou Samsung Foundry pour l’approvisionnement en wafers en nœuds de 2 nm ou moins, lorsque ceux-ci seront disponibles.
Le smartphone comme un indicateur en temps réel de l’utilisateur
La vision d’OpenAI transforme le rôle du téléphone. Pour Sam Altman et son équipe, l’appareil ne doit pas se limiter à un menu d’applications, mais devenir un nœud permanent qui capte le contexte de l’utilisateur pour le transmettre à un agent IA. L’idée est de partager l’inférence entre ce que le processeur peut traiter localement et ce qui est délégué au cloud d’OpenAI. Cette architecture nécessite un hardware très spécifique, notamment pour gérer la hiérarchie de mémoire, la consommation d’énergie et la confidentialité des données.
Si cette vision se réalise, le modèle économique basé sur les applications, qui soutient une grande partie de l’écosystème iOS, pourrait perdre de son importance. La App Store cesserait d’être la seule vitrine, et la conversation avec l’agent IA deviendrait l’interface principale. Pour Apple, qui utilise déjà Google Gemini pour une partie de ses fonctionnalités IA dans Siri, c’est un scénario gênant.
L’importance stratégique de Luxshare
Le choix de Luxshare comme assembleur n’est pas anodin. L’entreprise chinoise augmente depuis des années sa capacité de production pour Apple, maîtrisant les processus de qualité et les volumes requis pour le haut de gamme. Pour OpenAI, cela représente une voie rapide pour atteindre des centaines de millions d’unités sans devoir développer sa propre infrastructure. Pour Luxshare, c’est un client puissant qui diversifie son exposition à Cupertino.
Les risques pour OpenAI
Ce projet n’est pas sans défis. Concevoir un smartphone à vocation mondiale implique de mettre en place un réseau de support technique, d’obtenir des certifications par pays, de négocier avec des opérateurs et d’organiser une logistique — des aspects que OpenAI ne maîtrise pas encore. S’abonner à un agent IA, aussi avancé soit-il, ne garantit pas de migrer facilement depuis un écosystème iOS ou Android bien établis. Et il ne faut pas oublier le cadre réglementaire : l’UE, les États-Unis et la Chine examineront de près tout dispositif capable de recueillir en temps réel le contexte complet de l’utilisateur.
Le précédent du Humane Ai Pin et du Rabbit R1 montre qu’entrer dans la poche de l’utilisateur avec du hardware innovant est très difficile. Ce qui fait la différence avec OpenAI, c’est la force de sa marque et la traction qu’a apportée ChatGPT, avec ses centaines de millions d’utilisateurs mensuels. Cette base pourrait se transformer en une demande réelle si cette initiative trouve son public.
Calendrier et prochains jalons
Selon Kuo, la finalisation des spécifications est prévue pour fin 2026 ou début 2027. Ensuite, les délais habituels pour un smartphone haut de gamme indiquent un lancement dans une fenêtre de 12 à 18 mois, avec une production initiale modeste avant de viser ces 300-400 millions d’unités annuelles mentionnées par l’analyste. La cadence de production chez TSMC ou Samsung, couplée à l’assemblage par Luxshare, déterminera le rythme.
Au fond, l’enjeu stratégique du silicium pour l’IA est sur la table. L’inférence en mobilité s’inscrit dans la compétition pour le prochain grand cycle hardware, en parallèle de ce qui se passe dans les centres de données, où les grands vendeurs de logiciels se repositionnent pour fournir des agents aux entreprises. Si OpenAI parvient à intégrer son processeur sur mesure dans un volume aussi ambitieux, la carte du smartphone pourrait fortement évoluer dans les années à venir.
Questions fréquemment posées
Quand arrivera le smartphone d’OpenAI ?
Selon Ming-Chi Kuo, les spécifications seront finalisées entre la fin 2026 et le premier trimestre 2027. La sortie commerciale pourrait prendre plus de temps, probablement entre 12 et 18 mois après la finalisation du hardware, ce qui situerait le lancement effectif entre fin 2027 et la première moitié de 2028.
Qui fabrique le processeur ?
Qualcomm et MediaTek participent à la conception du processeur sur mesure en collaboration avec OpenAI. La fabrication du wafer sera très probablement assurée par TSMC ou Samsung Foundry, seuls capables de proposer des nœuds avancés à 2 nm ou moins dans le calendrier prévu.
Quel volume OpenAI prévoit-elle ?
L’analyste estime une production annuelle comprise entre 300 et 400 millions d’unités. Il s’agit d’une gamme très haut de gamme à l’échelle mondiale, et si cet objectif est atteint, cela placerait OpenAI au sommet du marché.
Sera-t-il un remplaçant de l’iPhone ?
OpenAI défend cette initiative comme un défi direct à Apple. Son idée est que l’interface principale ne sera plus le menu d’applications, mais l’agent IA, ce qui pourrait éroder le modèle de la App Store. Apple devra agir rapidement si elle ne veut pas voir sa position s’affaiblir.
Qu’en est-il des autres produits OpenAI ?
Les projets Sweetpea (écouteurs Dime avec Exynos 2 nm) et Gumdrop (dispositif en forme de stylo sans écran) sont relégués en arrière-plan, selon Kuo. La société concentre ses ressources matérielles sur le smartphone car elle considère que c’est encore la catégorie de dispositifs personnels la plus importante, et la voie la plus directe pour déployer ses agents auprès de centaines de millions d’utilisateurs.