L’Inde dépasse les 2 GW de centres de données, mais l’IA exige de refaire ses racks

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L’Inde se prépare à clôturer 2026 avec environ 2 GW de capacité opérationnelle en centres de données, après avoir ajouté près de 130 MW au premier semestre et en prévoyant plus de 200 MW pour la seconde moitié de l’année. Le défi réside dans le fait qu’une grande partie de l’infrastructure existante a été conçue pour des charges de travail antérieures à l’essor actuel de l’intelligence artificielle, tandis que les nouveaux systèmes d’IA multiplient la puissance à concentrer dans chaque rack.

Les enjeux des centres de données en Inde face à la montée de l’IA en 30 secondes

  • L’Inde pourrait atteindre 2 GW de capacité opérationnelle en centres de données d’ici fin 2026.
  • Le pays a ajouté environ 130 MW au premier semestre et espère plus de 200 MW supplémentaires d’ici décembre.
  • Les engagements d’investissement ont atteint 38 milliards de dollars au premier semestre, soit 173 milliards depuis 2021.
  • Plus de 15 % des engagements totaux depuis 2021 sont liés à la demande en IA.
  • Le défi évolue, passant de la simple construction de capacité à la préparation de l’énergie, du refroidissement et de la distribution pour des racks à haute densité.

Le chiffre de 2 GW reflète la croissance rapide de l’infrastructure numérique indienne, mais masque également une transformation plus profonde. Les centres de données, conçus pendant des années pour des charges d’entreprise, des services cloud et du contenu digital, doivent désormais s’adapter à des serveurs équipés d’accélérateurs d’intelligence artificielle qui concentrent beaucoup plus de puissance dans un espace beaucoup plus réduit.

Selon un rapport de CBRE publié en septembre, la capacité opérationnelle de l’Inde atteindrait environ 1,75 GW à la fin du premier semestre 2026, après avoir ajouté 130 MW lors des six premiers mois. La consultante prévoit que plus de 200 MW entreront en service durant la seconde moitié de l’année, amenant le marché à près de 2 GW en décembre.

Cette croissance s’accompagne d’un flux considérable d’investissements. Les engagements accumulés depuis 2021 s’élevaient à environ 173 milliards de dollars à la fin juin, dont 38 milliards annoncés uniquement au premier semestre 2026. Les projets de hyperscalers et d’opérateurs de colocation représentent environ 62 % de ces engagements.

L’intelligence artificielle joue déjà un rôle majeur dans cette dynamique financière : plus de 15 % des engagements depuis 2021 sont liés à une demande spécifique en IA.

Le problème ne se limite plus à combien de mégawatts l’Inde peut ajouter

L’Inde construit sa capacité à un rythme soutenu, mais l’expansion de l’IA modifie la manière dont ces mégawatts doivent être exploités.

Un centre de données classique peut répartir sa consommation entre de nombreux racks avec des densités modérées. En revanche, les systèmes destinés à entraîner ou exécuter des modèles d’IA concentrent de grands nombres d’accélérateurs dans peu d’armoires. Cela modifie les besoins en alimentation électrique, refroidissement, distribution physique et redondance.

En Inde, cette différence devient visible : le secteur évolue d’armoires de l’ordre de 100 kW vers des configurations pouvant atteindre potentiellement 1 MW par rack dans certains centres spécialisés IA, selon Vertiv en février. Cela ne signifie pas que tous les racks du pays atteindront ces chiffres, mais montre l’amplitude croissante des densités que doivent supporter les nouvelles installations.

Une analyse de l’Alliance for an Energy Efficient Economy indique une différence encore plus marquée entre infrastructures classiques et charges IA : alors que les racks traditionnels travaillent généralement dans une fourchette de densité moyenne de 4 à 8 kW, certains racks d’IA dépassent 120 kW. Ce saut impose de repenser la refroidissement, notamment parce que les systèmes d’air conventionnels perdent en capacité pour évacuer de telles quantités de chaleur.

En pratique, un centre de données disposant de surface disponible ne peut pas forcément accueillir tous types de serveurs IA : il peut avoir assez d’espace, de connectivité réseau et d’alimentation électrique globale, mais manquer d’une distribution électrique ou d’un refroidissement adaptés à la concentration de 100 kW ou plus dans une seule armoire.

Cela rend la adaptation des installations existantes l’un des obstacles techniques majeurs de cette nouvelle étape.

Mumbai demeure le leader, mais l’Inde commence à se diversifier

Mumbai reste le principal centre de données du pays, avec 94 % de la nouvelle capacité ajoutée au premier semestre 2026, selon CBRE.

Ce poids s’explique notamment par la présence d’infrastructures de télécommunications robustes, avec des connexions internationales, des stations de câbles sous-marins et un écosystème financier et entrepreneurial développé.

Néanmoins, la croissance commence à s’étendre à d’autres marchés. Chennai, Delhi-NCR, Hyderabad, Bengaluru, Kolkata et Visakhapatnam font partie des zones en expansion selon les opérateurs.

CBRE indique que plus de 80 % de la capacité opérationnelle de l’Inde reste concentrée à Mumbai, Chennai et Delhi-NCR. La prochaine phase de croissance devrait faire émerger davantage de marchés secondaires, notamment ceux offrant une disponibilité énergétique, une connectivité et des conditions favorables à de grandes installations.

Le choix des sites évolue également. L’accès à l’énergie et la possibilité de recourir à de l’électricité renouvelable gagnent en importance, aux côtés de la connectivité réseau. Selon CBRE, la disponibilité électrique, les ressources renouvelables et la capacité d’extension deviennent des critères clés pour le développement de nouveaux centres de données en Asie.

Pour l’IA, cette question revêt une importance particulière : la demande électrique ne croît pas simplement avec la surface construite. La densité des serveurs détermine la puissance requise pour chaque zone du bâtiment, ainsi que la chaleur à évacuer.

43 % de l’offre est désormais en Tier IV

L’évolution technologique se manifeste également à travers le niveau de disponibilité et de redondance des installations.

Selon CBRE, les centres de données de Tier IV représentaient 43 % de l’offre totale au premier semestre 2026, contre 21 % en 2024. La progression illustre comment les opérateurs augmentent la sophistication de leurs infrastructures face à une demande croissante pour les services critiques.

La structure même des projets évolue également : plus de 85 % des engagements réalisés au premier semestre concernent des portefeuilles présents dans plusieurs villes.

Cette diversification présente des avantages évidents : réduction de la dépendance à un marché unique, répartition des charges entre plusieurs sites. Mais elle complique également la gestion de l’énergie, des réseaux, du refroidissement et de l’exploitation des systèmes.

Les investissements locaux jouent aussi un rôle de plus en plus significatif. Les investisseurs indiens représentaient 38 % du capital total depuis 2021, devant les États-Unis avec 27 %. Quant à la nouvelle offre, les promoteurs nationaux ont apporté 48 % lors du premier semestre 2026, contre 28 % pour les opérateurs américains et 24 % pour les Européens.

L’Inde ne se limite plus à un marché où des sociétés étrangères construisent de la capacité : les opérateurs et développeurs locaux jouent désormais un rôle clé dans l’expansion de cette infrastructure.

L’IA modifie aussi la refroidissement

La concentration de puissance dans les racks IA entraîne une conséquence physique immédiate : presque toute l’énergie électrique consommée par les serveurs est transformée en chaleur, qu’il faut évacuer du bâtiment.

Pour des charges classiques, l’air peut suffire à évacuer une partie de cette chaleur. Mais lorsque la densité augmente fortement, des limites thermiques et de circulation se posent. C’est pourquoi les nouveaux centres conçus pour l’IA intègrent des systèmes de refroidissement liquide, des échangeurs et des circuits capables de récupérer la chaleur directement depuis les composants.

Toutes les installations ne nécessitent pas le même système ; cela dépend de la puissance par rack, du type d’accélérateur, du design du serveur et de l’architecture du centre. Cependant, la hausse de densité pousse à envisager la refroidissement liquide comme une solution incontournable dans les futurs projets IA, notamment pour faire face à des intensités de refroidissement plus élevées.

En Inde, cette adaptation est cruciale, car de nombreuses installations préexistantes ont été conçues avant que les accélérateurs modernes n’atteignent ces densités.

Le défi n’est pas uniquement de remplacer un centre entier, mais aussi d’intégrer des circuits de refroidissement liquide, de modifier la distribution électrique ou de réserver certaines salles pour des charges à haute densité. La capacité d’adaptation a ses limites, et elle conditionnera quels centres pourront accueillir les futures générations de systèmes d’IA.

L’Inde veut faire du boom une infrastructure pérenne

Le marché indien a déjà franchi une nouvelle étape en Asie-Pacifique. CBRE a classé l’Inde en 2026 parmi les Leading Data Centre Markets, aux côtés du Japon, de l’Australie et de la Chine continentale. Cette reconnaissance est liée à l’ampleur du marché, à la croissance des investissements et à l’expansion des infrastructures.

Le pays apparaît aussi comme une région où l’expansion liée à l’IA pourrait bénéficier d’un marché plus mature. La population, la digitalisation, les services cloud et l’activité accrue des hyperscalers génèrent une demande durable de capacité.

Mais la prochaine étape sera plus exigeante : atteindre 2 GW de centres de données ne garantit pas forcément d’avoir 2 GW adaptés aux charges IA à haute densité.

L’enjeu sera dans la répartition de cette énergie, la capacité des infrastructures à supporter des racks de dizaines ou centaines de kilowatts, ainsi que la fourniture continue en énergie, refroidissement, espace, connectivité et alimentation électrique fiable.

Les engagements d’investissement anticipent déjà cette demande croissante. CBRE estime que 92 % des opérateurs interrogés envisagent d’augmenter leur capacité de façon agressive, avec plus de 100 MW supplémentaires prévus dans les deux prochaines années.

Ainsi, l’Inde construit un marché de centres de données de taille toujours croissante, tout en voyant évoluer le matériel qu’elle doit accueillir. Les 2 GW attendus fin 2026 constitueront une référence, mais le vrai défi sera dans la capacité à alimenter en haute densité des clusters d’IA, et à transformer cette capacité installée en puissance réellement prête à l’emploi là où elle est requise. La distinction entre capacité installée et capacité prête pour l’IA sera un facteur clé dans la prochaine phase du marché indien.

Questions fréquentes

Quelle capacité de centres de données l’Inde aura-t-elle fin 2026 ?

CBRE prévoit qu’en 2026, l’Inde atteindra environ 2 GW de capacité opérationnelle en centres de données. Elle en disposait d’environ 1,75 GW à la fin du premier semestre.

Combien l’Inde a-t-elle investi dans les centres de données ?

Les engagements d’investissement depuis 2021 ont atteint environ 173 milliards de dollars jusqu’au premier semestre 2026. Seulement lors des six premiers mois de 2026, environ 38 milliards ont été annoncés.

Pourquoi l’IA nécessite-t-elle de nouveaux centres de données ?

Les accélérateurs d’IA concentrent beaucoup plus de puissance dans certains racks que les charges classiques, ce qui requiert de renforcer l’alimentation électrique, la distribution, le refroidissement et d’autres éléments de l’infrastructure.

Quelle ville abrite le plus de centres de données en Inde ?

Mumbai demeure le principal marché, avec 94 % de la nouvelle capacité en 2026. Toutefois, l’expansion se diffuse aussi vers Chennai, Delhi-NCR, Hyderabad, Bengaluru, Kolkata et Visakhapatnam.

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