L’Inde ne se limite plus à parler de projets de fabrication de semi-conducteurs, elle commence à obtenir des résultats concrets. Le ministre de l’Électronique et des Technologies de l’Information, Ashwini Vaishnaw, a annoncé que le pays compte désormais 12 projets industriels de semi-conducteurs mobilisant environ 20 milliards de dollars d’investissement, dont trois produisent déjà commercialement des puces. Cette annonce coïncide avec l’approbation de Semicon 2.0, la nouvelle phase de la stratégie industrielle visant à faire de New Delhi un acteur majeur dans la chaîne d’approvisionnement mondiale de semi-conducteurs.
Les points clés du plan semi-conducteur de l’Inde en 20 secondes
- L’Inde a approuvé 12 projets industriels liés à la fabrication de semi-conducteurs.
- Trois installations produisent déjà des puces commercialement, d’autres progressent vers leur lancement.
- Le gouvernement a adopté Semicon 2.0 pour étendre la fabrication, la conception et la chaîne d’approvisionnement.
- L’objectif est de réduire la dépendance extérieure et d’attirer de nouveaux investissements internationaux.
Il y a tout juste quatre ans, l’Inde disposait presque d’aucune capacité industrielle propre pour la fabrication de puces. Aujourd’hui, le pays cherche à reproduire le modèle suivi auparavant dans l’industrie électronique et des smartphones : attirer l’investissement étranger, développer des fournisseurs locaux et créer un écosystème capable de rivaliser à l’échelle internationale.
Des annonces à la production concrète
Le programme Semicon India, lancé en 2022, avait une mission claire : faire de l’Inde un nouveau pôle mondial pour l’industrie du semi-conducteur.
Selon le gouvernement indien, le programme a déjà permis d’approuver 12 projets industriels avec des investissements supérieurs à 164 milliards de roupies (environ 20 milliards de dollars), répartis entre usines de wafers, encapsulage avancé (OSAT), semi-conducteurs de puissance et nouvelles technologies comme le carbure de silicium (SiC) ou le nitrure de gallium (GaN).
Les trois premières usines produisant déjà commercialement des puces sont :
| Entreprise | Type d’installation | Statut |
|---|---|---|
| Micron Technology | Assemblage et test de mémoires | Production commerciale |
| Kaynes Semicon | Encapsulage et tests (OSAT) | Production commerciale |
| CG Semi | Encapsulage et tests (OSAT) | Production commerciale |
De plus, d’autres installations soutenues par Tata Electronics, HCL-Foxconn, SicSem, Crystal Matrix ou Suchi Semicon continuent de progresser dans le cadre du programme national.
Semicon 2.0 élargit l’ambition
La prochaine phase est déjà en marche.
Le gouvernement a officiellement approuvé Semicon 2.0 en juillet, avec un budget de 1,27 billion de roupies, bien supérieur à celui du programme initial. Contrairement à la première étape, principalement axée sur l’attraction des fabricants, la nouvelle stratégie vise à développer toute la chaîne de valeur du semi-conducteur.
Les six piliers majeurs du nouveau programme comprennent :
- Conception de puces
- Fabrication d’équipements pour semi-conducteurs
- Production de matériaux
- Développement de propriété intellectuelle nationale
- Renforcement de la chaîne d’approvisionnement
- Formation de talents spécialisés
L’objectif est de remédier à l’une des principales faiblesses de l’Inde : sa dépendance quasi totale vis-à-vis des fournisseurs étrangers pour les matériaux, les machines et les technologies critiques.
Une démarche géopolitique autant qu’industrielle
La course de l’Inde aux semi-conducteurs ne répond pas uniquement à des motifs économiques.
Les tensions entre les États-Unis et la Chine, les restrictions à l’exportation de technologies avancées et les perturbations liées à la pandémie ont convaincu de nombreuses économies que dépendre d’un seul pays pour la fabrication des puces représente un risque stratégique.
Les États-Unis ont lancé la CHIPS and Science Act, l’Union européenne développe la European Chips Act, le Japon finance des projets comme Rapidus, et la Corée du Sud continue d’étendre son leadership dans la mémoire.
L’Inde souhaite désormais occuper une place propre dans ce nouveau paysage industriel mondial.
Son avantage compétitif ne réside pas uniquement dans les incitations publiques. Elle dispose également d’une vaste base d’ingénieurs, d’un marché intérieur en expansion et d’un poids croissant dans la production électronique mondiale.
Le défi maintenant : passer de l’encapsulation aux usines de pointe
Malgré des progrès significatifs, il est important de replacer cela dans le contexte.
Une grande partie des projets actuellement en activité appartiennent au segment OSAT (Assembly and Test of Semiconductors), dédié à l’assemblage, l’encapsulage et le test des puces.
La fabrication de wafers avancés demeure beaucoup plus complexe.
Le projet le plus ambitieux concerne Tata Electronics, qui développe avec la taiwanaise PSMC une usine de wafers à Gujarat, avec une capacité prévue de 50 000 wafers par mois. La planta d’encapsulage de Tata en Assam, conçue pour produire jusqu’à 48 millions de puces par jour, lorsque sa capacité sera atteinte, est également en avant.
Construire une industrie compétitive nécessitera encore plusieurs années d’investissements, de formation et de création de fournisseurs locaux.
Le prochain défi : attirer la conception et l’intelligence artificielle
Un autre changement par rapport au programme initial réside dans la montée en puissance du design de puces.
Le gouvernement affirme que plus d’une centaine de startups utilisent déjà des outils professionnels de conception électronique (EDA) dans le cadre du programme national, et que plusieurs dizaines développent des processeurs pour la communication, les satellites, l’IoT, l’intelligence artificielle, les drones ou l’automobile.
L’objectif est que l’Inde ne se limite pas uniquement à l’assemblage ou à la fabrication, mais participe également au développement de propriété intellectuelle, un secteur à forte valeur ajoutée dans l’industrie.
Questions fréquemment posées
Combien d’usines de semi-conducteurs l’Inde a-t-elle approuvées ?
Actuellement, il existe 12 projets industriels approuvés dans le cadre de Semicon India, avec des investissements proches de 20 milliards de dollars.
Combien produisent déjà des puces ?
Selon le gouvernement indien, Micron, Kaynes Semicon et CG Semi ont déjà lancé leur production commerciale.
Qu’est-ce que Semicon 2.0 ?
Il s’agit de la seconde phase de la stratégie nationale pour les semi-conducteurs, centrée sur l’expansion de la fabrication, le développement de fournisseurs, la stimulation du design de puces et le renforcement de toute la chaîne d’approvisionnement.
L’Inde peut-elle rivaliser avec Taiwan ou la Corée du Sud ?
A court terme, non. L’Inde est encore dans une phase initiale, et une grande partie de ses projets concerne l’encapsulation et les tests. Toutefois, le pays ambitionne de devenir, au cours de la prochaine décennie, l’un des principaux centres mondiaux de fabrication et de conception de semi-conducteurs.