Le CIO change de rôle : l’IA oblige à connecter la technologie et l’entreprise

McKinsey chiffre la mutation du travail, mais l'IA va plus loin

L’intelligence artificielle bouleverse les priorités des responsables technologiques en entreprise. Aligner la stratégie informatique avec les objectifs commerciaux est devenu la priorité principale des CIO, surpassant même la cybersécurité. C’est ce que révèle le rapport CIO Outlook 2026 d’Experis, basé sur une enquête réalisée auprès de 1 930 CIO, CTO, CISO et autres leaders technologiques dans 12 pays, entre le 28 janvier et le 4 mars 2026.

Les clés du nouveau rôle du CIO en 20 secondes

  • 94 % considèrent que l’alignement entre technologie et entreprise doit constituer une priorité stratégique.
  • 54 % assurent que leurs investissements en IA génèrent déjà des retours positifs.
  • 44 % identifient la vitesse d’évolution technologique comme leur principal obstacle.
  • Cybersécurité, IA et cloud computing sont les compétences techniques les plus recherchées.
  • 81 % privilégient la souveraineté numérique, même si l’externalisation vers des services offshore ou nearshore est en augmentation.

Ce changement ne signifie pas que la sécurité informatique a perdu de son importance. Au contraire, elle continue à concentrer l’essentiel des investissements et reste une des compétences clés recherchées par les responsables informatiques. Cependant, les attentes envers le rôle du CIO évoluent : il ne suffit plus de maintenir l’infrastructure, de sécuriser les systèmes ou de gérer des projets technologiques. Chaque investissement doit désormais se justifier par des résultats tangibles pour la direction.

L’arrivée de l’IA accélère cette mutation. Les entreprises sont passées de prototypes à l’évaluation du retour sur investissement : combien d’argent génèrent-elles, combien économisent-elles, quels processus peuvent-ils réellement transformer ?

L’IA entre dans la phase de démonstration des résultats

Le chiffre le plus représentatif du rapport est probablement celui du retour sur investissement de l’IA.

54 % des responsables technologiques déclarent avoir déjà obtenu des retours positifs de leurs investissements en IA. Par ailleurs, 51 % considèrent que leur niveau d’investissement actuel est approprié, tandis que 31 % estiment que les organisations dépensent trop, et 18 % n’ont pas encore de position claire.

Une contradiction apparente demeure : seulement 17 % pensent que fournir des solutions d’IA constitue une responsabilité principale du CIO.

Cela s’explique par la façon dont cette technologie se diffuse dans les organisations. L’IA cesse d’être un projet isolé du département technologie pour être intégrée dans la relation client, les opérations, le développement logiciel, l’analyse de données ou l’automatisation.

Six responsables IT sur dix indiquent déjà avoir déployé des technologies d’IA dans leurs systèmes actuels. Le 34 % mentionne l’automatisation et les solutions IA, y compris chatbots et automatisation robotique des processus (RPA), comme sources de retour d’investissement significatif.

L’infrastructure traditionnelle garde également une place importante. Le 41 % considère que le cloud computing et l’infrastructure numérique élastique sont les principaux moteurs de retour sur investissement.

Ainsi, l’IA ne remplace pas les priorités technologiques antérieures, elle s’ajoute en apportant de nouvelles exigences d’intégration et de support infrastructurel.

Le principal défi est désormais de suivre le rythme de l’évolution technologique

La rapidité avec laquelle de nouvelles technologies émergent crée aussi des difficultés pour les entreprises.

44 % des dirigeants technologiques évoquent la nécessité de suivre le rythme du changement comme leur principal frein, contre 34 % en 2025, une hausse de dix points.

Les disparités géographiques sont notables. Selon le graphique du rapport, cette préoccupation atteint 63 % en Israël, 57 % en Suède, et 56 % en Suisse et en Norvège. En Espagne, ce chiffre s’élève à 43 %, proche de la moyenne mondiale.

D’autres préoccupations populaires incluent la justification de la valeur des initiatives technologiques (26 %), la gestion de la résistance interne (25 %), ainsi que les systems hérités et la cybersécurité (22 % chacun).

Ce contexte explique une partie de l’évolution du rôle du CIO : il doit non seulement maîtriser de nouvelles compétences mais aussi juger de leur pertinence, éviter que ces initiatives ne deviennent coûteuses sans résultats concrets.

La pression est d’autant plus forte que cette fonction reste mal connue au sein de la direction générale : 61 % des responsables technologiques pensent que d’autres cadres supérieurs ne comprennent pas pleinement le rôle et les responsabilités du CIO, contre 49 % en 2025.

Cybersécurité, IA et cloud : des compétences recherchées chez les professionnels

L’essor de l’IA ne conduit pas, selon le rapport, à une suppression massive des postes technologiques traditionnels.

Experis note que la réduction d’effectifs liée à l’IA a diminué comparé à 2025. Les entreprises préfèrent surtout intégrer l’IA à des postes existants, combiner compétences technologiques et vision stratégique, tout en renforçant la polyvalence de certains profils.

L’intervention humaine demeure essentielle dans ce modèle hybride.

Le défi principal réside dans la recherche de professionnels possédant ces compétences. La cybersécurité reste la compétence technologique la plus demandée, mentionnée par 46 % des répondants. Elle est suivie par l’IA et le machine learning (37 %) et le cloud computing (31 %).

Puis viennent la collaboration et le travail d’équipe, le développement logiciel (22 %), DevOps (20 %), ainsi que l’adaptabilité et l’apprentissage continu (17 %) et la résolution de problèmes (16 %).

Ces chiffres montrent que la demande ne se limite pas aux spécialistes en développement d’IA, mais concerne aussi la sécurité, l’intégration, l’exploitation et la gestion inter-fonctionnelle des compétences nécessaires.

La paradoxe de la souveraineté numérique

Le rapport souligne une tension importante pour les départements IT.

81 % des responsables IT considèrent la souveraineté numérique comme une priorité élevée, c’est-à-dire le contrôle sur leurs données, leur infrastructure, leur hardware et leur software.

Toutefois, 67 % envisagent d’accroître leur dépendance à des services offshore ou nearshore en 2026.

Les entreprises souhaitent garder un contrôle accru sur leur technologie et leurs données, tout en recourant simultanément à des services externes. Ces deux exigences peuvent difficilement être conciliées.

La sécurité demeure aussi une préoccupation budgétaire. 72 % affirment que leur stratégie en matière de risques est alignée avec leur préparation à la cybersécurité, en baisse par rapport à 77 % en 2025. De plus, 72 % réalisent une formation régulière en sécurité, contre 74 % auparavant.

Le message de CIO Outlook 2026 est moins technologique qu’il n’y paraît : la difficulté ne réside plus uniquement dans l’accès à l’IA, au cloud, à l’automatisation ou aux nouvelles plateformes, mais dans la capacité à faire fonctionner ces investissements dans des entreprises concrètes et à en obtenir des résultats mesurables.

Cela pousse le CIO à occuper un rôle de plus en plus proche du business. La sélection des technologies reste une tâche clé. Expliquer pourquoi une technologie est achetée, quels problèmes elle résout, comment elle s’intègre et quels sont les retours attendus deviennent aussi importants que leur acquisition.

Questions fréquentes

Quelle est la principale priorité des CIO en 2026 ?

Selon Experis, 48 % considèrent que le rôle principal du CIO est d’aligner la stratégie technologique avec les objectifs de l’entreprise. En 2025, ce chiffre était de 34 %.

Les entreprises tirent-elles déjà profit de leurs investissements en IA ?

54 % des responsables interrogés affirment que leurs investissements en IA génèrent déjà des retours positifs, bien qu’un tiers considère qu’elles sont encore excessives.

Quels profils technologiques sont les plus recherchés par les entreprises ?

La cybersécurité arrive en tête avec 46 %, suivie par l’intelligence artificielle et le machine learning (37 %), puis le cloud computing avec 31 %.

Quelles sont les principales préoccupations des CIO en Espagne ?

Le rapport indique que 43 % des responsables technologiques en Espagne considèrent que la capacité à suivre le rythme du changement technologique constitue un défi majeur.

vía : CIO Outlook 2026

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