La Suisse prépare le départ de Microsoft 365 : l’Europe cherche à contrôler ses données

La Suisse prépare le départ de Microsoft 365 : l'Europe cherche à contrôler ses données

Le gouvernement fédéral suisse a lancé un plan visant à transférer environ 3 000 postes de travail vers openDesk, une plateforme d’outils open source pouvant remplacer partiellement certaines fonctions de Microsoft 365. Annoncée en septembre 2026, cette initiative bénéficie d’un budget prévu de 9 millions de francs suisses et s’inscrit dans une stratégie visant à réduire la dépendance technologique vis-à-vis de fournisseurs étrangers. Il ne s’agit pas, dans l’immédiat, d’un retrait complet de Microsoft : les deux plateformes cohabiteront au cours de la phase pilote.

Les clés de la souveraineté numérique européenne en 20 secondes

  • La Suisse consacrera 9 millions de francs suisses à la phase d’expérimentation d’openDesk sur environ 3 000 postes de travail.
  • L’administration maintiendra Microsoft 365 durant cette période, dont la fin est prévue pour fin 2027.
  • L’unité suisse de cybersécurité militaire prévoit de finaliser sa migration en octobre 2026.
  • La France et l’État allemand de Schleswig-Holstein progressent aussi vers des solutions open source alternatives.
  • L’objectif est de réduire la dépendance à un unique fournisseur, mieux contrôler les données et limiter les coûts liés aux licences.

Ce projet va au-delà d’un simple remplacement de Windows par Linux. La transformation que la Suisse envisage concerne principalement les applications bureautiques, la messagerie, le stockage de fichiers et les outils collaboratifs utilisés depuis le cloud. La décision soulève une question de plus en plus cruciale pour les administrations publiques : qui détient le contrôle sur les services numériques essentiels à leur activité quotidienne, et sous quelle législation sont régis les données qu’elles gèrent ?

Ce projet s’inscrit aussi dans une tendance plus large en Europe. La France prépare une transition de grande ampleur pour son administration, tandis que Schleswig-Holstein, en Allemagne, remplace progressivement des composants de Microsoft par des alternatives open source. Si leurs situations diffèrent, ces démarches partagent une préoccupation commune : diminuer la dépendance à un fournisseur unique et renforcer leur autonomie sur l’infrastructure technologique publique.

Ce que la réforme va réellement changer pour l’administration suisse

Le plan suisse démarre avec une expérimentation de faisabilité appelée PoC BOSS. Selon la source initiale, la Chancellerie fédérale financera avec 9 millions de francs suisses une phase pilote qui concernera environ 3 000 des 54 000 postes de travail de l’administration fédérale. La finalisation de cette migration est anticipée pour fin 2027.

Il ne s’agit pas d’un arrêt brutal de Microsoft 365. Pendant la transition, les employés pourront continuer à utiliser la suite Microsoft pour évaluer ce que openDesk peut prendre en charge, identifier les éventuels problèmes et ajuster les applications si nécessaire. Cette coexistence permet de tester la compatibilité avec les processus internes avant d’envisager une adoption plus large.

Une précédente phase de test impliquant 172 agents fédéraux a montré que les fonctions de traitement de documents, messagerie, calendrier et stockage ont donné des résultats positifs. En revanche, les vidéoconférences à grande échelle ont rencontré certaines limites techniques, notamment à l’échelle de toute l’administration.

Ce résultat illustre que remplacer une infrastructure complète ne se limite pas à installer des applications alternatives. La messagerie, la gestion documentaire, les réunions et les identités sont intégrées dans les processus, systèmes et politiques de sécurité. Leur substituabilité dépend de la prise en charge par ces outils de l’ensemble des fonctionnalités, notamment pour gérer les permissions et assurer l’interopérabilité avec d’autres institutions ou entreprises.

L’approche civile se veut prudente, mais la branche militaire suisse de cybersécurité vise une migration plus rapide. Selon l’article, leur objectif est de finaliser le remplacement de Microsoft 365 par openDesk dès octobre 2026. Cette échéance est motivée par la gestion d’informations sensibles et la nécessité d’assurer une maîtrise juridique des services utilisés.

Il est important de distinguer entre l’objectif annoncé et une migration déjà réalisée : la date d’octobre correspond à une prévision, et non à une confirmation que la migration militaire sera entièrement achevée à cette date.

openDesk n’est pas Linux : c’est une alternative à Microsoft 365

Une confusion fréquente concerne la nature même d’openDesk. Il ne s’agit pas d’un système d’exploitation, mais d’une plateforme regroupant diverses applications open source sous une interface intégrée et cohérente.

Développée par le Centre pour la souveraineté numérique de l’administration allemande (ZenDiS), propriété du gouvernement fédéral allemand, cette plateforme vise à offrir aux administrations publiques une alternative aux suites propriétaires de productivité.

Selon la source initiale, openDesk regroupe plusieurs outils conjoints :

  • Nextcloud, pour le stockage et la gestion de fichiers ;
  • Collabora Online, pour la rédaction collaborative de documents ;
  • Element, basé sur le protocole Matrix, pour la messagerie et la collaboration ;
  • OpenProject, pour la gestion de projets ;
  • XWiki, pour la documentation interne ;
  • Open-Xchange, pour la gestion des emails et du calendrier ;
  • Jitsi, pour la visioconférence ;
  • Univention Nubus, pour la gestion des identités.

L’intégration de ces services permet de centraliser des fonctionnalités habituellement réparties entre plusieurs applications. La majorité de l’expérience utilisateur se fait via le navigateur, ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire d’abandonner le système d’exploitation installé. Un ordinateur Windows peut continuer à accéder à cette plateforme sans changements majeurs.

Ce point est essentiel : il ne s’agit pas uniquement de choisir entre Windows ou Linux, mais d’adopter de nouvelles méthodes pour manipuler documents, emails, réunions et outils collaboratifs. Ces services, même déployés sur un ordinateur sous logiciel libre, peuvent continuer à dépendre d’un fournisseur externe.

openDesk n’est pas une application que l’on déploie en un clic sur un serveur personnel. Son architecture, conçue pour Kubernetes, nécessite des compétences en infrastructure, sécurité et maintenance. Elle s’adresse plutôt à des administrations ou organisations dotées d’équipes techniques capables de gérer ce type de déploiement, et ne constitue pas une solution immédiate pour une petite structure ou un indépendant souhaitant simplement cesser son contrat avec Microsoft 365.

L’Europe avance déjà : la France et l’Allemagne démontrent que la transition est en marche

La Suisse n’est pas le seul pays européen à chercher à réduire sa dépendance aux outils Microsoft. La France a annoncé vouloir transférer environ 2,5 millions de postes de la fonction publique hors de Windows. Selon l’article de référence, les ministères doivent établir leurs feuilles de route de migration d’ici l’automne 2026.

Un précédent opérationnel existe en France avec la Gendarmerie nationale, qui utilise depuis 2008 une distribution basée sur Ubuntu, baptisée GendBuntu. Selon la source, cette infrastructure comptait en 2024 environ 103 164 postes, représentant près de 97 % du parc informatique de cette institution. Elle a généré une économie d’environ 2 millions d’euros en licences annuelles et une réduction du coût total de possession d’environ 40 %.

Attention à ne pas généraliser ces chiffres à tous les services publics français : les économies possibles dépendent des coûts liés à la maintenance, la formation, la compatibilité, la mise à jour des équipements, et du prix des licences.

De leur côté, en Allemagne, Schleswig-Holstein a progressé dans une démarche similaire. Fin 2025, environ 80 % de ses 30 000 postes de travail étaient migrés vers des solutions open source, avec une économie estimée de 15 millions d’euros sur les licences. La plupart des économies provenaient du remplacement des outils bureautiques, tandis que le changement du système d’exploitation se poursuit.

Schleswig-Holstein utilise aussi openDesk, ce qui peut apporter des enseignements pratiques pour la Suisse. Toutefois, ces résultats ne garantissent pas que la plateforme répondra de la même façon dans toutes les administrations, chaque organisation ayant ses propres applications, politiques de sécurité et besoins d’interopérabilité.

La tentative de Munich constitue une mise en garde. La ville a lancé en 2003 une migration vers Linux, connue sous le nom de LiMux, mais a décidé en 2017 de revenir à Windows, invoquant des problèmes de compatibilité et des coûts excessifs. Ce cas montre que sans soutien politique et si les coûts ou les difficultés augmentent, une transition technologique peut être remise en cause.

La Suisse et la France cherchent à réduire ce risque en déployant leurs programmes à une échelle plus large et en s’appuyant notamment sur un cadre légal. La loi fédérale sur l’utilisation de moyens électroniques pour l’accomplissement des missions gouvernementales ( EMBAG) est entrée en vigueur en janvier 2024. Elle établit le principe d’un code source ouvert par défaut pour les logiciels développés par l’administration fédérale, dans le respect des conditions légales.

Souveraineté numérique, juridiction et coûts des licences

Le contrôle des données soulève aussi des enjeux juridiques. La loi américaine CLOUD Act de 2018 permet aux autorités américaines d’exiger de certains fournisseurs qu’ils remettent des données qu’ils contrôlent, même si celles-ci sont physiquement stockées à l’étranger.

Cela ne veut pas dire que tous les services ou données hébergés aux États-Unis soient automatiquement accessibles ou soumis aux mêmes obligations légales. La législation applicable dépend de chaque cas précis, et la localisation physique des serveurs n’est qu’un facteur parmi d’autres à considérer.

Pour une administration, réduire cette dépendance peut passer par l’hébergement et la gestion en interne des services. Sur le plan économique, les abonnements aux logiciels propriétaires générant des coûts récurrents peuvent limiter la capacité de négociation, notamment en cas de dépendance à une plateforme unique.

Le logiciel libre offre plus de flexibilité pour adapter, examiner ou déployer ses composants. Cependant, il ne supprime pas les coûts : il faut prévoir du temps et des ressources pour l’installation, la maintenance, la sécurité, la mise à jour et le support utilisateur. La véritable économie ne peut être véritablement évaluée qu’en comparant le coût total sur une période significative.

La Suisse doit encore démontrer qu’elle pourra répondre aux besoins de plusieurs dizaines de milliers d’agents sans perdre en fonctionnalités essentielles. La phase pilote permettra de mesurer cette capacité avant toute extension. Bien que l’expérience de la France et de Schleswig-Holstein soit instructive, elle n’élimine pas totalement les défis techniques et organisationnels liés à une migration à grande échelle.

Questions fréquemment posées

La Suisse va-t-elle abandonner Microsoft 365 ?

La Suisse a lancé un pilote concernant environ 3 000 postes avec openDesk. Pendant cette phase, Microsoft 365 restera accessible en parallèle ; il ne s’agit pas encore d’un abandon total de la suite.

Qu’est-ce qu’openDesk et quelles applications intègre-t-il ?

openDesk est une plateforme d’outils open source destinée à l’administration publique. Elle rassemble des applications pour la gestion des documents, la messagerie, le calendrier, le stockage, la collaboration, la gestion de projets et l’identité numérique.

La Suisse va-t-elle remplacer Windows par Linux ?

Le projet openDesk ne se limite pas à une migration vers Linux. Il concerne principalement les services de productivité et de collaboration accessibles via le navigateur. Le système d’exploitation utilisé sur chaque poste n’est pas nécessairement modifié.

Pourquoi les gouvernements européens cherchent-ils des alternatives à Microsoft 365 ?

Les raisons invoquées sont le contrôle des données, la dépendance à des législations étrangères, la concentration sur un seul fournisseur et le coût des licences. Le choix d’une alternative repose aussi sur la compatibilité, la sécurité et la qualité du support.

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