La souveraineté numérique européenne a une dépendance peu visible : PHP

L'Europe risque de prendre du retard en intelligence artificielle et en technologie en raison d'une réglementation complexe

L’Allemagne consacre 108 millions d’euros à la nouvelle génération de Government Site Builder, la plateforme avec laquelle son administration fédérale migre des centaines de sites web utilisant TYPO3. La Commission européenne gère environ 770 sites sous Drupal, tandis que près de 300 000 utilisateurs fédéraux allemands utilisent des services Nextcloud. Derrière ces trois noms se cache un point commun souvent passé inaperçu lorsque l’Europe évoque sa souveraineté numérique : PHP continue de soutenir une part importante des logiciels open source.

Les clés de PHP et la souveraineté numérique en 30 secondes

  • L’Allemagne a prévu un budget de 108 millions d’euros pour le développement, la migration et l’exploitation de Government Site Builder 11, basé sur TYPO3.
  • La plateforme de la Commission européenne repose sur une infrastructure Drupal partagée pour environ 770 sites de 44 services.
  • Nextcloud fait partie de la Bundescloud allemande, utilisée par près de 300 000 utilisateurs fédéraux.
  • TYPO3, Drupal et Nextcloud ont PHP comme cœur de leur architecture.
  • La PHP Foundation a reçu 730 534 dollars en contributions en 2025.

Ces données proviennent d’une analyse publiée par Sebastian Bergmann sur The PHP Foundation. La thèse n’affirme pas que les administrations aient choisi explicitement PHP comme langage pour garantir leur souveraineté technologique. Les décisions ont été prises autour de produits concrets, principalement des plateformes open source permettant de réduire la dépendance à des solutions propriétaires.

Mais lorsque l’on observe les logiciels qui ont finalement été sélectionnés, PHP apparaît de façon récurrente.

La situation soulève également une question économique. Les gouvernements investissent des dizaines de millions d’euros dans des projets construits sur des logiciels libres, tandis qu’une fraction bien plus faible de ce budget parvient à financer le maintien des langages et composants situés à plusieurs niveaux inférieurs.

L’Allemagne et l’Europe ont choisi des logiciels open source pour leurs services publics

Le cas allemand permet d’illustrer cette tendance par des chiffres concrets.

Le budget prévu pour Government Site Builder 11 (GSB 11) s’élève à 108 millions d’euros répartis sur quatre ans. Selon les données recueillies par The PHP Foundation, 26,88 millions concernent le développement et le support du produit, 73,2 millions pour les migrations et relancements, et environ 8 millions pour l’exploitation.

GSB constitue la solution standard utilisée par l’administration fédérale allemande. Plus de 80 organismes et institutions l’utilisent déjà, et plus de 250 sites ont été construits avec cette plateforme.

La version 11 est basée sur TYPO3, un système de gestion de contenu open source principalement développé en PHP.

Ce choix est intéressant car l’Allemagne avait également envisagé Drupal. En réalité, les deux options qui ont atteint la phase finale utilisaient toutes deux PHP.

La Commission européenne fournit un autre exemple à une échelle encore plus grande.

Lors du Drupal4Gov EU 2026 à Bruxelles, l’équipe responsable de la plateforme européenne de publication web a indiqué que cette infrastructure partagée gérait 770 sites actifs pour 44 services de la Commission, avec environ 700 millions de visites et 2,2 milliards de pages vues annuellement.

La consolidation a débuté en 2019. La gestion de nombreuses plateformes personnalisées compliquait l’application des mises à jour de sécurité et la cohérence de l’expérience à travers les différents services.

Une partie des logiciels réutilisables développés autour de cette infrastructure est publiée en open source via les projets OpenEuropa et ec-europa.

Ce n’est pas le seul exemple en Europe.

L’Agence de sécurité aéronautique de l’Union européenne (EASA) utilise Drupal pour son portail de durabilité, lié à la conformité au règlement ReFuelEU Aviation, déployé par plus de 350 compagnies aériennes et 31 autorités nationales. Dans cet environnement figurent également Matomo pour l’analyse et Mautic pour certains services de messagerie, ainsi que d’autres applications intégrées à l’environnement PHP.

Les Pays-Bas disposent du CMS GovNL, la France maintient des composants Drupal liés à son système de design étatique, et les administrations locales du Royaume-Uni et d’Irlande partagent LocalGov Drupal.

Autant d’exemples variés qui montrent que l’utilisation de logiciels libres par les administrations européennes ne se limite pas à des projets expérimentaux.

Nextcloud amène PHP jusqu’au poste de travail des agents publics

La présence de PHP devient encore plus évidente lorsqu’on quitte les pages web pour entrer dans les outils de travail.

La Bundescloud allemande inclut SIB-Box, basée sur Nextcloud, pour environ 300 000 utilisateurs fédéraux.

Nextcloud figure également dans openDesk, la plateforme de poste de travail numérique promue par le Zentrum für Digitale Souveränität (ZenDiS) en Allemagne.

openDesk combine diverses applications open source pour offrir une alternative aux suites bureautiques propriétaires. Parmi ses composants figurent Nextcloud, Collabora, Element, Open-Xchange, OpenProject et XWiki.

L’Allemagne a intégré cet objectif dans sa stratégie politique : d’ici octobre 2028, l’administration fédérale devrait disposer d’une alternative numérique souveraine aux postes de travail propriétaires.

L’État du Bade-Wurtemberg a déjà déployé près de 60 000 postes d’enseignants sur une infrastructure liée à ce modèle, selon les sources de The PHP Foundation. Des déploiements ou accords sont également en place avec d’autres organismes fédéraux et institutions.

Nextcloud Server reste principalement une application PHP, même si une évolution technologique importante est en cours.

Le projet a commencé à transférer certaines parties particulièrement sensibles en termes de performance vers d’autres langages. Son Files High Performance Backend est écrit en Rust, et l’architecture ADA présentée en 2026 combine PHP, Go et Rust pour différentes fonctions.

Ainsi, dire simplement que « Nextcloud est écrit en PHP » masque une partie de son architecture actuelle. PHP continue de soutenir l’application et une grande partie de sa logique, tandis que certains processus d’entrée/sortie évoluent vers d’autres langages.

Ce modèle hybride ne minimise pas l’importance de PHP ; il démontre plutôt comment une application mature peut conserver son cœur tout en intégrant des technologies différentes là où elles apportent des avantages concrets.

Des millions pour les projets, beaucoup moins pour le maintien de PHP

L’analyse économique proposée par Sebastian Bergmann est probablement la partie la plus délicate de l’étude.

Face aux 108 millions d’euros du projet allemand, la PHP Foundation a reçu 730 534 dollars en contributions en 2025, provenant de 536 organisations et particuliers.

Cela ne signifie pas que ces 108 millions devraient être dépensés en PHP. Il s’agit de budgets à finalités totalement différentes, et une grande partie de l’argent allemand couvre la migration, le développement, le support et l’exploitation de centaines de sites.

Cependant, cela révèle une caractéristique habituelle des logiciels libres.

Une administration confie à des intégrateurs la construction d’un portail. L’intégrateur utilise TYPO3, qui dépend de PHP, et PHP, à son tour, nécessite des développeurs pour maintenir le langage, corriger les vulnérabilités, développer de nouvelles versions et adapter le projet aux évolutions technologiques.

Le budget public oscille facilement jusqu’aux premières couches de cette chaîne, mais pas forcément jusqu’aux dernières.

La PHP Foundation indique qu’elle emploie 13 ingénieurs salariés et que, en 2025, ses dépenses ont dépassé de 139 000 dollars les donations, ce qui témoigne de sa volonté de maintenir sa capacité technique.

L’Allemagne dispose déjà d’un précédent permettant de réduire cette distance. La Sovereign Tech Agency a financé des travaux directement liés à PHP, notamment l’outil PHP-FPM Web Services et des améliorations de la couche streams du langage.

Le mécanisme existe donc : utiliser le financement public pour maintenir des composants ouverts qui profitent ensuite à de nombreux autres projets.

L’article de la PHP Foundation recense trois propositions issues de Drupal4Gov EU pour étendre cette idée à la commande publique : valoriser les contributions vérifiables au code open source lors des appels d’offres, réserver dès la conception une part du contrat pour le maintien des projets dépendants, et rapidement rendre au projet initial le code non sensible développé avec des fonds publics.

La proposition de réserver un budget ne fixe pas de chiffre précis. Comme référence, Tiffany Farriss, actuelle directrice générale par intérim de la Drupal Association, évoque environ entre 2 % et 5 %, pouvant atteindre 10 % pour des projets complexes.

Ce sont des propositions, pas des exigences actuelles pour la commande publique européenne.

Mais elles soulèvent une question qui dépasse PHP. Si l’Europe veut augmenter son indépendance grâce à des logiciels open source, elle devra aussi se pencher sur comment financer de manière durable la maintenance des logiciels dont elle dépend.

PHP en constitue un exemple particulièrement visible, puisqu’il fonctionne depuis des décennies dans l’ombre des pages, applications et plateformes, sans que la majorité de ses utilisateurs aient même conscience de sa présence.

Il apparaît désormais aussi sous certaines initiatives que les administrations européennes veulent déployer pour réduire leur dépendance aux fournisseurs privés.

Questions fréquentes

Pourquoi associe-t-on PHP à la souveraineté numérique européenne ?

Parce que plusieurs plateformes open source utilisées par les administrations européennes, comme TYPO3, Drupal et Nextcloud, ont PHP comme composant central de leur architecture. Cela ne signifie pas que les gouvernements aient choisi PHP directement dans une démarche de souveraineté numérique.

L’Allemagne va-t-elle dépenser 108 millions d’euros en PHP ?

Non. Les 108 millions concernent le développement, la migration, le relancement et l’exploitation de Government Site Builder 11 sur quatre ans. La plateforme est basée sur TYPO3, qui utilise PHP.

La Commission européenne utilise-t-elle Drupal ?

Oui. La plateforme européenne de publication web gère environ 770 sites pour 44 services de la Commission européenne, selon les données présentées lors de Drupal4Gov EU 2026.

Combien la PHP Foundation a-t-elle reçu en 2025 ?

La PHP Foundation a déclaré 730 534 dollars en contributions pour l’année 2025, provenant de 536 organisations et particuliers.

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