France IA : Data4 mise 5 Md€ sur le nucléaire à Escaudain

La France veut transformer son énergie nucléaire en avantage pour l'IA européenne

Data4 a annoncé un investissement de 5 milliards d’euros pour la construction d’un campus de centres de données à Escaudain, dans les Hauts-de-France, sur l’ancien site industriel du Parc des Soufflantes. Capacité visée : jusqu’à 700 MW sur 33 hectares. Ce serait le plus grand campus développé par la société en France.

Ce projet illustre un positionnement stratégique que la France met en avant avec une cohérence croissante : transformer trois atouts nationaux en arguments commerciaux pour l’infrastructure IA. Un foncier industriel disponible, un réseau électrique puissant, et un mix énergétique dont 95,2 % est faible en carbone grâce au nucléaire et aux renouvelables, selon RTE pour 2025.

Escaudain : de la sidérurgie au calcul IA

Le choix du site n’est pas anodin. Les Hauts-de-France ont une tradition industrielle ancienne et une position géographique stratégique entre Paris, Londres, Amsterdam et Francfort — quatre des plus grands marchés européens de connectivité et de données. Data4 a déjà testé ce modèle avec la reconversion d’anciens sites Alcatel et Nokia près de Paris en un hub de 500 MW. Escaudain est l’étape suivante.

Ce projet s’insère dans la stratégie française d’identifier des emplacements « prêts à l’emploi » pour les data centers. Le gouvernement a désigné 35 zones potentiellement aptes à accueillir ce type d’installation, proches de connexions à haute tension, avec des procédures administratives accélérées. Certains sites pourraient soutenir des investissements jusqu’à 1 GW de capacité.

ProjetLocalisationInvestissementCapacité
Data4 EscaudainHauts-de-France5 Mds €700 MW
SoftBank première phaseHauts-de-France45 Mds €3,1 GW d’ici 2031
Plan global SoftBankFranceJusqu’à 75 Mds €5 GW
Stratégie française35 zonesCertaines jusqu’à 1 GW

Le nucléaire français : un avantage concret pour l’IA

La production nucléaire française a représenté 373 TWh en 2025, après la reprise suivant les difficultés de disponibilité du parc en 2022. Cette base énergétique stable et décarbonnée est exactement ce que cherchent les grandes entreprises pour leurs data centers IA : une production fiable, des contrats à long terme, une faible empreinte carbone, et la capacité à évoluer sans dépendre uniquement de sources intermittentes.

La demande électrique des data centers IA ne cesse d’augmenter. Un rack NVIDIA Rubin Ultra peut consommer jusqu’à 660 kW à lui seul, comme le montre l’analyse des racks à 800 V proposés par NVIDIA pour l’infrastructure IA. Dans ce contexte, proposer une électricite stable, abondante et peu carbonnée n’est plus un argument marketing — c’est une condition d’accrochage pour les hyperscalers.

La France le sait et en fait un axe de sa stratégie. Les documents officiels mettent en avant le mix énergétique, la disponibilité de réseaux à haute tension, la localisation stratégique des sites et la possibilité d’accélérer certains processus réglementaires. Des incitations sont prévues pour les grands consommateurs électriques soumis à des contraintes environnementales.

Le contexte : une France qui attire les investissements IA massifs

Data4 n’est pas le seul. En mai 2026, SoftBank a dévoilé un plan d’investissements allant jusqu’à 75 milliards d’euros pour la création de 5 GW de capacité de data centers liés à l’IA en France, avec une première phase de 45 milliards pour 3,1 GW en Hauts-de-France. Ces chiffres n’impliquent pas que tous ces projets se concrétisent dans les délais annoncés. Mais la tendance est claire : la France cherche à capter le développement du calcul lié à l’IA avant d’autres pays européens.

Cela concerne aussi la réduction des pertes dans la chaîne énergétique. Au-delà de l’alimentation brute, chaque point d’efficacité compte — que ce soit via des composants SiC pour réduire les pertes de conversion électrique dans les serveurs IA, ou via une architecture de distribution haute tension dans les data centers.

Accueillir des data centers ne suffit pas : la vraie question est la souveraineté

La vrai défi pour la France n’est pas d’attirer des investissements. C’est de s’assurer que ces data centers ne servent pas uniquement à héberger des infrastructures contrôlées par des acteurs étrangers, avec des GPU conçus ailleurs, des services cloud gérés par des plateformes internationales et des modèles développés avec des capitaux étrangers.

La France dispose d’une opportunité plus large. Elle peut utiliser son avantage énergétique pour attirer des data centers, mais aussi pour renforcer une filière locale sur toute la chaîne de valeur : intégration électrique, refroidissement, logiciels, sécurité, opérations, formation, recherche et cloud européen. L’accord entre SoftBank et Schneider Electric à Dunkerque illustre cette approche : pas seulement déployer, mais aussi fabriquer et intégrer.

L’énergie nucléaire donne à la France un atout considérable. La vraie question est de décider pour qui elle joue cet atout.

Questions fréquentes sur Data4 et la stratégie IA de la France

Qu’a annoncé Data4 en France ?
Un investissement de 5 milliards d’euros pour un campus de data centers à Escaudain (Hauts-de-France), avec une capacité allant jusqu’à 700 MW sur 33 hectares, sur un ancien site industriel.

Pourquoi Escaudain et les Hauts-de-France ?
La région dispose de foncier industriel disponible, d’un réseau électrique fiable, d’une position centrale entre Paris, Londres, Amsterdam et Francfort, et d’une tradition industrielle adaptable à ce type de projet.

Quel est le rôle de l’énergie nucléaire dans cette stratégie ?
Le nucléaire offre une électricité stable, abondante et décarbonée. En 2025, 95,2 % de la production électrique française était faible en carbone. C’est une condition nécessaire pour attirer les grands data centers IA qui recherchent des contrats à long terme et une faible empreinte environnementale.

La France deviendra-t-elle un leader européen de l’IA grâce à ces data centers ?
Pas automatiquement. L’infrastructure est une condition nécessaire, mais pas suffisante. La vraie souveraineté numérique nécessite aussi des modèles, des données, des cloud européens, des talents locaux et des entreprises capables de tirer parti de cette infrastructure.

Quand le campus Data4 d’Escaudain sera-t-il opérationnel ?
Data4 indique que des études et travaux préparatoires seront réalisés dans l’année à venir. La capacité initiale et le calendrier précis de chaque phase n’ont pas encore été officiellement détaillés.

Sources : LinkedIn et Data4

le dernier