La connectivité rurale en Espagne s’améliore, mais la 5G SA et le gigabit creusent la fracture

La connectivité rurale en Espagne s'améliore, mais la 5G SA et le gigabit creusent la fracture

L’Espagne a fait de grands progrès en matière de connectivité rurale, mais la fracture numérique n’a pas disparu : elle a simplement changé de forme. Le nouveau rapport de la CNMC sur la qualité de service dans les zones rurales révèle que l’expérience utilisateur de base est désormais assez homogène entre la campagne et la ville pour la navigation, le visionnage de vidéos en streaming ou les appels mobiles. La différence apparaît lorsqu’on examine les technologies avancées : fibre gigabit, adoption du Wi-Fi moderne, disponibilité de plusieurs réseaux 5G et déploiement du 5G en mode Standalone.

La lecture technologique est claire. La ruralité en Espagne n’est plus déconnectée, mais elle reste à la traîne dans l’accès aux couches de réseau qui façonneront les prochains services numériques. Le télétravail intensif, l’éducation en ligne, la télémédecine, l’administration numérique, l’agriculture de précision, l’edge computing ou les services basés sur l’intelligence artificielle ne dépendent pas seulement d’« avoir Internet ». Ils exigent une large bande passante, une faible latence, une stabilité, de bonnes vitesses de téléversement et des réseaux mobiles avec une capacité suffisante.

Datée du 14 avril 2026, cette étude s’appuie sur des données de 2025 et combine quatre sources : des informations provenant des opérateurs de services fixes, une campagne de mesures par drive test dans 993 communes, des données massives de crowdsourcing de plus de 2,4 millions d’utilisateurs connectés aux réseaux mobiles ou Wi-Fi, ainsi que des questions du Panel des Ménages de la CNMC. Cette combinaison permet d’aborder la fracture sous deux angles : l’infrastructure disponible et l’expérience réelle des utilisateurs.

La fibre a modifié la carte, mais le gigabit ne parvient pas encore de la même manière

La grande bonne nouvelle est le poids de la fibre jusqu’au domicile. La FTTH (fibre jusqu’au domicile) est la technologie dominante autant en zones urbaines que rurales, représentant 90,1 % des accès en zone urbaine et 88,1 % en zone rurale. Ce chiffre confirme que le déploiement de la fibre en Espagne a considérablement réduit l’écart historique entre grandes villes et petites communes.

Le problème ne réside plus tant dans la technologie d’accès lorsque la fibre est disponible, mais dans la pénétration et la vitesse avancée. Selon la CNMC, près de 99 % des ménages urbains disposent d’un accès fixe à Internet, contre 78 % en zone rurale. Autrement dit, la progression ne s’explique pas seulement par la couverture, mais aussi par l’adoption, la disponibilité effective et les conditions tarifaires dans les plus petites communes.

Il existe également une différence dans les accès de plus de 100 Mb/s. En zones urbaines, 96,8 % des lignes dépassent ce seuil, contre 88,4 % en rural. La disparité devient plus visible lorsqu’on regarde la proportion de ménages : 96 ménages urbains sur 100 disposent d’un accès supérieur à 100 Mb/s, contre 68 en zone rurale.

Le palier suivant est le gigabit. Les accès de plus de 1 000 Mb/s représentent 35,4 % des accès en zone urbaine et 26,6 % en zone rurale. La CNMC indique que ces vitesses sont encore en phase d’expansion, notamment avec le déploiement de XGS-PON sur les réseaux FTTH. C’est là que la fracture pourrait à nouveau s’agrandir si les zones rurales restent à la traîne dans l’évolution de la fibre déjà déployée.

Indicateur fixe Environnement urbain Environnement rural
Maisons avec accès fixe à Internet Près de 99 % 78 %
Accès FTTH du total 90,1 % 88,1 %
Accès >100 Mb/s 96,8 % 88,4 %
Accès >1 000 Mb/s 35,4 % 26,6 %
Lignes de vitesse moyenne ou faible 3,3 % 11,6 %

Le Wi-Fi domestique reflète aussi ces différences. Les mesures par crowdsourcing indiquent une vitesse moyenne de téléchargement via Wi-Fi de 173 Mb/s en milieu urbain et 132 Mb/s en zone rurale. De plus, le Wi-Fi 5 et Wi-Fi 6 sont prédominants en zones urbaines, tandis que le Wi-Fi 4 reste majoritaire dans le rural. Ce détail a son importance, car l’expérience finale ne dépend pas seulement de la fibre souscrite : le routeur, la norme Wi-Fi, la qualité de l’équipement domestique et l’installation en intérieur jouent aussi un rôle.

Le 4G est mature, mais le 5G rural reste en retrait

Dans le domaine des réseaux mobiles, la situation est meilleure qu’elle ne le suggère souvent dans le débat public. La CNMC conclut que la disponibilité des réseaux mobiles est quasiment totale dans les communes analysées. Selon l’échelle la plus exigeante, 100 % des communes urbaines mesurées disposent de la couverture de trois réseaux, tandis qu’en rural, ce pourcentage atteint 94 %. Seules 0,5 % des communes rurales ne bénéficieraient pas de cette couverture.

Le 4G apparaît comme une technologie mature, étendue et relativement homogène. La étape suivante concerne la généralisation du 5G. La technologie la plus répandue est le 5G, présent dans 96 % des communes urbaines contre 82,2 % dans le rural. La différence est encore plus marquée lorsqu’on regarde le nombre de réseaux disponibles : près de la moitié des communes urbaines, 49,7 %, disposent de trois réseaux 5G, contre seulement 15,4 % en rural.

Le 5G Standalone (SA) révèle une fracture encore plus nette. Plus de la moitié des communes rurales analysées, 55,9 %, ne disposent d’aucune couverture 5G SA, contre seulement 15,8 % en milieu urbain. La CNMC rappelle que le déploiement du 5G SA est encore en phase initiale et que son extension dépend surtout de la taille de la commune.

Ce constat a des implications importantes. Le 5G non-standalone (NSA) améliore la capacité et la vitesse, mais le 5G SA constitue l’architecture permettant d’exploiter pleinement des fonctions avancées comme la faible latence, la segmentation du réseau, les communications industrielles ou de nouveaux services critiques. Si son déploiement se concentre en ville, une partie du potentiel de la digitalisation rurale pourrait être retardée.

Les vitesses mobilent également l’environnement urbain. La moyenne en téléchargement mobile atteint 130 Mbps en ville, contre 86 Mbps en rural. En téléversement, la différence est moins marquée : respectivement 33 Mbps en urbain et 27 Mbps en rural. Les valeurs maximales en zone urbaine sont nettement supérieures, principalement en raison de la densité accrue du réseau et de l’utilisation de bandes telles que la 3,5 GHz dans les zones densément peuplées.

L’expérience de base tient, mais la capacité pour l’avenir est plus incertaine

Partie la plus intéressante du rapport : les différences techniques ne se traduisent pas systématiquement par une mauvaise expérience utilisateur. En navigation web, streaming ou voix, la CNMC observe un comportement stable et suffisant dans les deux environnements. Le temps de démarrage d’une vidéo YouTube est quasiment identique : 1,66 seconde en urbain et 1,65 en rural. Sur RTVE Play, le délai est similaire, avec 1,91 seconde en ville et 1,89 en campagne.

La téléphonie mobile reste également performante. Le temps moyen pour établir un appel tourne autour de 4,5 secondes dans les deux contextes, et le taux d’appels abandonnés reste très faible, autour de 0,2-0,4 %. De légers dégradations apparaissent dans les communes rurales très petites, mais sans rupture généralisée du service.

Ce qui compte, c’est la taille de la population. Le rapport souligne que nombre des différences dépendent davantage du nombre d’habitants que de l’étiquette « rural » ou « urbain ». Les grandes villes concentrent les meilleures vitesses mobiles, un déploiement plus étendu du 5G et une présence accrue de réseaux avancés. Au fur et à mesure que la population diminue, les vitesses moyennes baissent, le nombre de réseaux 5G disponibles diminue, et la latence augmente.

Ce constat est essentiel pour orienter les politiques publiques et les plans d’investissements. Il ne suffit pas de parler de « rural » comme d’une catégorie homogène. Une commune rurale de 15 000 habitants ne rencontre pas les mêmes problématiques qu’une petite localité de 80 habitants. La fracture la plus sensible concerne les petits noyaux, notamment ceux de moins de 1 000 habitants, et encore plus ceux de moins de 100.

La satisfaction des utilisateurs confirme cette lecture. Les ménages ruraux évaluent un peu moins favorablement la vitesse de la fibre fixe et mobile, et donnent moins de réponses « très satisfait » comparé aux urbains. Cependant, la majorité reste « satisfaite » dans les deux contexts, et la CNMC souligne que si les écarts existent, ils restent limités.

Pour une société numérique, la conclusion n’est pas que l’Espagne a totalement comblé la fracture numérique. La synthèse plus précise indique que la connectivité de base a atteint des niveaux raisonnables, mais que l’infrastructure rurale doit continuer à évoluer vers la prochaine étape. Il ne s’agit plus seulement de couverture, mais de capacité gigabit, 5G SA, Wi-Fi 6, latence, résilience, concurrence entre réseaux et préparation à de nouveaux services numériques.

Le principal risque est que la fracture se déplace vers les usages avancés. Un village peut naviguer, visionner et téléphoner normalement, mais peut se retrouver exclu de services nécessitant une haute capacité de téléversement, une faible latence ou des réseaux mobiles plus denses. La nouvelle fracture numérique ne se mesurera pas uniquement par la présence d’Internet, mais par la qualité de l’Internet capable d’être supportée dans chaque territoire.

Questions fréquentes

La fracture numérique rurale en Espagne a-t-elle disparu ?
Non. La connectivité de base s’est nettement améliorée, mais des disparités subsistent en matière de pénétration de la fibre optique, de vitesses gigabit, de déploiement du 5G et de présence du 5G en mode SA.

Quelle technologie fixe domine en zone rurale ?
La fibre jusqu’au domicile (FTTH) est également majoritaire en zone rurale, avec 88,1 % des accès.

Où se situe la plus grande différence en réseaux mobiles ?
Dans la 5G. 96 % des communes urbaines disposent d’au moins une réseau 5G, contre 82,2 % en rural. La fracture est encore plus marquée pour le 5G Standalone.

La qualité de l’expérience utilisateur est-elle inférieure dans les villages ?
Dans les usages courants comme la navigation, la vidéo et les appels, l’expérience est plutôt homogène. Les différences sont plus visibles en capacité maximale, technologies avancées et petites communes.

Source : Teléfonos

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