La souveraineté numérique n’est plus un concept réservé aux départements juridiques ou aux plans de continuité. Elle devient une variable technique essentielle qui influence la manière dont les projets d’intelligence artificielle (IA) sont déployés — ou freinés. Sur cette base, IBM a annoncé IBM Sovereign Core, une nouvelle plateforme logicielle que la société qualifie de la première solution à la fois “prête pour l’IA” et “respectueuse de la souveraineté”, permettant aux entreprises, gouvernements et fournisseurs de services de construire et de gérer des environnements sous contrôle souverain, avec une gouvernance et une auditabilité vérifiables.
Présenté le 15 janvier 2026, cet annonce intervient à un moment où la discussion sur la souveraineté s’est déplacée de la simple localisation des données vers un enjeu plus complexe : qui opère le système, qui en contrôle les clés, sous quelle juridiction sont déployés les modèles, et comment assurer en continu la preuve de conformité. IBM souligne que beaucoup d’organisations, malgré la pression réglementaire et géopolitique, peinent encore à définir un “point d’ancrage” clair pour moderniser ou repositionner leurs applications critiques en respectant la souveraineté — surtout lorsqu’elles intègrent des capacités d’IA.
La souveraineté “de conception”, pas comme une couche supplémentaire
IBM conçoit Sovereign Core comme une plateforme logicielle conçue pour que la souveraineté devienne une propriété intrinsèque de l’environnement plutôt qu’un simple ensemble de contrôles accolés à une architecture existante. Ce produit s’appuie sur la base open source de Red Hat et vise à simplifier le déploiement et la gestion de charges cloud-native et d’IA dans des juridictions choisies par le client.
Selon IBM, la souveraineté numérique va au-delà de la simple localisation des données. Elle englobe le contrôle opérationnel, la gestion des accès, la gouvernance des données et la traçabilité des activités à l’intérieur du périmètre souverain. Priya Srinivasan, Directrice Générale des Produits Logiciels d’IBM, présente cette annonce comme une réponse à une “nécessité urgente” de solutions souveraines permettant d’innover en IA tout en conservant le contrôle, la conformité et l’autonomie opérationnelle.
Les promesses d’IBM : plan de contrôle client, gestion des clés, et preuve de conformité
La conception de Sovereign Core s’articule autour de plusieurs piliers que IBM met en avant comme ses éléments différenciateurs :
- Plan de contrôle sous responsabilité du client : l’organisation conserverait une autorité directe sur les opérations, les décisions de déploiement et les configurations, sans dépendre d’un fournisseur extérieur à la région.
- Identités et clés dans le périmètre : authentification, autorisation et gestion des clés de chiffrement resteront sous contrôle du client, dans les limites géographiques définies.
- Conformité continue et production d’évidences : le système générerait et stockerait en permanence la télémétrie, les traces opérationnelles et les audits, au sein du périmètre souverain, pour démontrer le respect permanent des réglementations, et pas seulement lors d’audits ponctuels.
- Inference IA sous gouvernance locale : déploiement et hébergement de modèles, clusters GPU locaux, exécution de l’inférence et gestion des agents sous supervision locale, avec traçabilité et contrôle, sans nécessité de transférer les données à des fournisseurs externes.
- Déploiement accéléré : IBM affirme qu’il serait possible de mettre en place rapidement des environnements isolés avec capacités multi-locataires, en quelques jours, tout en conservant une grande flexibilité matérielle et infrastructurelle.
Le message est clair : dans un monde où l’IA accroît à la fois la valeur et le risque liés aux données et aux modèles, la souveraineté ne se limite pas à “où sont stockées les choses”, mais concerne surtout qui peut y accéder, qui peut intervenir, et avec quelles preuves.
Experts : “la vraie question est celle de la maîtrise du système… et la capacité à le prouver”
IBM complète son annonce par des déclarations extérieures qui renforcent l’idée d’une souveraineté vérifiable. Sanjeev Mohan (SanjMo) souligne que le débat a été trop centré sur la localisation des données, et que l’enjeu désormais est de pouvoir démontrer aux régulateurs qui contrôle l’environnement, et comment cette gouvernance est attestée, surtout lorsque l’IA est en production et que la responsabilité doit être assurée en permanence.
Selon Erik Fish (Eurasia Group), dans une optique géopolitique, la souveraineté résulte de la convergence entre régulation, tensions internationales et gestion des données : il ne s’agit plus simplement de choisir entre ouverture ou souveraineté, mais de gérer les données, les accès et l’infrastructure dans un contexte de restrictions croissantes.
Ce contexte s’aligne également avec les tendances du marché : Gartner prévoit qu’à l’horizon 2030, plus de 75 % des entreprises hors des États-Unis adopteront une stratégie de souveraineté numérique, appuyée par une architecture de “cloud souverain”, motivée en partie par les enjeux géopolitiques et réglementaires.
L’Europe en première ligne : Cegeka et Computacenter
Un point essentiel de cette annonce concerne le mode de déploiement. IBM affirme que Sovereign Core pourra être exploité sur site, dans des infrastructures cloud “in-region” ou via des prestataires de services IT. Pour le lancement, l’Europe sera la première région concernée, avec des partenaires locaux : Cegeka (Belgique, Pays-Bas) et Computacenter (Allemagne).
Cegeka évoque la demande croissante pour des plateformes qui garantissent le contrôle des données sensibles, tandis que Computacenter met en avant la rapidité d’installation : la possibilité de configurer une solution pré-architecturée pour des cas d’usage précis, évitant ainsi plusieurs mois d’intégration et de validation de la souveraineté.
Dates clés : “aperçu technique” en février et lancement commercial mi-2026
IBM prévoit deux étapes majeures : une préversion technique dès février 2026, suivie d’une mise sur le marché officielle pour la mi-2026, avec l’ajout de fonctionnalités supplémentaires lors de la sortie définitive.
Ce lancement intervient à un moment où le marché reconfigure sa conception du “cloud souverain” : il ne s’agit plus seulement d’un emplacement géographique, mais d’une architecture où l’opération, l’identité, les clés et l’observabilité sont toutes sous contrôle vérifiable. Si Sovereign Core réalise ses promesses, IBM cherche à faire de cette souveraineté une “caractéristique intégrée” du logiciel, particulièrement critique face à l’émergence de l’IA, qui remet en question les limites de la juridiction et de la confiance.
Questions fréquentes
Quelle différence entre souveraineté numérique et simple résidence des données ?
La résidence concerne uniquement l’emplacement où sont stockées les données. La souveraineté numérique englobe en plus qui contrôle, qui opère l’environnement, qui gère les clés et les identités, sous quelle juridiction se déroule le traitement, et comment la gouvernance est assurée et démontrée.
Quels types de charges est-ce que IBM Sovereign Core vise à couvrir ?
Cette plateforme est orientée vers des charges cloud-native et d’IA “prêtes pour l’IA”, incluant le déploiement de modèles, l’inférence en environnement local, avec traçabilité et sans transfert nécessaire de données vers des fournisseurs extérieurs.
Où pourra-t-on déployer IBM Sovereign Core ?
Selon IBM, il pourra s’installer dans des centres de données sur site, dans des clouds “in-region” ou via des prestataires de services IT, avec un démarrage prévu en Europe aux côtés de Cegeka et Computacenter.
Quand sera-t-il disponible, et que signifie “aperçu technique” ?
IBM prévoit une phase de prévisualisation technique dès février 2026 pour évaluation et tests, puis une disponibilité générale à la mi-2026, avec l’ajout de nouvelles fonctionnalités lors du lancement officiel.
source : newsroom.ibm