Le 14 juillet 2026, IBM a connu la plus forte chute boursière journalière de son histoire, moins 25,2 %, effaçant près de 70 milliards de dollars de capitalisation. Le déclencheur : des résultats préliminaires inférieurs aux attentes. Mais l’explication fournie par la société révèle un changement plus profond, ses clients déplacent une partie de leur budget logiciel vers les serveurs, la mémoire et le stockage pour l’intelligence artificielle.
Les clés de la chute d’IBM en 20 secondes
- IBM a réalisé un chiffre d’affaires de 17,200 milliards de dollars, contre 17,860 milliards attendus.
- Le bénéfice ajusté s’établit à 2,93 dollars par action.
- Les clients ont privilégié serveurs, mémoire et stockage face à la pénurie.
- Red Hat a maintenu sa croissance, mais le logiciel, les mainframes et l’infrastructure ont déçu.
- La chute montre comment l’IA redistribue le budget technologique des entreprises.
La réaction du marché a dépassé largement l’écart trimestriel observé. Les revenus ont progressé d’1 % sur un an et restent environ 660 millions de dollars sous le consensus. Le bénéfice ajusté est inférieur de huit cents à la prévision. La crainte va au-delà de ces écarts : elle touche la capacité d’IBM à capter la dépense prévue durant l’expansion des infrastructures IA.
Le PDG Arvind Krishna a reconnu que l’entreprise anticipait une réaffectation des budgets technologiques, mais pas à cette vitesse ni à cette ampleur. Les organisations avancent leurs achats de matériel pour sécuriser serveurs, unités de stockage et mémoire avant que la disponibilité ne se raréfie ou que les prix ne remontent. IBM n’a pas réagi assez vite, et plusieurs opérations importantes ont été reportées au-delà du trimestre.
La dépense en IA ne profite pas également à toutes les entreprises tech
L’intelligence artificielle passe souvent pour une source de croissance pour toute l’industrie, mais le cas d’IBM montre que les investissements suivent un ordre précis. Avant de lancer de nouvelles applications, les entreprises ont besoin de centres de données, d’accélérateurs, de serveurs, de réseaux, de mémoire et de capacités de stockage. Quand ces composants se font rares, le matériel absorbe une part plus importante du budget disponible, et les achats de logiciels, de conseil ou de modernisation passent au second plan, même s’ils restent dans les plans stratégiques.
| Résultats préliminaires T2 | IBM | Prévision du marché | Différence |
|---|---|---|---|
| Revenus | 17,200 milliards $ | 17,860 milliards $ | -660 millions |
| Bénéfice ajusté par action | 2,93 $ | 3,01 $ | -0,08 $ |
| Croissance annuelle des revenus | 1 % | Environ 5 % attendu | Inférieure |
| Logiciel | +5 % | Non détaillée | Ralentissement |
| Infrastructures | -7 % | Baisse moindre prévue | Moins performant que prévu |
Cela ne signifie pas que les entreprises ont perdu tout intérêt pour le logiciel. Le changement tient surtout au calendrier d’investissement : si une société craint de manquer de mémoire ou de stockage dans six mois, elle avance ces achats et repousse d’autres dépenses, comme des licences, à plus tard.
Le problème pour IBM, c’est que cette redistribution touche plusieurs sources de revenus à la fois. La société vend des serveurs et du stockage, mais dépend aussi du logiciel d’entreprise, de Red Hat, de la consultance et des mainframes. Une demande plus forte pour l’infrastructure générale ne garantit pas que l’argent ira vers ses produits à marge plus élevée.
La chute d’IBM a entraîné celle d’autres éditeurs de logiciels, pendant que plusieurs fabricants de semi-conducteurs, de mémoires et de solutions de stockage voyaient leur cours grimper. Le marché a lu ce mouvement comme la preuve que l’argent destiné à l’IA continue de croître, mais qu’il se concentre d’abord sur les composants physiques avant d’atteindre les applications d’entreprise, une lecture qui rejoint l’étude de Google Cloud selon laquelle 83 % des entreprises jugent leur infrastructure encore insuffisante pour l’IA agentique.
Cette répartition profite en premier lieu aux fournisseurs qui contrôlent des composants rares. Les entreprises ont besoin de mémoire à haute bande passante pour leurs accélérateurs, mais la montée en puissance de cette production peut aussi limiter la disponibilité des autres types de mémoire utilisés dans les serveurs et le stockage classiques. Selon IBM et d’autres acteurs du secteur, cette tension pourrait durer jusqu’en 2027, en fonction des capacités supplémentaires déployées par les fabricants et du rythme de construction des centres de données.
Red Hat en croissance, mais pas assez pour compenser
Les résultats ne montrent pas une faiblesse homogène. Red Hat a maintenu une croissance à deux chiffres, et l’infrastructure distribuée a profité de la demande en serveurs et stockage. La déception vient surtout de la performance globale, du lancement des grands contrats et de l’activité mainframes.
| Zone d’IBM | Évolution préliminaire | Interprétation |
|---|---|---|
| Logiciel total | +5 % | Croissance sous les attentes |
| Red Hat | +11 % | Progression solide |
| Infrastructure totale | -7 % | Principale faiblesse |
| Infrastructure distribuée | +37 % | Profite des investissements matériel |
| Mainframes et logiciels associés | Inférieurs aux prévisions | Contrats en retard |
| Consultance | Amélioration des contrats | Revenus en décalage |
Red Hat reste l’un des actifs clés d’IBM, présent dans les environnements hybrides, les plateformes Kubernetes, l’automatisation et le déploiement d’applications d’entreprise. Cette croissance montre que les entreprises poursuivent leurs investissements en modernisation, sans toutefois aller assez vite pour compenser les autres activités du trimestre.
L’infrastructure distribuée a aussi bien progressé. IBM vend des serveurs Power et des solutions de stockage qui bénéficient de l’expansion des centres de données, un axe que confirme le lancement récent des agents d’IA sur Power11 pour automatiser les systèmes critiques. Mais cette croissance ne suffit pas à compenser la baisse d’autres activités ni le retard de certains contrats IBM Z.
La gamme z17, équipée pour l’intelligence artificielle, la sécurité et le traitement transactionnel, est arrivée sur le marché. IBM comptait sur ce renouvellement pour dynamiser l’infrastructure et le logiciel associé. Les mainframes restent essentiels pour les banques, les assurances, les administrations et les grandes entreprises. Leur problème n’est pas leur utilité, mais leur calendrier : ce sont des opérations de grande envergure, négociées sur plusieurs mois, et leurs retards peuvent peser sur tout un trimestre si plusieurs clients repoussent la signature.
L’explication d’IBM mêle deux facteurs : une pression externe liée à la course au matériel IA, et des ratés internes d’exécution. Krishna a reconnu que la société ne s’était pas adaptée assez vite, un aveu qui a probablement renforcé la défiance des investisseurs.
Une alerte pour tout le logiciel d’entreprise
Le cas d’IBM pourrait rester ponctuel ou annoncer une tendance plus large. Les prochains comptes de Microsoft, SAP, ServiceNow, Workday, Salesforce, Infosys ou Wipro diront si la dépense en infrastructure écarte de manière généralisée les investissements en logiciels et services.
| Scénario | Implication pour le secteur |
|---|---|
| Contrats IBM clôturés au T3 | Problème surtout temporaire |
| Autres éditeurs déçoivent aussi | Changement global dans les budgets |
| La pénurie de mémoire se réduit | Une partie des dépenses reviendrait au logiciel |
| Achats anticipés de matériel persistants | Pression accrue sur les licences et services |
| Red Hat maintient une croissance à deux chiffres | IBM conserverait un moteur de croissance |
| Les mainframes voient leur demande repartir | Question plus structurelle pour IBM |
L’intelligence artificielle peut bénéficier au logiciel sur le long terme, mais elle exige d’abord de lourds investissements en infrastructure : réseaux, stockage, énergie, refroidissement et systèmes nécessaires pour faire tourner ces modèles efficacement. Ce contexte touche particulièrement les fournisseurs qui promettent des gains immédiats grâce à l’IA, comme le montre aussi la stratégie d’IBM Bob, passé du simple copilote de code à la modernisation multi-agent : même quand les clients s’intéressent à ces outils, leur budget reste souvent déjà engagé sur la partie physique.
IBM, avec ses activités hardware, software et services, pourrait théoriquement jouer un rôle à plusieurs étapes de ces investissements. Mais cette diversité complique aussi une réaction rapide quand la dépense se déplace d’une catégorie à une autre. L’entreprise a renforcé son portefeuille via Red Hat et des acquisitions comme HashiCorp et Confluent, élargissant sa présence en cloud hybride, automatisation et traitement des données, des paris qui portent aussi les attentes de croissance du logiciel, principale déception du marché ce trimestre.
Après cette chute, la valorisation d’IBM est retombée à environ 18 fois le bénéfice attendu, en dessous de sa moyenne récente. De quoi attirer des investisseurs qui parient sur la relance des contrats reportés, même si un prix plus bas ne garantit pas une action bon marché si les perspectives de croissance continuent de faiblir.
Les résultats complets, attendus le 22 juillet 2026, clarifieront les marges, la trésorerie, le portefeuille de commandes et les prévisions pour le reste de l’année. D’ici là, les chiffres communiqués restent préliminaires. La leçon la plus importante pour le secteur ne tient pas dans la cotation du jour : l’expansion de l’IA oblige les entreprises à hiérarchiser leurs investissements, et ce trimestre, la plupart ont privilégié serveurs, mémoire et stockage. IBM espérait profiter de cette manne sans pénaliser ses logiciels ni ses mainframes, mais la transition a été plus rapide et plus déséquilibrée que prévu.
Questions fréquentes
Pourquoi IBM a-t-il chuté de 25 % alors que ses revenus avaient augmenté ?
Les revenus n’ont progressé que d’1 % et sont restés en deçà des attentes. Le marché a aussi réagi aux contrats retardés et au transfert de dépenses des clients, du logiciel vers le matériel.
L’intelligence artificielle nuit-elle à IBM ?
L’IA bénéficie à des domaines comme Red Hat, la consultance et l’infrastructure, mais concentre d’abord le budget sur les puces, serveurs, mémoire et stockage, ce qui peut repousser d’autres investissements.
Quel secteur d’IBM a le mieux performé durant le trimestre ?
Red Hat a progressé de 11 % et l’infrastructure distribuée de 37 %. L’infrastructure totale a reculé de 7 % à cause de la faiblesse d’autres activités et de certains retards contractuels.
Peut-on espérer une reprise d’IBM au prochain trimestre ?
Cela dépendra de la capacité à finaliser les contrats reportés, à maintenir la croissance de Red Hat et à confirmer que la redistribution des budgets reste temporaire. Les résultats complets du 22 juillet apporteront davantage d’informations.
Source : Noticias Financieras