Backblaze cloud IA : la fin du « illimité » tel qu’on le connaissait

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Pendant plus d’une decennie, Backblaze a construit son identite sur une promesse d’une simplicite desarmante : sauvegarder un ordinateur entier, sans limite de volume, pour quelques dollars par mois. Ce contrat tacite avec des millions d’utilisateurs vient de voler en eclats. Depuis le 16 avril 2026, de nouveaux termes de service permettent a l’entreprise de limiter, de throttler ou meme de suspendre des comptes qu’elle juge trop gourmands. Et ce virage n’a rien d’accidentel : il accompagne le pivot strategique d’une societe qui se reinvente en plateforme de Backblaze cloud IA pour les charges d’intelligence artificielle.

L’histoire merite d’etre racontee avec nuance. Car il ne s’agit pas d’une entreprise qui trahit ses clients du jour au lendemain, mais d’un basculement economique : en 2025, le volume de donnees stocke par les clients IA de Backblaze a ete multiplie par 40 en douze mois, et trois de ses dix plus gros comptes viennent desormais du secteur de l’intelligence artificielle. Face a cette realite, la sauvegarde domestique a quelques dollars par mois n’est plus l’axe de croissance. Le mot « illimite » reste dans la vitrine, mais il a change de sens.

Backblaze, quinze ans de « vraiment illimite »

Fondee en 2007 en Californie, Backblaze s’est fait connaitre avec un produit radicalement differenciant sur le marche de la sauvegarde grand public : Computer Backup, une application qui, pour environ 9 dollars par mois et par machine, sauvegardait la totalite du disque dur et des disques externes connectes, sans plafond de volume. La societe a meme popularise une communication transparente inedite dans l’industrie, publiant chaque trimestre ses taux de panne de disques durs et le cout reel de son infrastructure de stockage maison.

Cette proposition attirait trois profils clairement identifies : le particulier avec plusieurs teraoctets de photos et de videos familiales, le professionnel independant (photographe, monteur video, musicien) avec des bibliotheques de projets lourdes, et la petite entreprise sans budget pour un vrai stockage d’entreprise. Pour ces trois cibles, la formule etait imbattable. Carbonite, CrashPlan ou iDrive proposaient soit des plafonds, soit des tarifs nettement superieurs des que l’on depassait les usages legers.

Le succes de ce modele a finance une deuxieme jambe strategique a partir de 2015 : Backblaze B2 Cloud Storage, un service d’object storage compatible avec l’API S3 d’Amazon. Positionne comme alternative low-cost aux hyperscalers, B2 a trouve son public aupres de developpeurs, d’editeurs SaaS et d’integrateurs qui cherchaient a reduire la facture de stockage sans sacrifier la compatibilite technique. En 2021, Backblaze est entre en Bourse au NASDAQ avec cette double narration : sauvegarde grand public rentable et stockage objet en croissance.

Le virage cloud et intelligence artificielle

Depuis 2023, la gravite du marche a change. Les workloads qui generent la plus forte croissance en volume de donnees ne sont plus les sauvegardes de photos familiales, mais les datasets d’entrainement IA, les checkpoints de modeles, les logs d’inference et les archives de sorties generatives. Ces usages consomment des petaoctets et, surtout, ils genent des flux permanents entre GPUs, noeuds de calcul et couches de stockage. Backblaze a pris acte de cette bascule et repositionne activement B2 comme infrastructure pour l’ere IA.

B2 Cloud Storage : une brique object storage qui s’adapte

Techniquement, B2 reste un service d’object storage accessible via une API S3-compatible, avec une tarification affichee en 2026 autour de 6 dollars par teraoctet et par mois pour le stockage et des frais d’egress plafonnes. Ce qui change, c’est l’ecosysteme autour : partenariats avec des fournisseurs de GPU a la demande, integrations avec des frameworks de machine learning, accords de peering pour reduire les latences vers les clusters d’entrainement, et une communication commerciale qui parle desormais de « plateforme de stockage cloud haute performance pour l’ere de l’IA » plutot que de sauvegarde.

Cette trajectoire rapproche Backblaze d’acteurs comme Wasabi, Cloudflare R2 ou les offres S3-compatibles qui alimentent une partie croissante du marche du stockage pour l’IA. C’est un marche ou la bataille ne se joue plus sur le prix au teraoctet, mais sur la proximite avec les infrastructures GPU, la capacite a gerer des milliards de petits fichiers et la fiabilite sous charge continue.

Ce qui change vraiment dans l’offre « illimitee »

Les nouvelles conditions de service, entrees en vigueur le 16 avril 2026, introduisent un vocabulaire nouveau dans l’univers Backblaze. La societe precise que le terme « illimite » couvre desormais uniquement un usage « ordinaire et intentionnel » du service. Elle se reserve le droit d’imposer des limites, de reduire les debits (throttling) ou de suspendre un compte si elle estime que la consommation s’ecarte des « patrons d’usage typiques » ou impose une « charge inappropriee » a son infrastructure.

Aucun chiffre precis n’est publie. Pas de plafond en teraoctets, pas de seuil en nombre de fichiers, pas de limite de debit documentee. Cette opacite est le point sensible : l’utilisateur doit faire confiance a l’interpretation de Backblaze de ce qui constitue un usage raisonnable. Pour une clientele qui a achete, pendant des annees, l’idee explicite d’un « vraiment illimite », le changement de registre est brutal.

Deuxieme modification, plus technique mais aux consequences concretes : la gestion des dossiers synchronises par Dropbox et OneDrive sur Windows. Les deux services s’appuient desormais sur l’API Cloud Files de Microsoft, qui represente une grande partie des fichiers sous forme de reparse points — des pointeurs vers le cloud plutot que des copies physiques locales. Backblaze estime qu’il ne peut pas sauvegarder de maniere fiable un pointeur, et a donc exclu ces dossiers de la couverture. Le support pour iCloud Drive et Google Drive est officiellement maintenu.

L’explication technique tient la route. Le probleme est ailleurs : pendant des annees, la documentation et le blog de Backblaze affirmaient le contraire, en distinguant soigneusement sync et backup et en garantissant la couverture de ces dossiers tant que les fichiers etaient presents sur la machine. Le revirement intervient sans phase de transition claire ni avertissement anticipe pour les clients concernes.

AspectAvant avril 2026Apres avril 2026
Message commercialSauvegarde illimitee de l’ordinateur« Illimite » sous reserve d’usage ordinaire et intentionnel
Dropbox et OneDrive (Windows)Couverts si presents sur la machineExclus lorsqu’il s’agit de reparse points
iCloud Drive et Google DriveCouvertsToujours couverts
Limitation de comptesRarement evoquee publiquementDroit explicite de throttling ou suspension
Positionnement strategiqueSauvegarde grand publicPlateforme de stockage cloud pour l’IA

Backblaze face a AWS S3, Wasabi et iDrive

Cette redefinition de l’offre deplace Backblaze dans un paysage concurrentiel different. Sur le segment grand public, la societe etait longtemps consideree comme le standard de la sauvegarde illimitee pour Mac et PC. Sur le segment object storage, elle se bat desormais contre des acteurs aux poches bien plus profondes et aux architectures plus avancees.

AWS S3 reste la reference technique du object storage mondial, avec une integration native dans l’ensemble de l’ecosysteme Amazon : EC2, Bedrock, SageMaker, Lambda. Le service d’Amazon n’est pas le moins cher, mais il est le plus mature et le mieux integre aux pipelines IA des grandes entreprises. Pour une partie du marche europeen, la question de la souverainete se pose toutefois, comme l’illustrent les debats autour du « cloud souverain europeen » propose par AWS.

Wasabi joue une carte tres proche de Backblaze B2 : compatibilite S3, tarif agressif (autour de 7 dollars par teraoctet et par mois), egress gratuit dans certaines limites. L’entreprise vise explicitement les workloads media, archivage et desormais les datasets IA, avec un discours de rupture par rapport aux hyperscalers. La frontiere avec le positionnement actuel de B2 est mince.

iDrive occupe un espace plus proche de l’ancien Backblaze : sauvegarde de postes de travail, plans hybrides, clonage d’image, tarifs forfaitaires. L’entreprise communique encore sur des capacites chiffrees (5, 10, 20 To) plutot que sur un « illimite » flou, ce qui pourrait devenir un argument commercial si la confusion autour de l’offre Backblaze s’installe.

Sur le terrain du cloud IA pur, la pression vient aussi de nouveaux entrants specialises comme CoreWeave ou Lambda Labs, qui integrent GPU et stockage dans une meme offre. Pour Backblaze, rester pertinent suppose de se glisser dans ces chaines de valeur en tant que couche de stockage economique, sans pretendre remplacer les infrastructures haut de gamme des hyperscalers.

Les enjeux pour les clients actuels

Pour les utilisateurs historiques de Computer Backup, la priorite est de cartographier ce qui est reellement sauvegarde. Un controle rapide de la console d’administration Backblaze permet d’identifier les dossiers Dropbox et OneDrive presents sur la machine et de verifier lesquels sont effectivement inclus dans les jeux de sauvegarde. Pour les donnees critiques synchronisees via ces services, il faut desormais prevoir une redondance : conserver une copie locale integrale, activer la sauvegarde native proposee par Microsoft 365 ou Dropbox Business, ou basculer les donnees sensibles vers iCloud Drive ou Google Drive, dont la couverture est maintenue.

Sur la question du volume, les utilisateurs les plus exposes sont les professionnels des medias avec des bibliotheques superieures a 10 ou 20 teraoctets. Sans chiffre public, il est impossible de savoir quand un compte sera considere comme hors norme. La prudence consiste a surveiller les communications officielles de Backblaze, a documenter les volumes stockes et a preparer un plan B, qu’il s’agisse d’un NAS local, d’un service concurrent ou d’un hebergement sur un cloud souverain europeen pour les acteurs sensibles a la juridiction des donnees.

Pour les clients B2, la situation est differente. Le service d’object storage n’est pas concerne par la redefinition du terme « illimite », puisqu’il fonctionne sur une tarification au volume et au transfert. Le risque porte plutot sur la trajectoire d’entreprise : une societe qui concentre son energie sur un segment haut de gamme peut reduire ses investissements sur les offres historiques, allonger les delais de support ou limiter les evolutions produit. Le signal envoye aux clients consommateurs merite d’etre observe.

Au-dela des aspects operationnels, la question de fond est celle de la confiance. Une entreprise dont le positionnement commercial a toujours repose sur la simplicite et la transparence introduit une zone grise dans son produit phare. Elle peut encore rectifier le tir en publiant des seuils clairs, en communiquant sur les usages declencheurs de throttling et en accompagnant les clients concernes avant toute action. A defaut, le mot « illimite » perdra sa valeur — et avec lui, une partie de ce qui faisait la marque.

FAQ

Backblaze a-t-il supprime son offre de sauvegarde illimitee ?

Non. L’offre Computer Backup continue d’etre commercialisee comme « illimitee ». Les nouveaux termes de service precisent toutefois que cet illimite couvre un usage « ordinaire et intentionnel » et autorisent Backblaze a throttler ou suspendre un compte juge hors norme, sans seuil chiffre public.

Mes fichiers Dropbox et OneDrive sont-ils encore sauvegardes ?

Partiellement. Sous Windows, les dossiers qui s’appuient sur l’API Cloud Files de Microsoft et apparaissent comme des reparse points ne sont plus sauvegardes par Backblaze. Les fichiers presents physiquement sur la machine restent couverts, tout comme les donnees synchronisees via iCloud Drive et Google Drive.

Pourquoi Backblaze se tourne-t-il vers le cloud pour l’IA ?

Parce que la croissance est la. En 2025, le volume de donnees stocke par les clients IA de Backblaze a ete multiplie par 40 en un an et ce segment represente desormais 70 pourcent de sa base client declaree, avec trois des dix plus gros comptes issus du secteur de l’intelligence artificielle. La societe reoriente logiquement sa communication et ses investissements vers B2 et les charges IA.

Quelles alternatives a Backblaze pour la sauvegarde d’un PC ?

Pour un poste de travail, iDrive propose des plans a capacite chiffree (5 a 20 To) avec sauvegarde d’image. Carbonite reste une option pour les petites entreprises. Pour une approche hybride, un NAS local Synology ou QNAP couple a une cible cloud S3-compatible (Wasabi, Cloudflare R2, OVHcloud Object Storage) offre davantage de controle sur les volumes.

Faut-il quitter Backblaze apres ces changements ?

Pas necessairement. Le service reste competitif pour la majorite des usages grand public. Il faut en revanche cartographier precisement ce qui est couvert, prevoir une redondance pour les donnees critiques synchronisees via Dropbox ou OneDrive, et surveiller les communications officielles de l’entreprise sur les seuils d’usage.

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