Backblaze prône depuis des années une idée simple et puissante : des sauvegardes illimitées pour ordinateurs personnels. Cette promesse lui a permis de se démarquer face à de nombreux concurrents, notamment auprès d’utilisateurs recherchant une solution automatique, simple et sans complications. Cependant, le contexte vient de changer de façon tangible. À compter du 16 avril 2026, de nouveaux termes de service introduisent un langage permettant à l’entreprise d’exiger des limites d’utilisation, de restreindre des comptes, d’appliquer des throttling ou même de suspendre le service si elle estime qu’un client dépasse ce qu’elle qualifie de “patrons d’usage typiques” ou qu’il exerce une “charge inappropriée” sur son infrastructure.
En théorie, Backblaze maintient l’emploi du terme “illimité” dans son offre commerciale de sauvegarde d’ordinateurs. Pourtant, dans ses nouvelles conditions, il est clairement indiqué que “l’illimité” ne concerne que l’usage “ordinaire et intentionnel” du service, et n’inclut pas certains scénarios que l’entreprise considère comme hors du cadre prévu. En pratique, cela signifie que la promesse reste un argument commercial, mais qu’elle n’a plus l’empreinte absolue qu’elle avait auparavant.
Ce changement ne s’arrête pas là. Moins d’un jour après l’entrée en vigueur de ces nouvelles conditions, Backblaze a publié une précision concernant un autre aspect sensible : la sauvegarde des données synchronisées via Dropbox et OneDrive. La société admet que ces services ont évolué sur Windows en utilisant désormais l’API Cloud Files, qui représente de nombreux fichiers comme reparse points – c’est-à-dire des pointeurs vers le cloud plutôt que des copies physiques stockées localement. Selon Backblaze, conserver ces pointeurs ne constitue pas une sauvegarde réelle des fichiers, et elle a décidé d’exclure ces dossiers pour éviter de donner une fausse impression de protection.
Ce raisonnement technique est cohérent en soi. Le problème réside dans le fait qu’il intervient après plusieurs années durant lesquelles l’entreprise soutenait le contraire : à savoir que l’application pouvait sauvegarder ces fichiers synchronisés avec Dropbox, iCloud Drive, Google Drive ou OneDrive, pourvu qu’ils résident sur l’ordinateur. Ce message clair était présent dans plusieurs publications précédentes de Backblaze, distinguant sync et backup. La dissonance entre cet à-priori et la position actuelle explique pourquoi de nombreux clients ont le sentiment que le service s’est restreint, même si la promesse commerciale reste revendiquée.
Ce qui change réellement pour le service
Le point le plus crucial n’est pas une question juridique, mais pratique. Jusqu’à présent, un utilisateur pouvait comprendre “illimité” comme une protection sans restriction pour tout ce qui se trouvait sur son ordinateur et ses disques externes connectés. Avec le nouveau libellé, Backblaze se réserve désormais explicitement le droit d’intervenir si elle considère que la consommation de ressources devient excessive, sans fournir de chiffre précis pour définir la limite. Ceci introduit une incertitude dans un service qui s’était construit sur la simplicité et la transparence, élément-clé de sa valeur ajoutée.
De plus, la gestion des dossiers synchronisés par certains services cloud change également. Backblaze explique que ce problème n’est pas dû à une décision arbitraire, mais à l’évolution technique de Dropbox et OneDrive sous Windows. Elle souligne aussi que le support pour iCloud Drive et Google Drive a été maintenu et affirme étudier comment étendre la compatibilité à d’autres services synchronisés à l’avenir. Cependant, pour l’utilisateur final, cela se traduit par une compréhension différente : il ne peut plus supposer que tout ce qu’il voit dans ses dossiers est intégralement sauvegardé.
Voici un tableau synthétique de cette transition :
| Aspect | Avant | Maintenant |
|---|---|---|
| Message commercial principal | Sauvegarde illimitée de l’ordinateur | Le terme “illimité” est maintenu, mais limité par l’usage “ordinaire et intentionnel” |
| Fichiers synchronisés avec Dropbox et OneDrive | Supportés si résident sur l’ordinateur | Exclus si ce sont des pointeurs ou des liens vers le cloud |
| Capacité à limiter les comptes | Moins visible dans la communication publique | Les nouveaux termes permettent d’exiger des ajustements, de réduire le volume ou de suspendre |
| Justification officielle | Simplicité et protection intégrale de l’ordinateur | Stabilité technique et fiabilité réelle de la sauvegarde |
Ces modifications sont appuyées par la documentation officielle de Backblaze et par ses publications sur son blog, indiquant qu’il ne s’agit pas de simples rumeurs ou d’interprétations farfelues, mais d’une véritable redéfinition de la portée opérationnelle du service. La société continue pourtant d’affirmer que l’essence de sa promesse n’a pas changé.
L’émergence de l’IA, éclairage sur cette évolution
Il serait simpliste d’affirmer que Backblaze a réduit son offre de sauvegarde “parce que l’IA lui paraît plus stratégique”. Mais il serait tout aussi naïf d’ignorer le contexte dans lequel ce changement s’inscrit. La société se positionne désormais comme une “plateforme de stockage cloud haute performance pour l’ère de l’IA”, ce qui tranche radicalement avec l’image traditionnelle de fournisseur de sauvegardes domestiques.
En 2025, la société expliquait à ses investisseurs que le volume de données stockées par ses clients spécialisés dans l’IA avait été multiplié par 40 en un an, et que ce segment représentait désormais 70 % de sa clientèle. Elle soulignait aussi que trois de ses dix plus gros clients provenaient du secteur de l’intelligence artificielle. Ces chiffres ne prouvent pas que la sauvegarde personnelle devienne obsolète, mais montrent clairement où se concentre la croissance la plus porteuse pour Backblaze aujourd’hui.
Ce contexte explique la perception de nombreux utilisateurs, qui constatent que le business principal de stockage “cloud pour le grand public” se réoriente vers des usages plus spécialisés et exigeants, avec davantage de limites, de nuances et moins d’assurance. La société ne semble pas abandonner totalement la sauvegarde pour le consommateur, mais elle parle désormais comme une plateforme d’entreprise, moins comme la marque qui promettait “sauvegarde ton Mac ou ton PC, et oublie tout”.
Le vrai défi : faire confiance ou non
Voilà le point sensible. Backblaze peut tout à fait raison de dire qu’elle ne veut pas sauvegarder des Pointeurs vides issus de Dropbox ou OneDrive, car cela ne représenterait pas une vraie sauvegarde. Sur le plan technique, cette prudence est compréhensible. Cependant, ce qui fragilise la confiance, c’est moins l’explication technique que la dissonance entre la promesse historique, l’offre commerciale actuelle et les nouvelles pratiques.
Lorsqu’un service se présente comme “illimité” depuis des années, l’utilisateur assume payer pour une tranquillité d’esprit. S’il découvre que ce terme dépend en réalité du “usage typique”, de l’interprétation du fournisseur et d’exclusions techniques pas toujours visibles, la signification pratique change. En sauvegarde, cette différence est plus cruciale qu’ailleurs : il ne s’agit pas seulement de confort, mais de la garantie que ses données seront disponibles quand il en aura besoin.
Backblaze pourrait encore rectifier cette perception en étant simplement plus clair sur ce que couvre son produit, ce qu’il n’inclut pas, et à partir de quel usage il considère qu’il y a abus. Car, à l’heure actuelle, l’impression dominante n’est pas que l’entreprise ait menti, mais qu’elle a commencé à redéfinir “l’illimité” qui ne paraît plus aussi évident. Et cela représente un enjeu très sérieux pour une entreprise construite sur la simplicité.
Questions fréquentes
Est-ce que Backblaze a abandonné le mot “illimité” dans son offre de sauvegarde ?
Non. La société continue d’utiliser “illimité” dans son offre commerciale de Computer Backup, mais ses nouveaux termes précisent que ce terme concerne un usage “ordinaire et intentionnel”, tout en pouvant intervenir en cas de consommation jugée excessive ou incohérente.
Backblaze a-t-il supprimé totalement la sauvegarde de Dropbox et OneDrive ?
Non, la société explique que le problème concerne principalement certains dossiers synchronisés qui utilisent maintenant des reparse points. Elle précise que, dans ces cas, elle ne voit pas le fichier lui-même, mais un pointeur, et a décidé de les exclure pour assurer la cohérence de la sauvegarde.
Quels services cloud sont encore supportés par Backblaze ?
Selon sa communication d’avril 2026, Backblaze indique avoir ajouté le support pour iCloud Drive et Google Drive, tout en indiquant que l’extension à d’autres fournisseurs reste en cours d’étude et de développement.
Quel lien entre l’IA et cette réorientation ?
L’entreprise ne dit pas que ces changements sont dus à l’IA, mais elle se positionne clairement comme une plateforme de stockage adaptée à l’ère de l’intelligence artificielle. Elle a également indiqué à ses investisseurs qu’en 2025, les données stockées par ses clients IA ont augmenté de 40 fois en un an.
via : tomshardware