Intel demeure le principal fabricant de processeurs x86 en volume, mais AMD réduit l’écart à un rythme qui n’avait pas été observé depuis des décennies. Selon les données du deuxième trimestre 2026 de Mercury Research, la part de marché mondiale x86 d’Intel s’établit à 69,3 %, son niveau le plus bas depuis 1995, tandis qu’AMD atteint un record de 30,7 %. La pression est encore plus forte sur le marché des serveurs : AMD atteint 34,5 % en calcul conventionnel, et Mercury estime qu’il atteindrait 46,4 % si l’on normalisait la façon dont les deux entreprises comptabilisent certains processeurs pour centres de données.
Les clés du marché x86 en 20 secondes
- Intel recule à 69,3 % du marché x86 et AMD atteint un maximum de 30,7 %.
- Sur les serveurs, Mercury situe officiellement AMD à 34,5 % face aux 65,5 % pour Intel.
- En ajustant les différences comptables, AMD atteindrait 46,4 % et Intel 53,6 %.
- Intel connaît une croissance forte de ses revenus, mais AMD augmente encore plus rapidement ses expéditions.
Ce constat est particulièrement intéressant car la perte de parts d’Intel coïncide avec une forte reprise de ses activités. La société a généré 16,1 milliards de dollars au deuxième trimestre, soit une hausse de 25 % en glissement annuel, tandis que sa division Data Center and AI a atteint 6,3 milliards, en hausse de 59 %.
AMD ne connaît pas non plus une croissance uniquement au détriment d’un rival affaibli. Ses revenus trimestriels ont augmenté de 50 %, atteignant un record de 11,536 milliards de dollars, avec une division dédiée aux centres de données qui a plus que doublé ses ventes : 6,718 milliards de dollars, soit 107 % de plus qu’un an auparavant, grâce à la demande pour ses processeurs EPYC et ses accélérateurs Instinct.
La paradoxe est évidente : le marché des serveurs croît, Intel vend bien plus qu’il y a un an, et pourtant, AMD continue de lui soutirer des parts.
AMD atteint 34,5 % du marché des processeurs pour serveurs
Selon Mercury Research, les expéditions de processeurs pour serveurs ont connu une croissance d’environ 20 % en glissement annuel au second trimestre 2026.
AMD a été le principal bénéficiaire de cette expansion.
La société a atteint une part de 34,5 % en unités, soit 7,3 points de pourcentage de plus qu’un an plus tôt et 1,3 point supérieur au trimestre précédent. Intel conserve 65,5 %.
Ce chiffre marque déjà une transformation significative par rapport à il y a quelques années, où Xeon dominaient presque sans opposition la majorité des data centers d’entreprise.
Cependant, Mercury propose une lecture encore plus frappante.
AMD et Intel ne comptabilisent pas de la même manière tous les processeurs utilisés dans les centres de données.
AMD inclut certains chips destinés aux réseaux et au stockage dans sa division Embedded, tandis qu’Intel y intègre des produits équivalents dans sa division Data Center.
Dean McCarron, président de Mercury Research, estime qu’en supprimant cette différence pour comparer uniquement des marchés équivalents, AMD aurait atteint environ 46,4 % de part de CPU pour serveurs, contre 53,6 % pour Intel.
Dans ce calcul ajusté, AMD aurait gagné 9,2 points de pourcentage en un an, et 2,9 points uniquement durant le dernier trimestre.
Il est important de ne pas mélanger ces deux chiffres. La part de marché conventionnelle de 34,5 % pour les serveurs reflète la donnée officielle, tandis que les 46,4 % sont une estimation normalisée par Mercury pour corriger les différences de classification entre AMD et Intel.
D’autres analyses confirment cette tendance. Selon Jon Peddie Research (JPR), AMD représenterait environ 33,4 % des unités de CPU pour serveurs au deuxième trimestre 2026, contre 27 % un an auparavant. Les écarts mineurs proviennent de méthodologies et de l’univers de produits analysés.
Intel chute en dessous de 70 % du marché x86
Ce changement ne se limite pas aux serveurs.
Mercury Research évalue la part combinée d’Intel sur les processeurs x86 pour PC et serveurs, hors produits semi-custom, embarqués et IoT, à 69,3 % au deuxième trimestre.
C’est la première fois depuis 1995 qu’Intel descend en dessous de 70 %.
AMD atteint un record de 30,7 % selon cette même mesure.
Par rapport au deuxième trimestre 2025, Intel a perdu 6,5 points de pourcentage, et AMD a gagné exactement cette valeur.
Si l’on inclut également les processeurs semi-custom, embarqués et IoT, la répartition évolue légèrement. Intel recule à 65,9 % et AMD monte à 34,1 %. Dans ce cas, la force d’AMD réside dans sa division chips semi-custom pour consoles.
Cette tendance se vérifie aussi dans le marché des PC.
AMD détient une part conjointe de 30,3 %, contre 69,7 % pour Intel. Sur desktop, Ryzen contrôle 34,9 % des unités, tandis qu’Intel détient 65,1 %.
Dans le secteur portable, l’écart est encore plus marqué, mais AMD progresse rapidement. Sa part atteint 28,9 %, soit 8,4 points de plus qu’un an auparavant, alors qu’Intel conserve 71,1 %.
Les ventes de desktops ont plutôt diminué, avec une baisse de plus de 20 % en un an au trimestre, impactées par des prix élevés et des restrictions sur certains composants. AMD a aussi vendu moins de processeurs de bureau, mais la chute a été moindre qu’avec Intel, ce qui lui a permis de gagner en parts.
Intel vend plus de serveurs, mais AMD progresse encore plus vite
Perdre des parts de marché ne signifie pas nécessairement vendre moins d’unités.
Ce point est crucial pour comprendre la situation actuelle d’Intel.
La société a récemment présenté l’une de ses plus fortes croissances. Ses revenus totaux ont augmenté de 25 % en glissement annuel, atteignant 16,1 milliards de dollars. Sa division Data Center and AI a crû de 59 %, pour 6,3 milliards.
Intel attribue en partie cette amélioration à la demande liée à l’intelligence artificielle et reconnaît qu’elle doit rapidement augmenter sa capacité de production pour répondre à la demande.
Elle a aussi lancé le Xeon 6+ durant le trimestre, son premier processeur serveur fabriqué avec Intel 18A.
Le problème pour Intel est que le marché croît plus vite dans le secteur d’AMD.
Les revenus des centres de données d’AMD ont atteint 6,7 milliards de dollars, une hausse de 107 % en un an. Cette division représente déjà environ 58 % des revenus de la société.
Tout ne concerne pas uniquement les CPU EPYC. La division inclut aussi les accélérateurs IA Instinct, dont la part de marché croît rapidement. Par conséquent, comparer directement les 6,7 milliards d’AMD avec les 6,3 milliards de Data Center and AI d’Intel ne permet pas de conclure laquelle des deux sociétés vend le plus de processeurs serveurs.
Les données de Mercury sont plus utiles précisément car elles analysent les expéditions de CPU.
Il est clair que Ep YC continue de gagner du terrain.
AMD a profité depuis plusieurs générations d’avantages en nombre de cœurs, en efficacité énergétique et en densité par serveur, des caractéristiques particulièrement appréciées par les fournisseurs cloud et les exploitants de grands centres de données.
Il y a aussi un effet de renouvellement. Un serveur peut rester opérationnel pendant cinq, sept ans ou plus, ce qui fait que les changements technologiques rapides dans le secteur PC prennent bien plus de temps à se refléter complètement dans les infrastructures de centres de données.
Intel et AMD ont désormais un autre concurrent : Arm
La bataille x86 n’a pas lieu dans un marché fermé.
Intel et AMD font face à la croissance des processeurs basés sur Arm, notamment dans les grands fournisseurs cloud.
Amazon Web Services continue d’étendre sa famille Graviton. Google développe Axion, Microsoft propose Cobalt, et NVIDIA a lancé sur ce marché sa CPU Vera.
Apple a déjà prouvé dans les ordinateurs personnels que la transition totale de x86 vers Arm était possible avec ses processeurs M. Qualcomm tente d’étendre ce modèle dans Windows via Snapdragon.
Ainsi, le fait qu’AMD atteigne 30,7 % du marché x86 ne signifie pas nécessairement que Intel et AMD se partageront l’ensemble du marché futur des CPU.
Une partie de la croissance pourrait se déplacer vers d’autres architectures.
Ce phénomène est particulièrement significatif dans le contexte des centres de données, où les hyperscalaires ont des volumes suffisants pour justifier le développement de leurs propres processeurs. Un CPU personnalisé permettant de réduire même de quelques points de pourcentage la consommation ou le coût d’une infrastructure composée de centaines de milliers de serveurs peut générer des économies considérables.
Intel cherche à répondre en élargissant son offre au-delà de la vente de Xeon. La société vise de nouveaux clients pour Intel Foundry, propose la conception de silicium personnalisé, et travaille sur une nouvelle stratégie pour les accélérateurs d’intelligence artificielle et l’inférence.
AMD adopte une stratégie différente. En plus de la croissance d’EPYC, elle transforme Instinct en une seconde grande source de revenus et prépare sa plateforme de rack Helios pour concurrencer dans les systèmes intégrés d’IA.
Le résultat est que la bataille historique Intel contre AMD se poursuit, mais dans un marché beaucoup plus large.
Intel reste le leader des CPU x86 et ses résultats financiers montrent une reprise notable. Cependant, les données du second trimestre envoient un signal difficile à ignorer : AMD contrôle déjà environ un tiers de tous les processeurs x86 vendus et, dans certains calculs comparables du marché des serveurs, se rapproche de la moitié.
Questions fréquentes
Quelle est la part de marché d’AMD pour les processeurs x86 ?
Mercury Research situe AMD à un record de 30,7 % du marché x86 au deuxième trimestre 2026, contre 69,3 % pour Intel, en excluant semi-custom, embarqués et IoT.
AMD détient-elle déjà 46,4 % du marché des serveurs ?
Pas dans la mesure standard. Sa part conventionnelle est de 34,5 %. Mercury estime 46,4 % après avoir ajusté les différences de comptabilisation de certains processeurs réseau et stockage utilisés dans les centres de données.
Intel vend-elle moins de processeurs pour serveurs ?
La perte de parts ne signifie pas nécessairement une baisse absolue. Les expéditions totales de CPU pour serveurs ont augmenté d’environ 20 %, et la division Data Center and AI d’Intel a vu ses revenus croître de 59 %. AMD augmente simplement ses expéditions à un rythme supérieur.
Pourquoi AMD gagne-t-elle des parts face à Intel ?
Cette croissance s’explique notamment par une adoption accrue d’EPYC dans le cloud et les serveurs d’entreprise, ainsi qu’une offre compétitive en termes de performance, nombre de cœurs et efficacité. Ce phénomène s’accompagne également de l’expansion d’AMD dans le secteur des portables et des ordinateurs de bureau.