La Commission européenne a approuvé une aide publique allemande de 659 millions d’euros pour la construction de quatre usines de semi-conducteurs à Baesweiler, Itzehoe, Weilburg et Munich. Ces projets couvrent la fabrication de plaquettes de carbure de silicium, de transistors de puissance, d’équipements de métrologie et de détecteurs spécialisés. Moins visibles que les processeurs avancés, ces secteurs restent essentiels à la production de chips et à leur intégration dans l’automobile, l’industrie, l’énergie ou l’analyse des matériaux.

Les clés des nouvelles usines de chips en Allemagne en 30 secondes

Le financement vient conjointement du budget fédéral allemand et des Länder où s’implante chaque projet. La Commission n’a pas publié le coût total des quatre investissements : les 659 millions d’euros ne représentent que la part que l’Allemagne pourra verser sous forme de subventions directes, après l’approbation européenne. Les quatre projets ne visent pas à produire les CPU ou GPU les plus avancés du marché, mais couvrent différentes étapes d’une chaîne de production, des matériaux aux composants de puissance, en passant par les équipements de contrôle et les détecteurs pour applications spécialisées.

Element 3-5 concentre plus de la moitié des aides

Element 3-5 percevra 353 millions d’euros pour construire à Baesweiler, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une usine de plaquettes de carbure de silicium epitaxiales, soit environ 53,6 % du montant total autorisé.

Les epi plaquettes intègrent, sur la plaquette, une couche cristalline de haute qualité sur laquelle sont ensuite fabriqués les dispositifs électroniques. Le carbure de silicium (SiC) permet de développer des semi-conducteurs de puissance capables de fonctionner sous de hautes tensions et températures, tout en réduisant les pertes énergétiques par rapport à de nombreuses solutions en silicium classique.

La Commission s’attend à ce que les plaquettes produites à Baesweiler servent dans l’automobile, les télécommunications, l’industrie et les systèmes énergétiques. Le projet prévoit aussi des modifications du procédé de fabrication pour améliorer l’efficacité énergétique et le rendement, comparé aux méthodes traditionnelles de dépôt chimique en phase vapeur à chambre chaude.

Element 3-5, anciennement AIXaTECH, est une PME spécialisée dans les systèmes d’épitaxie pour semi-conducteurs à large bande. L’approbation n’est qu’une première étape : il lui faudra encore construire l’usine, développer ses fournisseurs et transférer ses procédés vers une production industrielle de plus grande échelle.

EntrepriseAide autoriséeLocalisationProduction prévue
Element 3-5353 M€BaesweilerPlaquettes de carbure de silicium epitaxiales
Vishay Siliconix214 M€ItzehoeMOSFET de puissance en silicium
KLA-Tencor MIE74,4 M€WeilburgÉquipements optiques de métrologie
KETEK17,9 M€MunichDétecteurs SDD et fenêtres GREW

Les montants détaillés s’élèvent à 659,3 millions d’euros ; la Commission arrondit à 659 millions dans son annonce officielle.

Vishay développera la production européenne de chips de puissance

Vishay Siliconix bénéficiera de 214 millions d’euros pour étendre ses capacités à Itzehoe, dans le Schleswig-Holstein. La nouvelle usine fabriquera une nouvelle génération de transistors MOSFET de puissance en silicium, à canaux N et P.

Un MOSFET contrôle le flux de courant ou de tension dans un circuit. On le trouve dans les alimentations, convertisseurs, chargeurs, véhicules et machines industrielles. Moins médiatisés que les GPU d’IA, ces composants pèsent pourtant lourd sur l’efficacité et la consommation électrique des équipements, un enjeu qui rejoint celui de la pression que les puces d’IA font peser sur la chaîne d’approvisionnement en produits chimiques comme l’acide fluorhydrique.

L’usine d’Itzehoe utilisera des plaquettes de 300 mm, contre 200 mm dans les installations précédentes. Un diamètre plus grand permet d’intégrer davantage de chips par plaquette, et donc de réduire le coût unitaire de fabrication quand le rendement suit.

Vishay prévoit une salle propre d’environ 4 000 m² et une création d’environ 150 emplois dans un centre qui compte déjà 550 employés, avec une hausse d’environ 70 % de la production annuelle de plaquettes d’ici 2028, sous réserve de la demande du marché. L’aide publique représente une part notable des investissements prévus par l’entreprise : entre 400 et 440 millions de dollars de capex pour 2026, dont environ la moitié pour cette nouvelle usine allemande de 12 pouces.

L’Europe finance aussi les machines de contrôle de fabrication

La troisième aide, 74,4 millions d’euros, va à KLA-Tencor MIE, qui étendra à Weilburg, dans le Hesse, sa production de systèmes optiques capables de mesurer la superposition des couches d’un chip et de contrôler l’épaisseur des films déposés pendant la fabrication.

Chaque circuit intégré empile des couches et motifs miniatures dont le moindre décalage rend le composant défectueux. Les systèmes de métrologie détectent ces écarts, ajustent le processus et garantissent une meilleure qualité de fabrication, de l’inspection sur la plaquette jusqu’aux opérations d’assemblage et d’encapsulation. KLA développe et fabrique ses systèmes d’inspection à Weilburg depuis l’acquisition de Vistec en 2008.

Ce projet compte parce que l’autonomie européenne en semi-conducteurs ne dépend pas seulement de la fabrication elle-même, mais aussi des matériaux, de la machinerie, des systèmes d’inspection, des produits chimiques, de la propriété intellectuelle et des compétences techniques nécessaires à des procédés complexes.

KETEK reçoit les 17,9 millions restants pour établir à Munich deux lignes dans une salle blanche : l’une pour des détecteurs de radiation en silicium (SDD), l’autre pour des fenêtres d’entrée de radiation en graphène (GREW). Les détecteurs SDD mesurent la radiation, dont les rayons X, et servent dans les microscopes électroniques, spectromètres et équipements de tri et recyclage. KETEK fabrique en Allemagne depuis les plaquettes jusqu’aux modules complets pour l’analyse de matériaux, et l’intégration des deux lignes dans une même salle blanche doit permettre, selon Bruxelles, de produire la prochaine génération de détecteurs plus efficacement que les techniques actuelles.

Les aides s’accompagnent d’engagements pour garantir leur retour

La Commission considère ces quatre installations comme les premières de leur type en Europe. Cela ne signifie pas que ces technologies n’existent pas ailleurs, mais qu’elles ne sont pas encore exploitées dans l’UE selon les caractéristiques et procédés décrits dans ces projets. Bruxelles a conclu qu’Element 3-5, Vishay et KLA n’auraient pas réalisé ces investissements dans l’UE sans aide ; pour KETEK, la Commission estime que le projet ne se serait pas concrétisé sans subvention.

Les quatre sociétés ont accepté plusieurs engagements :

Ce dernier mécanisme limite le risque que l’État supporte une partie de l’investissement pendant que le bénéficiaire dégage une rentabilité exceptionnelle. La Commission affirme avoir limité les aides au minimum nécessaire, après analyse des besoins de financement de chaque projet. Les entreprises ont aussi demandé la reconnaissance de leurs sites comme centres de production intégrés au Cadre Européen des Chips, ce qui implique des obligations de sécurité d’approvisionnement et de gestion de crises.

L’approbation tombe peu après la proposition de Règlement Européen Chips 2.0, qui vise à renforcer le soutien aux matériaux, équipements, semi-conducteurs traditionnels et TPT avancés. Depuis le lancement de cette démarche, Bruxelles a validé 18 décisions d’aides directes, permettant aux États membres de mobiliser environ 14,2 milliards d’euros pour divers projets liés aux semi-conducteurs.

Ces quatre projets allemands ne suffiront pas, seuls, à réduire la dépendance européenne à l’Asie et aux États-Unis. Leur intérêt tient à leur diversité : matériaux pour la puissance, fabrication de composants, machines de contrôle de processus, capteurs spécialisés. La politique européenne commence à soutenir non seulement les grandes usines de processeurs, mais aussi les maillons indispensables à leur fonctionnement.

Questions fréquentes

Quelles entreprises recevront les 659 millions d’euros ?

Element 3-5 recevra 353 millions, Vishay Siliconix 214 millions, KLA-Tencor MIE 74,4 millions, et KETEK 17,9 millions.

Que vont fabriquer ces quatre usines allemandes ?

Des epi plaquettes de carbure de silicium, des MOSFET de puissance, des équipements optiques de métrologie et des détecteurs spécialisés de radiation.

Le financement provient-il directement de l’Union européenne ?

Non. Ce sont des aides financées par le gouvernement fédéral allemand et les Länder concernés, approuvées par la Commission dans le cadre des règles communautaires.

Pourquoi Bruxelles considère-t-elle ces usines comme exceptionnelles ?

Parce qu’elles sont les premières de leur catégorie en Europe, et que leur réalisation ne se ferait pas sans soutien public, ou pas à cette échelle.