SK hynix a démenti toute négociation en vue de l’acquisition du site de fabrication qu’Intel construit en Ohio, destiné à devenir une usine de mémoire. Le groupe sud-coréen reconnaît étudier des opportunités d’investissement et de rachat, mais assure qu’aucune décision ni opération n’est en cours sur les installations américaines.
Les points-clés du démenti de SK hynix
- SK hynix nie négocier l’achat des usines d’Intel en Ohio.
- La rumeur évoquait une reconversion du site pour fabriquer de la mémoire.
- La société confirme qu’elle examine des opportunités d’investissement et d’acquisition.
- Intel maintient officiellement ses plans pour terminer les usines dans la prochaine décennie.
- SK hynix prépare déjà une installation d’encapsulation avancée dans l’Indiana.
Ce démenti fait suite à un article du quotidien sud-coréen JoongAng Ilbo, selon lequel SK hynix négocierait avec Intel l’acquisition du campus Ohio One, à New Albany. L’opération aurait dépassé le stade des examens internes et permettrait de lancer la fabrication de mémoire aux États-Unis d’ici cinq ans environ.
SK hynix a répondu par une communication à la bourse sud-coréenne : le groupe étudie en permanence diverses opportunités d’affaires, investissements compris, mais rejette formellement toute tentative d’achat du terrain ou des usines Intel en Ohio.
La nuance compte. SK hynix n’a pas nié chercher des actifs ou des projets pour accroître sa capacité, ce qui colle à la forte demande actuelle de mémoire pour l’intelligence artificielle. Elle exclut en revanche l’existence de l’opération précise décrite par la presse sud-coréenne. Intel, de son côté, n’a pas annoncé vouloir vendre le site : Ohio One reste dans ses plans de fabrication américains, même si le calendrier a pris du retard sur les prévisions initiales.
Les usines de l’Ohio ne produisent pas encore de puces
Le projet d’Intel en Ohio n’est pas une usine ancienne en fonctionnement qui pourrait changer de propriétaire et produire de la mémoire du jour au lendemain. C’est un campus neuf, pour lequel la société a annoncé un investissement initial de plus de 28 milliards de dollars destiné à ériger deux usines de semi-conducteurs avancés.
Présenté en janvier 2022, ce projet est un élément central de la stratégie de reconstruction industrielle d’Intel, qui vise aussi à étendre sa fabrication pour des clients tiers et à augmenter la production américaine de puces de pointe. Le calendrier a toutefois subi plusieurs ajustements : Intel a annoncé en février 2025 que le premier module serait achevé en 2030, avec une mise en service entre 2030 et 2031, et que le second module démarrerait ses opérations en 2032.
Une éventuelle acquisition ne se limiterait donc pas à l’achat d’une usine prête à produire. L’acquéreur devrait terminer la construction, installer les équipements, adapter les salles blanches et configurer toute la ligne de fabrication pour un produit spécifique. Une usine conçue pour des puces logiques avancées ne se reconvertit pas simplement en usine de mémoire DRAM ou NAND : certains équipements se ressemblent (lithographie, gravure, dépôt), mais le flux de fabrication, les masques, la disposition interne et une bonne partie des outils dépendent du produit fabriqué.
Ce qui rend la rumeur crédible, c’est la situation des deux entreprises. Intel doit maîtriser ses investissements et synchroniser l’ouverture de ses usines avec la demande réelle, pour ses propres produits comme pour Intel Foundry. SK hynix, elle, cherche à augmenter sa capacité pour suivre la croissance de la mémoire destinée aux serveurs et aux accélérateurs d’IA. Cela ne rend pas l’opération certaine pour autant : seuls comptent, à ce stade, le démenti formel de SK hynix et l’engagement public d’Intel à poursuivre le projet Ohio.
SK hynix a déjà racheté le secteur NAND d’Intel
La spéculation s’appuie aussi sur un précédent. En 2020, SK hynix s’était engagée à acheter pour 9 milliards de dollars le secteur mémoire NAND et les unités SSD d’Intel. La première phase, conclue fin 2021 avec un paiement de 7 milliards de dollars, comprenait l’usine NAND de Dalian, en Chine, et une partie des activités SSD. SK hynix a créé la filiale Solidigm pour gérer ces actifs.
L’accord s’était structuré en deux phases, avec 2 milliards de dollars restant à payer lors de la clôture définitive prévue en 2025 et la cession complémentaire des actifs liés à la propriété intellectuelle et au design. La comparaison avec Ohio a ses limites : à Dalian, Intel vendait une activité mémoire déjà existante, dans une réorganisation visant à concentrer ses ressources sur les processeurs et la fabrication avancée. Ohio One était au contraire un projet de fabrication de puces logiques et de services de fonderie, encore en chantier.
Intel a cessé sa fabrication de mémoire NAND comme activité propre, ce qui ne signifie pas qu’il veuille se séparer de toutes ses futures usines : le groupe continue de présenter Ohio comme partie intégrante de son réseau industriel américain. Ce précédent explique pourquoi une nouvelle opération entre Intel et SK hynix reste envisageable, sans pour autant confondre une simple possibilité d’affaire avec une négociation en cours confirmée.
L’IA maintient la porte ouverte à de nouvelles acquisitions
Même en rejetant officiellement la rumeur, SK hynix ne ferme pas la porte à d’autres acquisitions : sa déclaration précise qu’elle continue d’étudier des perspectives d’investissement et de rachat pour des raisons stratégiques. L’entreprise est en pleine expansion, portée notamment par la mémoire à bande passante élevée (HBM), intégrée aux accélérateurs d’IA et devenue un produit phare du marché des semi-conducteurs.
Fabriquer du HBM demande des puces DRAM et des procédés d’empilement et d’encapsulation avancés. Accroître l’offre ne revient pas seulement à produire plus de wafers, mais aussi à étendre les installations d’assemblage, de connexion et de test des couches mémoire. SK hynix a déjà un projet industriel aux États-Unis : un investissement de 3,87 milliards de dollars pour construire dans l’Indiana une installation d’encapsulation avancée et un centre de recherche dédié à la mémoire pour l’IA, avec une aide préliminaire pouvant atteindre 450 millions de dollars et un prêt allant jusqu’à 500 millions, dans le cadre de la loi CHIPS américaine.
La vocation de cette installation diffère de celle de l’hypothétique accord sur Ohio : ici, il s’agit de recherche et d’encapsulation, pas de fabrication initiale de wafers. La fabrication front-end crée les circuits sur la wafer de silicium ; l’encapsulation avancée relie les composants, assemble les couches de mémoire et prépare le produit pour son intégration à un GPU ou un accélérateur. Les États-Unis cherchent à renforcer leurs capacités sur ces deux fronts pour réduire leur dépendance à l’Asie, ce qui rend probable la recherche de nouveaux terrains, partenaires ou acquisitions pour SK hynix dans le pays.
Une acquisition ne résoudrait pas rapidement la pénurie de mémoire
Même si une opération de ce type se produisait un jour, son impact sur l’offre ne serait pas immédiat. Construire et lancer une unité de production de semi-conducteurs prend plusieurs années, des milliards de dollars et une chaîne d’approvisionnement complexe. La pression actuelle sur la mémoire vient surtout du basculement des capacités vers l’IA : les fabricants priorisent le HBM et la DRAM pour serveurs, plus rentables, au détriment de marchés comme les smartphones, les SSD ou les ordinateurs, dont l’offre s’en trouve elle aussi limitée.
SK hynix étend en parallèle sa production en Corée du Sud, avec le nouveau site de Yongin, ses installations d’encapsulation avancée et l’achat de machines de lithographie ultraviolette extrême. L’émission récente de certificats de dépôt américains sur le Nasdaq lui donne de nouveaux moyens de financer ces usines et ces équipements, ce qui renforce sa capacité financière sans pour autant indiquer qu’un accord sur Ohio soit en vue.
Deux choses ressortent de ce dossier : SK hynix doit continuer de croître et étudie activement des acquisitions, et elle a explicitement démenti toute négociation concernant Intel Ohio. Sans communication réglementaire ni annonce officielle d’Intel, cette vente supposée reste une rumeur démentie.
Questions fréquemment posées
SK hynix va-t-elle acheter les usines d’Intel en Ohio ?
SK hynix affirme ne pas négocier et n’avoir pris aucune décision d’acquisition du site d’Intel en Ohio. Elle indique cependant étudier d’autres opportunités d’investissement et de rachat.
Les usines d’Intel en Ohio sont-elles terminées ?
Non. Intel prévoit de finaliser le premier module en 2030 et de le mettre en service entre 2030 et 2031. Le second module devrait démarrer en 2032, selon le calendrier communiqué par la société.
SK hynix a-t-elle déjà acheté des usines d’Intel auparavant ?
Oui. En 2020, SK hynix a conclu un accord pour acquérir pour 9 milliards de dollars la filiale mémoire NAND et SSD d’Intel, y compris sa ligne de fabrication à Dalian, en Chine. La société a créé Solidigm pour gérer ces actifs.
SK hynix possède-t-elle des usines aux États-Unis ?
L’entreprise prépare une installation d’encapsulation avancée et un centre de recherche dans l’Indiana. Ce projet concerne la mémoire pour l’IA, mais ne constitue pas une usine de wafers DRAM.
Source : wccftech