Nvidia a suspendu temporairement certains accords de partage des revenus avec des fournisseurs de cloud qui soutenaient financièrement de vastes déploiements de GPU en échange d’une partie de leurs revenus, selon des informations recueillies par Data Center Dynamics. Cette mesure serait liée à un risque accru de sanctions antitrust, bien que la société affirme que le modèle présenté en juillet demeure en vigueur et continue d’évoluer.
Les clés du revirement de Nvidia en 30 secondes
- Nvidia aurait suspendu temporairement certains accords de partage de revenus avec des fournisseurs d’infrastructure IA.
- Ce programme permet de financer de grands clusters et prévoit la location par Nvidia de capacité GPU inutilisée.
- Firmus et Sharon AI figuraient parmi les premiers participants.
- Nvidia assure que le modèle reste actif et n’a pas été annulé.
- La société a récemment déclaré 108,5 milliards de dollars en garanties et autres engagements liés à l’infrastructure cloud IA.
Ces informations revêtent une importance particulière car elles illustrent à quel point Nvidia ne se limite plus à être un simple fabricant d’accélérateurs. La société intervient également dans le financement, l’utilisation et la construction de l’infrastructure nécessaire à l’exploitation de ces puces.
Le modèle officiellement annoncé par Nvidia le 1er juillet s’adresse aux « AI clouds » : des fournisseurs spécialisés qui construisent de grandes plateformes de calcul accéléré et vendent ensuite cette capacité à des développeurs de modèles, startup et entreprises.
Le problème est que la construction de ces centres de données nécessite d’énormes capitaux avant de pouvoir compter sur un nombre suffisant de clients pour utiliser toute leur capacité.
Nvidia a conçu une formule pour réduire une partie de ce risque.
Nvidia vend des GPU tout en soutenant leur utilisation
Le mécanisme présenté en juillet établit une relation différente entre Nvidia et certains fournisseurs de cloud.
L’entreprise peut fournir un soutien financier et agir comme garant de la capacité déployée. Dans certains accords, elle accepte de louer, à un tarif établi, les GPU que le fournisseur ne parvient pas à commercialiser auprès de ses clients.
En échange, Nvidia ne se limite pas aux revenus de la vente de ses infrastructures. Elle participe aussi aux bénéfices générés par la capacité soutenue.
Lors de la présentation du programme, la société expliquait qu’elle cherchait à aligner ses intérêts économiques avec ceux des nouvelles « nuages d’IA ». Nvidia vend l’infrastructure et tire également des revenus de son utilisation.
Pour le fournisseur de cloud, l’avantage est évident : il réduit le risque d’investir des milliards dans des accélérateurs sans assurer leur pleine occupation.
L’utilisation est particulièrement critique dans ce marché.
Une GPU dédiée à l’intelligence artificielle peut coûter cher, mais le véritable actif financier réside dans sa capacité à fonctionner le plus longtemps possible durant les heures facturables. Un grand cluster à faible utilisation peut rapidement devenir un problème économique.
Les premiers participants annoncés sont Firmus et Sharon AI.
Firmus développait un déploiement de 170 000 GPU à Batam, en Indonésie, tandis que Sharon AI annonçait une infrastructure avec 40 000 accélérateurs GB300.
Ce dispositif transforme Nvidia en plus qu’un simple fournisseur technologique.
En garantissant une partie de la capacité, en louant les GPU restants, et en percevant une part des revenus, l’entreprise établit une relation économique beaucoup plus étroite avec les sociétés qui proposent ensuite des services basés sur son matériel.
C’est ici qu’interviennent les questions réglementaires.
Le risque antitrust s’invite dans le financement de l’IA
Selon les informations publiées par Data Center Dynamics, qui citent des sources proches du dossier, Nvidia aurait décidé de suspendre certains accords par crainte d’un examen antitrust accru.
Il ne s’agirait pas d’une annulation totale du programme.
Nvidia a confirmé à DCD que le nouveau modèle d’affaires introduit en juillet, visant à élargir l’accès à la capacité de calcul, continue de fonctionner et d’évoluer en raison de la forte demande.
Cette différence est importante.
Pour l’instant, rien ne laisse penser que Nvidia ait abandonné ce système de financement ou que tous ses accords aient été suspendus. La seule information disponible évoque une pause dans certains projets.
Les éventuelles préoccupations réglementaires sont mieux comprises en observant la position que Nvidia construit autour du marché.
La société fabrique ses GPU, fournit une grande partie du logiciel pour en exploiter la puissance, et développe réseaux, interconnexions et systèmes complets. Par ailleurs, elle collabore avec des fournisseurs de cloud, s’engage dans de grands projets de centres de données, et participe à de nouvelles structures de financement.
Le 10 août, Nvidia annonçait également des accords avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR pour créer des plateformes indépendantes visant à mobiliser plus de 500 milliards de dollars de capitaux tiers pour l’infrastructure IA à long terme.
Cela ne signifie pas que Nvidia injectera directement ces 500 milliards. L’objectif est d’attirer des capitaux institutionnels vers des projets de calcul pour l’IA.
L’infrastructure commence ainsi à être considérée comme un actif financier capable de générer des revenus grâce à la vente de capacité de calcul.
108,5 milliards de dollars illustrent l’ampleur des engagements
Les chiffres financiers de Nvidia montrent l’ampleur grandissante de cette stratégie.
Elle a clôturé son deuxième trimestre fiscal 2027, se terminant le 26 juillet 2026, avec 96,2 milliards de dollars de revenus, en hausse de 18 % par rapport au trimestre précédent et de 106 % par rapport à la même période de l’année précédente. Le secteur des centres de données représentait 89 milliards, en croissance de 117 % en glissement annuel.
À ces résultats s’ajoute un chiffre encore plus conséquent.
DCD indique que la documentation financière de Nvidia recense 108,5 milliards de dollars en garanties et autres accords liés au développement de capacités de calcul pour l’IA.
Parmi ces montants, 3,5 milliards seraient liés à des garanties concernant des terrains, de l’énergie et des bâtiments pour les clouds IA, tandis que 105 milliards seraient associés à SB Energy pour le campus OpenAI en Ohio.
Nvidia a officiellement annoncé le 17 août un accord avec SB Energy pour le campus technologique PORTS-Pike en Ohio. La société apportera un soutien financier pour garantir initialement 4,25 GW de capacité IT liée au terrain, à l’électricité et aux bâtiments, avec une option pour 3,75 GW supplémentaires. OpenAI sera le client prévu pour ces 8 GW. Nvidia a également annoncé un investissement de 1,5 milliard de dollars dans SB Energy.
Ces opérations montrent que le goulet d’étranglement de l’intelligence artificielle se déplace.
Au début de l’ère de l’expansion générative, le principal défi était d’obtenir suffisamment de GPU. Désormais, il faut aussi sécuriser électricité, sol, bâtiments, financement et clients capables de faire fonctionner et de maintenir cette infrastructure.
Nvidia s’efforce d’intervenir à tous ces niveaux.
La société résume sa vision avec une phrase répétée par Jensen Huang ces derniers mois : compute is revenue. Son principe est qu’une infrastructure IA peut devenir un actif productif car elle transforme la capacité de calcul en tokens qui se vendent ensuite.
Ce modèle repose sur une logique économique, mais il modifie aussi la relation entre le fabricant et le client.
Traditionnellement, un fabricant de processeurs vendait ses produits, et le principal risque était porté par l’acheteur.
Dans certains de ces nouveaux accords, Nvidia peut vendre le matériel, soutenir son financement, garantir partiellement son utilisation, puis participer aux revenus générés.
La suspension de certains accords suggère que cette intégration a ses limites, que la société devra examiner attentivement.
Cela rappelle aussi que la course à la construction de centres de données IA ne se limite pas à compter les GPU annoncés. Une partie essentielle de ces projets dépend de contrats financiers, de l’engagement énergétique, de la disponibilité de clients, et de niveaux d’utilisation qui doivent se concrétiser sur plusieurs années.
Nvidia continue de croître à un rythme exceptionnel. Ses derniers résultats confirment que la demande pour l’infrastructure ne cesse d’augmenter. Mais plus la société participe à la fois à la finance et à l’exploitation économique des clouds qui achètent ses propres puces, plus la frontière entre fournisseur et participant direct à la construction devient floue.
Questions fréquentes
Nvidia a-t-elle annulé ses accords de partage de revenus avec les fournisseurs cloud ?
Non. Les informations disponibles indiquent que Nvidia a simplement suspendu certains accords, tout en affirmant que le programme lancé en juillet reste en vigueur.
Comment fonctionnent ces accords entre Nvidia et les clouds IA ?
Le modèle combine soutien financier et partage des revenus. Selon certains accords, Nvidia peut soutenir la capacité, louer des GPU inutilisés, et percevoir une partie des revenus issus de l’infrastructure supportée.
Combien Nvidia a-t-elle facturé lors de son dernier trimestre ?
Nvidia a enregistré 96,2 milliards de dollars de revenus au deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2027, en hausse de 106 % sur un an. La branche centres de données a généré 89 milliards.
Pourquoi ce modèle pourrait-il inquiéter les régulateurs ?
La crainte réside dans la montée en puissance de Nvidia à différents niveaux du marché de l’infrastructure IA. Les informations sur une éventuelle surveillance antitrust proviennent de sources citées par la presse, mais cela ne signifie pas qu’une décision réglementaire défavorable ait été prise contre la société.
Source : datacenterdynamics