Nvidia, Arm et Qualcomm redéfinissent la course aux ASIC d’IA dans les centres de données

MediaTek mène la course vers les 2 nanomètres et présente sa vision de l'IA pour un monde connecté à COMPUTEX 2025.

La guerre du silicium pour l’Intelligence Artificielle ne se résume plus à savoir qui fabrique le GPU le plus rapide. En 2026, la bataille se déplace vers un terrain plus complexe —et plus stratégique— : qui contrôle l’écosystème (interconnexion, compatibilité, outils, propriété intellectuelle et alliances) à une époque où les hyper-scalaires désirent leurs propres puces tout en nécessitant que tout “parle le même langage” au sein du centre de données.

Dans ce contexte, Nvidia, Arm et Qualcomm avancent avec des objectifs distincts mais un schéma commun : faire de leur technologie la colonne vertébrale des accélérateurs fournis à des tiers, même lorsque ces derniers entrent en compétition entre eux.

De “GPU vs ASIC” à “écosystème contre écosystème”

Le développement des ASIC pour l’IA (puces conçues pour des charges spécifiques) répond à une logique simple : si l’on déploie des milliers de serveurs avec des modèles, réseaux et pipelines très précis, la motivation pour optimiser en termes de coût, performance et efficacité devient essentielle. C’est pourquoi de plus en plus d’opérateurs construisent ou commandent leur propre silicium… mais se heurtent à une limite : la complexité opérationnelle d’intégrer calcul, réseau, mémoire, stockage et logiciel dans un système cohérent.

C’est là que apparaît la “coopétition” : en compétition sur la conception de puces, mais en coopération (ou piégés) sur l’interconnexion, les standards et les outils.

Nvidia : ouvrir la porte… tout en restant la serrure

Nvidia a longtemps dominé la narrative de “l’usine d’IA” : GPUs, réseaux, bibliothèques, un stack de plus en plus intégré. Mais le problème, c’est qu’avec la croissance du marché, de nombreux clients stratégiques cherchent à réduire leur dépendance.

La réponse de Nvidia, plutôt que de se fermer, va dans le sens inverse : licencier une partie de ses technologies d’interconnexion pour permettre à d’autres puces — y compris ASIC — de s’intégrer dans des architectures où Nvidia continue de définir les règles. En d’autres termes : laisser entrer le “concurrent” via une porte avec les gonds Nvidia.

Ce mouvement est important car l’interconnexion haute vitesse représente, en pratique, le système circulatoire du centre de données IA. Si un acteur détermine le standard de facto, le reste doit faire avec… dans le cadre que cet acteur a fixé.

Arm : plus d’intégration pour accélérer la conception, et davantage de “modules” prêts à l’emploi

Arm, quant à lui, adopte une stratégie différente. Sa force ne réside pas dans la vente d’une puce précise, mais dans sa architecture (et le point de départ) qui sert à une grande partie de la conception des processeurs et accélérateurs modernes. La tendance d’Arm est claire : proposer des solutions plus intégrées — pas seulement des “IP isolées”, mais des sous-systèmes complets — permettant à ses partenaires et fabricants de réduire leurs cycles de conception, d’atténuer les risques et d’accélérer leur mise sur le marché.

Cette approche s’inscrit dans un monde où la valeur se déplace vers l’intégration : moins d’“ingénierie artisanale” et plus de montage rapide de blocs vérifiés pour arriver plus vite en production. Arm cherche ainsi à devenir le cadre industriel sur lequel s’appuient les ASIC d’IA, même si ceux-ci ne portent pas sa marque.

Qualcomm : diversifier ses forces (et réduire sa dépendance) face à la tension avec Arm

Qualcomm a récemment modifié sa stratégie : du mobile au PC, puis du PC au centre de données, avec une ambition claire dans le calcul haute performance. Mais sa position est aussi influencée par un facteur clé : la relation avec Arm, marquée par une lutte judiciaire et le risque — au moins théorique — de rupture de licences dans certains scénarios.

Dans cet environnement, Qualcomm renforce ses leviers :

  • Interconnexion et connectivité haute vitesse pour centres de données : essentiels si l’on veut rivaliser dans les infrastructures d’IA, où le goulet d’étranglement n’est plus seulement le calcul mais aussi le transfert de données.
  • Exploration d’alternatives architectures/CPU et de ressources stratégiques pour réduire la dépendance à un seul fournisseur d’IP.

Ses opérations récentes reflètent cette orientation : acquisitions pour renforcer sa base technologique et sécuriser sa position dans les blocs critiques du stack des centres de données.

Tableau comparatif : ce que recherche chaque acteur

Acteur Stratégie Ce qu’il cherche à contrôler Risque qu’il tente d’éviter
Nvidia Interconnexion comme “colle” pour des environnements hétérogènes Le standard de communication et l’écosystème Que des ASIC tiers n’érodent sa plateforme
Arm Sous-systèmes plus intégrés et prêts à accélérer la conception La couche d’architecture/IP utilisée par les concepteurs Dostagner comme une “IP commodity” sans contrôle sur la roadmap
Qualcomm Achats et expansion dans des blocs critiques pour les data centers Interconnexion + options technologiques pour évoluer Dépendance structurale à des tiers pour des IP-clés

Ce que cela signifie pour 2026

Le message principal est dérangeant pour ceux qui espéraient une compétition “propre” basée uniquement sur le FLOPS : le gagnant ne sera pas seulement celui qui possède le meilleur chip, mais celui qui parviendra à faire en sorte que les autres chips (même concurrents) fonctionnent “mieux” dans leur cadre technologique.

Pour les hyper-scalaires, cela ouvre une phase de négociation permanente : ils peuvent concevoir leurs ASIC, mais doivent aussi décider de l’écosystème qu’ils adoptent pour connecter, déployer, programmer et exploiter à grande échelle. Et là, Nvidia, Arm et Qualcomm cherchent à devenir l’option par défaut.


Questions fréquentes

Pourquoi les hyper-scalaires privilégient-ils les ASIC d’IA plutôt que l’achat de GPUs ?

Parce qu’un ASIC peut optimiser le coût, la consommation et la performance pour des charges très spécifiques. Le défi réside dans le fait que l’intégration et l’exploitation à grande échelle de ces ASIC introduisent cependant de la complexité en réseau, logiciels et outils.

Qu’est-ce qui est le plus critique aujourd’hui : la puce ou l’interconnexion ?

De plus en plus, l’interconnexion. Dans l’IA à grande échelle, transférer des données entre accélérateurs et nœuds peut limiter la performance autant, voire plus, que le calcul lui-même.

Comment la tension entre Arm et Qualcomm influence-t-elle le marché des puces ?

Elle génère de l’incertitude concernant la dépendance à l’égard des licences IP, poussant Qualcomm à diversifier ses ressources technologiques et stratégiques pour réduire sa vulnérabilité.

Existe-t-il une “norme unique” pour les centres de données IA ?

Il est probable que le marché converge vers un nombre limité de cadres dominants (interconnexion + logiciels + outils), mais la pression des hyper-scalaires pour la diversification rend une coexistence d’écosystèmes à moyen terme très probable.

Source : digitimes

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