Le mobile ne peut plus être considéré uniquement comme un réseau pour regarder des vidéos, naviguer ou utiliser des applications. L’intelligence artificielle commence à transformer le type de trafic circulant dans les réseaux, la manière dont les appareils se connectent et les attentes des entreprises et des utilisateurs. Le dernier Rapport sur la mobilité d’Ericsson, publié en juin 2026, résume bien cette évolution : le 5G dépasse désormais 3 milliards d’abonnements et transporte la moitié du trafic mobile mondial.
Ce chiffre est significatif, mais ce n’est pas le seul. Le trafic de données sur les réseaux mobiles a augmenté de 22 % entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, dépassant les prévisions. Parallèlement, l’accès fixe sans fil, connu sous le nom de FWA, continue de gagner du terrain : 71 % des fournisseurs proposant du FWA le font déjà sur la 5G, contre 57 % un an auparavant.
Selon Ericsson, la tendance est claire : nous entrons dans une phase où l’IA, le cloud et la mobile se renforcent mutuellement. Les modèles génératifs, les agents d’IA, les lunettes intelligentes, les véhicules connectés, les drones et les appareils industriels demanderont non seulement plus de données, mais aussi un nouveau type de réseau : plus de capacité de téléchargement, une latence moindre, une fiabilité accrue et des services différenciés.
Le 5G transporte déjà la moitié du trafic mobile
En 2025, environ 660 millions de nouvelles abonnements 5G ont été ajoutés dans le monde, portant l’ensemble à environ un tiers de toutes les abonnements mobiles. Au premier trimestre 2026, 162 millions de nouveaux abonnements ont été recensés, atteignant 3,1 milliards. Ericsson prévoit que d’ici 2031, ce chiffre atteindra 6,4 milliards, représentant alors deux tiers de l’ensemble des abonnements mobiles.
Le passage de la 4G à la 5G est déjà en marche. Selon le rapport, la 5G surpassera la 4G en termes de nombre d’abonnements d’ici la fin 2027, neuf ans après son lancement commercial. En attendant, la 2G et la 3G continuent de disparaître dans de nombreux marchés pour libérer des fréquences et renforcer la 4G et la 5G.
| Indicateurs mondiaux | 2025 | Prévisions 2031 |
|---|---|---|
| Abonnements mobiles totaux | 8 840 millions | 9 540 millions |
| Abonnements 5G | 2 940 millions | 6 400 millions |
| 5G autonome | 1 650 millions | 3 870 millions |
| Trafic mobile total | 146 EB/mois | 328 EB/mois |
| Trafic réseau mobile total, y compris FWA | 203 EB/mois | 515 EB/mois |
| Connexions FWA | 185 millions | 350 millions |
La couverture progresse également, mais de manière inégale. En 2025, environ 400 millions de personnes supplémentaires ont bénéficié d’une couverture 5G. Cependant, en dehors de la Chine continentale, la moitié du monde était encore dépourvue de couverture 5G à la fin de l’année, et seulement environ 35 % des sites mobiles globaux, hors Chine continentale, avaient été mis à jour vers la 5G de bande moyenne.
Cette bande moyenne est essentielle car elle combine capacité et couverture. Il ne suffit pas d’avoir « 5G » sur l’icône du mobile : une expérience utilisateur optimale et surtout de nouveaux services de connectivité différenciée dépendent d’un réseau avec une capacité suffisante et d’un déploiement de 5G autonome.
L’augmentation des données montante devient le nouveau goulot d’étranglement
Jusqu’à présent, les réseaux mobiles ont été conçus principalement pour le téléchargement. Le modèle dominant était clair : l’utilisateur consommait des vidéos, des réseaux sociaux, du web, de la musique ou des jeux en streaming. La majorité du trafic allait du réseau vers l’appareil.
L’IA modifie cette logique. De nombreuses nouvelles applications nécessitent l’envoi continu de données vers le cloud ou le bord du réseau : vidéos d’une caméra, audio, capteurs, télémétrie, instructions d’un robot, données d’un véhicule ou contexte capturé par des lunettes intelligentes. Ericsson prévient que le trafic montant connaît déjà une croissance plus rapide que le trafic descendant dans de nombreux réseaux. Sur une étude portant sur 55 opérateurs en 2025, 43 ont enregistré une croissance plus importante en upload qu’en download, et 17 ont vu leur trafic d’upload dépasser 1,5 fois celui de download.
Ce changement peut paraître technique, mais ses conséquences sont très visibles : une vidéoconférence, une retransmission en direct, une caméra de surveillance avec IA, des lunettes envoyant des images au cloud ou un véhicule autonome générant de la télémétrie ont besoin d’un bon débit en upload. Si le réseau est presque uniquement pensé pour le téléchargement, l’expérience utilisateur en pâtit.
Ericsson identifie trois scénarios de croissance du trafic liés à l’IA. Dans un scénario médian, avec assistants sur smartphones, lunettes intelligentes, cloud gaming assisté par IA, collègues IA et caméras connectées, le trafic montant pourrait tripler d’ici 2031 par rapport à 2025. Dans un scénario optimiste, il pourrait même quintupler.
| Utilisations impulsées par l’IA | Exigences pour le réseau |
|---|---|
| Assistants multimodaux sur mobile | Envoi de voix, images et contexte |
| Lunettes intelligentes | Upload continu ou par rafales de vidéo, audio et capteurs |
| Caméras connectées avec IA | Vidéo et métadonnées vers cloud ou edge |
| Véhicules autonomes | Télémétrie, assistance à distance et données environnementales |
| Drones | Vidéo en direct, contrôle et faible latence |
| XR d’entreprise | Upload de vidéo, gestes, pose et géométrie |
La conclusion d’Ericsson est claire : les réseaux actuels ne sont pas dimensionnés pour une demande soutenue en upload. Les améliorations logicielles de la 5G aident, mais à moyen terme, il faudra plus de capacité radio, plus de spectre, une densité accrue, une intelligence dans la RAN, et plus tard, des capacités natives en 6G.
FWA : le 5G comme alternative réelle à la fibre fixe
L’accès fixe sans fil reste l’un des cas d’usage les plus évidents pour la 5G. Ericsson estime que 83 % des fournisseurs analysés proposent du FWA, et que 175 opérateurs l’utilisent déjà sur la 5G. Cela représente 71 % de tous les fournisseurs offrant du FWA.
La prévision est que les connexions FWA passeront de 185 millions fin 2025 à 350 millions en 2031. Parmi elles, près de 85 % seront sur la 5G. En termes de personnes, Ericsson calcule qu’en 2031, environ 1,4 milliard d’individus bénéficieront d’une connexion Internet par FWA, en se basant sur une moyenne de quatre personnes par foyer.
Le FWA représente également une part importante du trafic. Fin 2025, il représentait 28 % du trafic mondial des réseaux mobiles, et il devrait plus que tripler pour atteindre environ 187 EB mensuels en 2031, soit 36 % du trafic total du réseau mobile.
La croissance n’est pas équitable selon les régions. L’Amérique du Nord, les pays nordiques, le Golfe et certaines parties de l’Asie ont une adoption très forte. En revanche, l’Amérique Latine, l’Afrique et une partie de l’Asie du Sud-Est ont encore beaucoup de potentiel, malgré la demande de bande passante dans les zones peu fibrées.
Le network slicing : de la promesse technique au produit commercial
Une autre étape de la maturité du 5G est l’avancée de la connectivité différenciée. Ericsson recense 84 offres commerciales basées sur le network slicing sur la 5G autonome, contre 65 six mois plus tôt. Au total, 151 cas ont été analysés, entre tests et services commerciaux.
Ce concept est simple à comprendre : tous les utilisateurs ou services ne nécessitent pas la même qualité de réseau. Un paiement par carte dans un stade a besoin d’une faible latence et d’une continuité ; une caméra de retransmission demande une grande capacité en upload ; un joueur en ligne exige une réponse rapide ; une entreprise peut requérir une performance garantie. Le network slicing permet de créer des « dés » logiques sur la même infrastructure physique, avec des paramètres différents.
Le rapport cite un test réalisé par SoftBank lors du Grand Prix de Formule 1 au Japon en 2026, à Suzuka. Plus de 315 000 personnes ont fréquenté le circuit pendant trois jours. SoftBank a déployé cinq slices sur la 5G SA pour différents usages : connectivité haut de gamme pour les utilisateurs, paiements, mmWave avec Wi-Fi, caméras sans fil et XR. La démonstration a prouvé que les services premium pouvaient cohabiter avec la connectivité générale, à condition d’augmenter la capacité puis d’appliquer une gestion intelligente.
Selon Ericsson, les utilisateurs avec 5G SA lors de l’événement ont enregistré une vitesse de téléchargement moyenne 4,1 fois supérieure, et une vitesse d’upload 14,6 fois plus élevée qu’en 2025.
Le début de l’ère du 6G
Bien que la 5G soit encore en pleine expansion, le rapport anticipe déjà le 6G. Les premières spécifications réellement implémentables devraient être prêtes d’ici la fin 2028 ou début 2029, et les premiers services commerciaux pourraient voir le jour aux alentours de 2030 dans des marchés pionniers comme les États-Unis, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et certains pays du Golfe.
Ericsson prévoit 180 millions d’abonnements 6G d’ici 2031, sans compter de possibles abonnements précoces liés à l’IA, tels que véhicules autonomes, lunettes intelligentes ou drones. Si ces dispositifs deviennent populaires avant, ce chiffre pourrait être dépassé.
Le 6G ne se limitera pas à une simple “plus de vitesse”. Le rapport évoque un réseau natif à l’IA, intégrant réseaux terrestres et spatiaux, communication et détection intégrés, une meilleure efficacité énergétique, et un soutien accru à des applications comme les jumeaux numériques massifs, la mobilité autonome et la réalité mixte à grande échelle.
L’entreprise veut l’IA, mais la base n’est pas encore prête
Le rapport s’intéresse également au marché des entreprises. Selon une étude réalisée par Ericsson en collaboration avec Arthur D. Little auprès de plus de 100 dirigeants de grandes entreprises en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, il existe une importante distorsion : près de 90 % des organisations considèrent l’IA comme critique, mais une minorité l’ont réellement déployée à grande échelle. Seuls 8 % déclarent avoir étendu l’IA à plusieurs domaines, 8 % ont entièrement adopté les solutions cloud, et seulement 18 % disposent d’une large adoption des solutions mobiles.
| Technologie en entreprise | Adoption large ou déploiement |
|---|---|
| IA déployée à grande échelle dans plusieurs secteurs | 8 % |
| Adoption complète du cloud | 8 % |
| Solutions mobiles largement adoptées | 18 % |
| Entreprises prévoyant d’augmenter leurs investissements mobiles | 80 % |
Ce paradoxe est évident : les entreprises souhaitent intégrer l’IA dans leurs opérations, leur collaboration, leur service client, leur gestion d’actifs, leurs véhicules, leurs wearables ou leur automatisation industrielle, mais beaucoup n’ont pas encore déployé la connectivité mobile, le cloud et l’architecture de données nécessaires pour garantir leur fiabilité.
C’est là qu’Ericsson voit une opportunité pour les opérateurs : dépasser le simple rôle de fournisseurs de connectivité pour devenir des partenaires de transformation, en combinant le 5G public, les réseaux privés, l’edge computing, la sécurité, les API et les services gérés.
La conclusion est claire : le mobile entre dans une étape plus exigeante. Il ne s’agit plus seulement d’augmenter le volume de données mensuelles ou la vitesse maximale. L’IA, le cloud et les nouveaux dispositifs obligent les réseaux à devenir plus intelligents, plus programmables et plus symétriques. Pendant des années, le mobile a surtout servi à consommer du contenu. La prochaine étape sera de contribuer à alimenter des systèmes d’IA qui observant, décident et agissent en temps réel.
Questions fréquemment posées
Combien d’abonnements 5G existe-t-il dans le monde ?
Selon Ericsson, la 5G a dépassé 3 milliards d’abonnements, atteignant 3,1 milliards au premier trimestre 2026.
Quelle proportion du trafic mobile mondial circule déjà via la 5G ?
Le rapport indique que la 5G transporte environ la moitié du trafic mobile mondial.
Pourquoi l’IA augmente-t-elle l’importance de l’upload ?
Parce que de nombreux services d’IA envoient vidéo, audio, capteurs ou télémétrie depuis des dispositifs vers le cloud ou le edge, ce qui exige plus de capacité de montée en débit.
Qu’est-ce que le FWA ?
C’est l’accès fixe sans fil : une connexion haut débit pour les foyers ou entreprises utilisant des réseaux mobiles, notamment la 5G, au lieu de la fibre ou du câble.
Quand envisager l’arrivée de la 6G ?
Ericsson prévoit que les premières spécifications réellement exploitables seront disponibles d’ici la fin 2028 ou début 2029, avec des premiers services commerciaux vers 2030 sur des marchés pionniers tels que les États-Unis, la Chine, le Japon, la Corée du Sud ou certains pays du Golfe.