L’IA est déjà massive en Espagne, mais seulement 15 % l’intègrent réellement

L'IA est déjà massive en Espagne, mais seulement 15 % l'intègrent réellement

L’intelligence artificielle a déjà été utilisée par plus de la moitié des internautes espagnols âgés de 16 à 75 ans, mais le passage du simple essai d’un chatbot à son intégration concrète dans le travail et la vie quotidienne reste encore à accomplir. La première étude annuelle sur l’intelligence artificielle d’IAB Espagne, réalisée en collaboration avec Elogia, indique que 52 % des internautes ont utilisé des outils d’IA au cours de la dernière année. Le chiffre le plus révélateur est apparu par la suite : 85 % de ces utilisateurs limitent leur usage à des fonctions basiques, ponctuelles ou complémentaires, tandis que seulement 15 % ont intégré l’IA dans leurs routines, automatisé des processus ou délégué des tâches complètes.

Les clés de l’IA en Espagne en 30 secondes

  • 52 % des internautes de 16 à 75 ans ont utilisé l’IA durant l’année écoulée, avec une différence générationnelle marquée.
  • ChatGPT domine avec 70 % d’usage actuel et 52 % de préférence, tandis que Gemini atteint 43 % d’utilisation.
  • 85 % des utilisateurs n’ont qu’un usage basique, et 59 % n’utilisent aucune fonctionnalité avancée.
  • 87 % restent sur les versions gratuites, seulement 13 % paient pour l’IA, directement ou via leur entreprise.
  • L’IA participe déjà aux recherches de produits, mais 65 % des internautes n’autoriseraient pas un agent à acheter en leur nom.

L’étude d’IAB Espagne offre une vue particulièrement utile, car elle ne se limite pas à mesurer la connaissance ou l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle. Elle analyse aussi les plateformes employées, leur fréquence d’usage, les fonctionnalités exploitées, le montant dépensé, la façon dont l’IA intervient dans leurs achats, la confiance qu’ils lui accordent et les effets perçus sur leur travail.

L’approche méthodologique combine trois sources : une enquête en ligne menée auprès de 1 081 internautes espagnols de 16 à 75 ans, réalisée entre mai et juin 2026 ; une recherche digitale sur la recherche d’outils d’IA de 2023 à 2026 ; et 13 entretiens qualitatifs avec des professionnels utilisateurs d’IA, réalisés via un agent d’intelligence artificielle. Ces derniers apportent du contexte, bien que le rapport prévient que leurs résultats sont indicatifs et non représentatifs.

Le résultat dresse le tableau d’un marché ayant dépassé la phase initiale de découverte. L’IA est présente de manière large et régulière, mais reste surtout une ressource consultative. La véritable mutation se produira lorsque davantage d’utilisateurs passeront du questionnement à la délégation, à l’automatisation et à l’intégration.

Plus de la moitié des internautes ont déjà utilisé l’IA

52 % des internautes espagnols de 16 à 75 ans ont employé un outil d’intelligence artificielle au cours de la dernière année. IAB Espagne compare ce chiffre aux données précédentes de l’Observatoire National de la Technologie et de la Société (ONTSI) : en 2023, 42,1 % de la population adulte l’avait déjà essayé, et en 2024, plus de 50 % avaient utilisé l’IA générative.

La donnée de 2026 concerne précisément la population internaute de 16 à 75 ans et ne doit pas être interprétée comme identique aux précédentes. Néanmoins, elle témoigne de la pénétration de l’IA dans l’utilisation quotidienne d’Internet en Espagne.

L’âge constitue le principal facteur de divergence. La Génération Z (16-30 ans) atteint un taux de pénétration de 79 %. Chez les Millennials (31-45 ans), la proportion chute à 64 %, chez la Génération X (46-60 ans), elle est de 47 %, et chez les Boomers (61-75 ans), elle ne dépasse pas 33 %.

Groupe Utilisation de l’IA l’année dernière
Génération Z, 16-30 ans 79 %
Millennials, 31-45 ans 64 %
Génération X, 46-60 ans 47 %
Baby-boomers, 61-75 ans 33 %
Population totale de 16-75 ans 52 %

La différence entre hommes et femmes est beaucoup moins marquée : 51 % des hommes et 53 % des femmes utilisent l’IA. Le profil utilisateur moyen a 46 ans, 58 % ont un diplôme supérieur et 69 % sont actifs professionnellement.

Chez ceux qui n’utilisent pas encore l’IA, la moyenne d’âge monte à 54 ans. Parmi eux, 36 % détiennent un diplôme supérieur, et 60 % travaillent. Un groupe de 34 % envisage fortement ou probablement d’adopter l’IA dans les 12 prochains mois.

La fracture générationnelle ne disparaît donc pas avec l’arrivée de nouveaux utilisateurs : l’âge continue à influencer à la fois l’accès et la fréquence d’utilisation de cette technologie.

ChatGPT conserve sa position de leader, mais Gemini connaît la plus forte croissance

Le marché espagnol est très concentré. ChatGPT reste la plateforme dominante en termes de connaissance, d’usage et de préférence.

97 % des utilisateurs d’IA connaissent ChatGPT, 88 % l’ont utilisé une fois, et 70 % l’utilisent actuellement. En outre, 52 % le désignent comme leur outil préféré.

Gemini occupe la deuxième place avec 85 % de notoriété, 60 % de test, 43 % d’usage actuel et 24 % de préférence.

Microsoft Copilot complète le podium avec 20 % d’usage actuel, mais seulement 8 % de préférence. Sa notoriété est de 57 %.

La comparaison globale montre à quel point ces trois plateformes dominent nettement le reste du marché.

Outil Notoriété A utilisé une fois Usage actuel Préférence
ChatGPT 97 % 88 % 70 % 52 %
Gemini 85 % 60 % 43 % 24 %
Microsoft Copilot 57 % 35 % 20 % 8 %
Meta AI 56 % 18 % 8 % 3 %
Claude 30 % 14 % 7 % 5 %
Grok 37 % 15 % 6 %
Perplexity 23 % 10 % 4 %
DeepSeek 23 % 8 % 2 % 1 %

Les pourcentages proviennent de questions différentes, et il ne faut pas les additionner. Le tableau permet d’observer l’évolution entre la notoriété, l’essai, l’usage actuel et la préférence.

L’évolution du nombre d’utilisateurs uniques, mesurée par GfK DAM, montre qu’entre juin 2025 et juin 2026, le parc d’outils d’IA étudié est passé de 17,3 à 25,8 millions d’utilisateurs uniques en population internaute espagnole, soit une hausse de 49 %.

ChatGPT a augmentés ses utilisateurs de 14,33 à 20,42 millions, soit une croissance de 42,5 %. Gemini a connu la plus forte progression : de 3,26 à 10,24 millions, soit une hausse de 214,4 %. Copilot est passé de 2,22 à 2,78 millions, soit +25,1 %.

Le développement de Claude se distingue également : de 0,18 à 2,09 millions, soit +1 090,4 %. Meta AI a évolué de 0,22 à 2,02 millions, soit +834,6 %. Ces pourcentages de croissance très élevés partent de bases faibles.

DeepSeek constitue une exception, avec une baisse de 1,00 à 0,75 millions d’utilisateurs uniques, soit -24,4 %.

Différence entre utilisation et maîtrise de l’IA

La partie la plus intéressante du rapport, pour le secteur technologique, apparaît lorsque l’IEA Spain ne se contente pas de demander si une personne utilise l’IA, mais mesure comment elle s’en sert réellement.

43 % des utilisateurs déclarent l’utiliser plusieurs fois par jour, 11 % une fois par jour, 34 % plusieurs fois par semaine, et 9 % une fois par semaine. En tout, 86 % ont une utilisation quotidienne ou hebdomadaire de l’IA.

Mais cette fréquence ne correspond pas forcément à une automatisation.

54 % des utilisateurs exploitent l’IA pour des tâches précises, 31 % pour un soutien régulier, et seulement 11 % ont intégré l’IA dans leurs routines. Le chiffre chute à 3 % si l’on évoque des processus automatisés et à 2 % en parlant de délégation complète de tâches automatiques.

Ce paradoxe technologique montre que l’IA est devenue un outil fréquent tout en n’étant pas encore une infrastructure de travail personnelle pour la majorité des utilisateurs.

La page 23 de l’étude résume cette différence par une distinction entre usage basique et avancé. 85 % restent dans le premier cas, et seulement 15 % dans le second. Parmi les utilisateurs intensifs, 25 % font un usage avancé, ce qui indique une relation directe entre fréquence et maturité.

L’utilisation de fonctionnalités avancées reste limitée :

Fonctionnalité Utilisateurs
Déléguer des étapes intermédiaires 16 %
Prompts structurés 15 %
GPTs ou agents 13 %
Intégrations 11 %
Automatisation via applications ou API 7 %
Créer des flux reproductibles 7 %
Aucune fonction avancée 59 %

Ce dernier point revêt une importance particulière pour les entreprises qui commercialisent des outils d’IA. Le défi ne se limite plus à convaincre l’utilisateur d’essayer un modèle, mais aussi à lui faire identifier des cas d’usage récurrents et suffisamment utiles pour leur intégration dans ses processus.

L’étude souligne que le principal obstacle est le manque de formation (31 %), suivi du prix (30 %) et de la qualité variable (28 %). La méfiance (25 %) et les risques légaux ou de confidentialité (21 %) constituent d’autres freins.

La technologie est accessible, mais une part importante des utilisateurs ne sait pas encore comment en faire un flux de travail efficace.

Le modèle freemium prédomine, le paiement intervient lorsque l’IA devient un réflexe

La pénétration massive ne se traduit pas encore par un marché des abonnements équivalent.

87 % des utilisateurs privilégient la version gratuite, et seulement 13 % paient d’une manière ou d’une autre : 7 % via leur entreprise, 6 % directement.

La différence selon la fréquence d’usage est nette : chez ceux qui utilisent l’IA quotidiennement, le pourcentage de payants grimpe à 21 %.

L’étude identifie quatre profils :

Situation Pourcentage
Paye déjà directement 6 %
Ne paie pas mais serait prêt à le faire 14 %
Ignore encore si payer 33 %
Ne pense pas payer 47 %

La somme de ceux qui sont prêts à payer et de ceux qui restent indécis représente 47 %. Ce n’est pas une garantie de futurs clients, mais un groupe potentiellement transformable selon l’étude.

Le prix a aussi une limite relativement faible : parmi ceux disposés à payer, deux sur trois n’auraient pas un budget supérieur à 10 euros par mois, avec une moyenne estimée à 9,4 euros.

La conclusion pour le marché est claire : augmenter le nombre d’utilisateurs ne garantit pas nécessairement une augmentation des revenus. La progression vers un paiement dépend du fait que l’outil résolve des problèmes suffisamment fréquents et importants.

L’IA modifie déjà la recherche de produits

Le commerce est un autre secteur où le changement de comportement est perceptible.

45 % des utilisateurs d’IA l’ont déjà utilisée pour aider lors d’un achat, notamment pour comparer des produits (66 %) et rechercher des informations (57 %).

Un chiffre particulièrement significatif pour les moteurs de recherche, les médias spécialisés et le e-commerce : parmi ces utilisateurs, 24 % effectuent des recherches de produits via IA, contre 64 % par recherche classique et 12 % par d’autres canaux.

Chez la Génération Z et les utilisateurs intensifs, la proportion de recherches de produits via IA atteint 32 %.

Cela ne signifie pas que Google a perdu son prééminence. Il reste le principal canal avec 64 % des recherches analysées. L’étude montre cependant que l’IA s’emploie déjà à une part importante d’une étape, qui était traditionnellement dominée par les moteurs de recherche et les résultats organiques.

L’agent d’achat doit encore obtenir l’autorisation

Parmi ceux ayant déjà utilisé l’IA lors d’un achat, 65 % n’autoriseraient pas qu’un agent achète en leur nom. 21 % seraient d’accord sous supervision, et seulement 14 % laisseraient une transaction en autonomie.

Même chez ceux disposés à déléguer, l’autonomie financière est limitée.

Montant qu’ils permettraient de dépenser sans contrôle Pourcentage
0 €, ils revoient toujours 49 %
Moins de 50 € 28 %
Entre 50 et 200 € 14 %
Entre 200 et 500 € 6 %
Plus de 500 € 3 %

Ce qui influence aussi la décision, c’est la catégorie produit : voyages, technologie et maison sont les domaines où la délégation est la plus acceptée, avec 39 %, 37 % et 36 %, respectivement. À l’inverse, pour les produits pour enfants, optique et animaux, la volonté est plus faible : 7 %, 11 % et 13 %.

La règle que reflète l’étude est simple : plus une achat est simple et peu sensible, plus la tendance est forte à en confier une partie à une IA.

Dans le commerce en ligne, cela positionne l’agent entre deux portes : il influence déjà la recherche et la comparaison, mais n’est pas encore autorisé à finaliser la majorité des achats automatiquement.

95 % des utilisateurs vérifient les réponses de l’IA

La confiance reste probablement le principal frein à une progression vers des tâches à plus haute responsabilité.

68 % des utilisateurs pensent que l’IA sera incontournable à l’avenir, mais seulement 29 % lui font actuellement confiance. La différence est de 39 points de pourcentage.

La prudence est aussi évidente dans le comportement quotidien : 95 % recoupent d’une manière ou d’une autre les informations provenant de l’IA, 22 % toujours, et 32 % fréquemment.

En vérifiant une réponse, ils recourent principalement aux moteurs de recherche (68 %), aux sites officiels (61 %), à des proches (30 %) ou à des avis d’utilisateurs (21 %). Seul 8 % utilisent une autre IA pour confronter la réponse.

Ce mécanisme de vérification est crucial pour l’avenir de la recherche : si l’IA remplace une partie des requêtes initiales, les sources externes restent indispensables pour valider l’information.

L’utilisateur espagnol ne semble pas vouloir substituer une source à une autre, mais plutôt ajouter une étape de vérification supplémentaire.

L’IA améliore la productivité, mais peut aussi augmenter la charge de travail

Les résultats dans le secteur professionnel sont parmi les plus nets. 48 % des utilisateurs exploitent l’IA dans leur travail, que ce soit pour des tâches professionnelles ou en complément de l’usage personnel.

Parmi ces professionnels, 90 % perçoivent un impact positif : 53 % déclarent travailler plus vite, 40 % notent une augmentation de la qualité, et autant (40 %) soulignent un gain de temps. De plus, 21 % indiquent pouvoir désormais accomplir des tâches auparavant hors de leur portée.

La Génération Z démarque particulièrement en vitesse : 63 % disent travailler plus rapidement grâce à l’IA.

Cependant, l’étude révèle un paradoxe : si l’on gagne du temps, cela ne signifie pas forcément une baisse de la charge de travail.

Parmi ceux qui ont libéré du temps grâce à l’IA, 47 % le consacrent à leur vie personnelle, 46 % à une augmentation de leur charge de travail, 37 % à des tâches stratégiques, et 26 % à la formation.

Destination du temps libéré Pourcentage
Vie personnelle 47 %
Augmentation de la charge de travail 46 %
Tâches stratégiques 37 %
Formation 26 %

Ces chiffres, issus de réponses multiples, ne totalisent pas 100 %, mais illustrent la complexité du phénomène : si la technologie permet de gagner du temps, elle peut aussi conduire à en attendre davantage en contrepartie.

Implications pour le marché de l’IA

Les données d’IAB Espagne dessinent une industrie évoluant à trois vitesses différentes.

La première est l’adoption : 52 % des internautes de 16 à 75 ans l’ont utilisée cette année, et 86 % des utilisateurs réguliers (hebdomadaires ou plus) la pratiquent déjà.

La deuxième concerne l’intégration : seule une minorité (15 %) a intégré l’IA dans ses routines, en automatisant ou en déléguant. La majorité (59 %) ne recourt à aucune fonction avancée.

La troisième est la confiance : 68 % pensent que l’IA sera incontournable à l’avenir, mais 71 % (totalement ou partiellement) ne lui font pas encore totalement confiance.

Ces trois chiffres offrent une meilleure compréhension du moment du marché :

Indicateur Situation en Espagne, 2026
Utilisateurs ayant testé l’IA cette année 52 %
Utilisateurs qui la pratiquent régulièrement 86 %
Utilisateurs avec usage basique 85 %
Utilisateurs avec usage avancé 15 %
Utilisateurs sans fonctions avancées 59 %
Utilisateurs payants 13 %
Croyance qu’elle sera essentielle 68 %
Confiance en l’IA 29 %
Vérification des réponses 95 %

Ce portrait du marché est peut-être moins spectaculaire que les prévisions d’une adoption immédiate d’agents autonomes, mais il est plus pertinent pour saisir où en est réellement l’utilisateur.

L’IA est désormais intégrée dans les habitudes numériques d’un grand nombre. La question reste à résoudre : comment passer d’une simple conversation à un processus, d’une consultation à une automatisation, et d’un service gratuit à un modèle payant que l’utilisateur juge raisonnable.

L’autre enjeu demeure la confiance. Un utilisateur peut consulter ChatGPT ou Gemini plusieurs fois par jour, tout en vérifiant ses réponses. La dépendance pratique coexiste avec une méfiance persistante, ce qui explique en partie la dynamique actuelle du marché.

Pour les développeurs et les entreprises technologiques, c’est probablement l’un des enseignements principaux : la croissance future de l’IA ne dépend pas uniquement d’acquérir plus d’utilisateurs, mais aussi de faire faire davantage de choses à ceux qui l’utilisent.

Questions fréquemment posées

Combien d’internautes espagnols utilisent l’intelligence artificielle ?

52 % des internautes espagnols de 16 à 75 ans ont utilisé des outils d’IA au cours de la dernière année, selon l’étude d’IAB Espagne et Elogia.

Quelle IA est la plus utilisée en Espagne ?

ChatGPT arrive en tête avec 70 % d’usage actuel et 52 % de préférence, suivi par Gemini avec 43 % d’utilisation actuelle et 24 % de préférence.

Combien de personnes paient pour des outils d’IA ?

13 % des utilisateurs paient d’une manière ou d’une autre : 7 % via leur entreprise et 6 % directement. Chez ceux qui utilisent l’IA quotidiennement, cette proportion s’élève à 21 %.

Les utilisateurs espagnols ont-ils confiance dans les réponses de l’IA ?

La confiance demeure limitée : 29 % déclarent lui faire confiance, tandis que 95 % vérifient systématiquement ou fréquemment les réponses qu’ils reçoivent.

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