L’Espagne a décidé de rejoindre Open Research Europe (ORE), la plateforme publique de publication scientifique en accès ouvert soutenue par la Commission européenne. La décision, prise par la Commission de la Gouvernance de la Science Ouverte, positionne le pays parmi les onze nations européennes participant à la nouvelle phase de cette infrastructure. L’objectif est clair : diminuer la dépendance aux circuits commerciaux de publication et renforcer une voie alternative basée sur l’accès ouvert et la transparence.

Contexte : le coût de la publication scientifique en question

Le débat sur la publication scientifique en Europe tourne depuis des années autour de deux problématiques : le coût de publication et le coût d’accès. La recherche publique dépend encore largement de revues commerciales coûteuses, via abonnements ou frais élevés pour publier en accès ouvert. ORE propose un modèle proche du Diamond Open Access : ni le lecteur ni l’auteur ne paient. CERN, qui assurera l’opération technique, la définit comme une alternative impulsée par la communauté face au modèle académique traditionnel.

Cette démarche s’inscrit dans un mouvement européen plus large de souveraineté numérique appliquée aux secteurs réglementés, qui s’étend désormais au domaine scientifique.

Les faits : onze pays, cinq ans, une gouvernance partagée

La représentation espagnole sera assurée par la FECYT, avec la participation du CSIC. Onze pays européens participent à cette nouvelle phase : Autriche, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Slovénie, Suède et Suisse, aux côtés de l’Espagne. La configuration prévoit une période initiale de cinq ans (2026-2030), cofinancée et gouvernée collectivement.

ORE publie déjà des travaux d’auteurs issus de 350 institutions et 45 pays. La DFG allemande précise que la plateforme compte plus de 1 200 articles par plus de 6 300 auteurs. Modeste face aux grands éditeurs, mais en croissance réelle. CERN prévoit que la nouvelle plateforme sera opérationnelle à l’automne 2026.

Analyse : au-delà de l’accès gratuit

Publier sur ORE ne se limite pas à déposer un article en libre accès. La plateforme reconnaît une gamme plus large de résultats de recherche, valorise la revue par les pairs comme contribution et favorise un processus plus ouvert et traçable. À une époque où le système scientifique européen repense ses méthodes d’évaluation, ce modèle pourrait influencer le type de productions scientifiques considérées comme précieuses.

Le gestionnaire technique CERN gère déjà Zenodo, infrastructure ouverte de référence. Ce choix est symbolique : il ancre ORE dans l’écosystème d’infrastructures européennes ouvertes, dans un contexte où l’Europe cherche à renforcer son autonomie numérique face aux acteurs extra-communautaires.

Perspectives : qui contrôle les canaux de la science ?

Pour l’Espagne, cette intégration signifie deux choses. D’abord, une voie institutionnelle pour renforcer la publication ouverte de la recherche publique. Ensuite, une inscription dans une tendance européenne qui vise à construire des infrastructures propres et durables pour communiquer la science, dans la continuité de la transformation numérique des pratiques et équipements en Europe.

Le débat ne se résume plus à « ouvrir des articles », mais à « qui contrôle les canaux de publication scientifique en Europe ». Avec ORE, l’Europe tente de construire sa propre réponse — publique, gouvernée collectivement et alignée sur les principes de la science ouverte.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’Open Research Europe ?
Une plateforme publique de publication scientifique en accès ouvert, soutenue par la Commission européenne. Elle facilite la publication et la lecture sans coût direct, avec une revue par les pairs ouverte.

Quel rôle jouera l’Espagne dans ORE ?
L’Espagne entre comme membre national, représentée par la FECYT avec la participation du CSIC. Elle participera au cofinancement et à la gouvernance collective de la plateforme.

Quand la nouvelle phase d’ORE sera-t-elle opérationnelle ?
CERN prévoit que la nouvelle plateforme étendue sera prête à l’automne 2026 pour recevoir les dépôts dans le nouveau schéma.

En quoi ORE diffère-t-elle des revues traditionnelles ?
ORE privilégie un modèle Diamond Open Access non commercial, sans frais pour les auteurs ni les lecteurs, avec une revue transparente et un logiciel open source.