Le choc financier subi par les utilisateurs ayant besoin de beaucoup d’espace de stockage — sauvegardes, bibliothèques vidéo, fichiers photos, NAS domestiques ou petits serveurs — ne se limite plus à une simple impression, il devient une réalité mesurable. Une analyse des prix de modèles populaires de disques durs (HDD) indique qu’à partir de septembre 2025, le coût des unités classiques a connu une hausse notable, enregistrant une augmentation moyenne de 46 % en seulement quatre mois. La tendance, plus inquiétante, suit un patron précis : ce n’est pas une exception ni des éditions spéciales, mais bien une hausse affectant des gammes “traditionnelles” de consommation et NAS.
Ce constat provient d’une étude de marché menée par ComputerBase en Allemagne, basée sur un échantillon de 12 modèles de stockage et leur évolution mensuelle. La conclusion est sans appel : les HDD augmentent moins rapidement que la RAM ou les SSD, mais suffisent à redéfinir le calcul d’achat pour quiconque cherche à obtenir beaucoup de capacité à moindre coût. Par ailleurs, des vérifications effectuées aux États-Unis montrent que cette tendance se confirme là-bas aussi, voire s’amplifie selon les modèles et canaux de distribution.
Le nouveau paradigme : du “stockage pas cher” au stockage sous tension
Pendant des années, le disque dur mécanique représentait la solution privilégiée pour ceux qui avaient besoin de téraoctets sans se ruiner. Ce principe commence à se remettre en question. Dans l’échantillon européen, on constate des hausses allant environ de 23 % à 66 %, avec une moyenne avoisinant les 46 % depuis septembre. Un exemple emblématique changeant la donne : le Seagate BarraCuda de 24 TB, qui, lors de périodes promotionnelles, se trouvait pour un peu plus de 239 dollars, est désormais affiché autour de 499 dollars sur Amazon aux États-Unis, avec une disponibilité fluctuante et parfois vendu par des tiers.
Ce saut de prix ne se limite pas à une acquisition ponctuelle ; il modifie radicalement la stratégie pour ceux qui prévoient d’étendre un NAS ou de monter un serveur de sauvegarde domestique. Quand un modèle de 24 TB passe d’un “bon plan” à presque 500 dollars, le marché envoie un signal clair : le stockage massif redevient un produit rare et précieux.
Tableau comparatif : exemples concrets d’augmentation des prix des HDD (septembre 2025 → janvier 2026)
| Modèle (orientation) | Capacité | Prix en sep. 2025 | Prix en jan. 2026 | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Seagate IronWolf NAS + Rescue | 4 TB | 93,94 € | 131,90 € | +40,41 % |
| WD Red Plus | 8 TB | 169,90 € | 255,00 € | +50,09 % |
| Toshiba Cloud-Scale MG10ACA | 20 TB | 309,59 € | 479,90 € | +55,01 % |
| Toshiba Cloud-Scale MG10FA AFA | 22 TB | 336,47 € | 558,99 € | +66,13 % |
| Seagate BarraCuda | 24 TB | 307,90 € | +62,36 % | |
| Seagate IronWolf Pro NAS + Rescue | 16 TB | 312,99 € | 384,99 € | +23,00 % |
Moyenne (échantillon de 12 modèles) : +46,41 %
Pourquoi cette hausse, alors que l’attention médiatique se concentre sur la RAM et les SSD ?
La réponse courte : l’intelligence artificielle (IA) réorganise les priorités industrielles. La réponse longue implique trois facteurs conjunctifs qui exercent une pression accrue sur le marché :
- Demande d’espace de stockage à l’échelle des centres de données
Les déploiements massifs d’IA ne se limitent pas aux GPU ou à la mémoire : ils nécessitent aussi un stockage en masse pour datasets, logs, checkpoints et autres fichiers liés à l’entraînement et à l’inférence. Si une partie de ce flux s’appuie sur des SSD en environnement professionnel, le HDD reste la solution favorite pour le volume à faible coût, surtout pour “plusieurs pétaoctets”. - Shift vers des gammes entreprises
Lorsque l’industrie perçoit des marges intéressantes dans les modèles nearline ou en plus grande capacité pour centres de données, une part de l’attention se tourne vers ces segments. Ce phénomène est connu : plus le marché valorise les unités haute capacité et à forte valeur, plus le prix moyen augmente. En somme, même si les HDD “ne dépendent” pas directement de la DRAM, ils dépendent d’une chaîne de production favorisant les segments les plus rentables. - Disponibilité aléatoire et canal de vente plus spéculatif
L’indisponibilité de certains modèles ou la raréfaction en grande distribution pousse les ventes vers des tiers. Résultat : un marché moins transparent, où les prix sont “fixés” par la perspective qu’ils continueront de monter, avec une concurrence moindre sur certaines références.
Le dilemme du consommateur : “besoin de stockage” ou “payer un prix élevé”
Ce phénomène ne concerne pas uniquement les passionnés. Il impacte également :
- Les utilisateurs effectuant des sauvegardes familiales (photos, téléphones, vidéos 4K/8K).
- Les petites entreprises disposant de NAS pour la comptabilité, la documentation, le design ou la vidéo.
- Les créateurs de contenu archivant leur matériel brut.
- Les administrateurs domestiques configurant des serveurs maison pour sauvegardes, Plex/Jellyfin ou virtualisation légère.
Lorsque le HDD n’est plus “bon marché”, l’utilisateur se tourne vers d’autres options. Mais un piège se présente : les SSD s’envolent aussi en ce cycle, et le stockage en cloud — en plus d’être coûteux à la longue — peut devenir inaccessible pour ceux qui manipulent des dizaines de téraoctets.
Quelles perspectives pour la suite ?
À court terme, le marché semble être guidé par une réalité structurelle : une demande industrielle d’espace de stockage accrue et un consommateur qui n’est plus la priorité principale. Cela ne veut pas dire que les prix continueront d’augmenter indéfiniment, mais le “plancher” économique auquel certains étaient habitués pourrait mettre du temps avant de revenir.
De plus, si les fabricants accélèrent le lancement de capacités plus hautes pour le secteur professionnel, la pression pourrait aussi se maintenir sur les modèles courants de consommation, laissant penser que “plus gros” a désormais plus de valeur dans l’esprit du marché.
Comment se prémunir sans céder à l’achat impulsif
Dans ce contexte, la recommandation la plus courante parmi les assembleurs et utilisateurs avertis reste pragmatique :
- Planifier une capacité avec marge : acheter “juste” revient à risquer de devoir racheter très vite si le suivant à +20 % arrive peu après.
- Privilégier des vendeurs fiables lorsque le disque devient un investissement (garantie, provenance, RMA).
- Comparer le coût €/TB réel et pas seulement le prix final : certains modèles NAS ont subi des hausses moins importantes que d’autres références grand public.
- Examiner le marché des appareils reconditionnés certifiés dans la mesure du possible (avec garanties claires).
Questions fréquemment posées
Pourquoi la hausse des HDD pour NAS en 2026 est-elle si forte ?
Parce que le marché privilégie la demande industrielle pour le stockage en masse, ce qui limite la compétition sur le segment grand public et crée une tension sur le stock de références populaires.
Que signifie qu’un HDD de 24 TB coûte presque le double de ce qu’il y a quelques mois ?
Que le stockage massif domestique n’est plus considéré comme “commodité” bon marché et dépend désormais d’une disponibilité fluctuante, des canaux de vente, voire des priorités industrielles.
Est-il préférable d’acheter plusieurs disques moyens plutôt qu’un seul grand ?
Cela dépend de l’usage. En NAS, plusieurs disques offrent une meilleure résilience via RAID ou ZFS, mais augmentent la consommation électrique, le nombre de baies nécessaires et le risque de panne. Avec des prix tendus, il est judicieux de comparer le coût par téraoctet et le coût total du système (incluant la cage NAS).
Faut-il attendre que les prix des HDD redescendent ou acheter tout de suite ?
Pour ceux qui ont besoin d’un stockage urgent ou effectuent des sauvegardes critiques, attendre peut revenir plus cher si le marché continue de grimper. Pour des extensions non urgentes, il est préférable de surveiller certaines offres chez des distributeurs fiables.
Source : tomshardware