Le Texas freine les centres de données et met en danger 20 % des projets aux États-Unis

L'IA transporte les centres de données à la campagne : des États-Unis à l'Aragon et à l'Estrémadure

Le Texas est devenu l’un des principaux terrains d’expansion des centres de données pour l’intelligence artificielle aux États-Unis, mais la capacité de son réseau électrique commence à poser des limites. Un examen des grands projets cherchant à se connecter au réseau géré par l’ERCOT pourrait retarder une part équivalente à près de 20 % des centres de données prévus aux États-Unis, selon les estimations de BloombergNEF recueillies par Data Center Dynamics.

Les clés du freinage des centres de données au Texas en 30 secondes

  • Le Texas revoit actuellement ses grands projets de centres de données sollicitant une connexion à son réseau électrique.
  • L’ERCOT reconnaissait en juin plus de 438 GW de demandes de gros consommateurs, près de 89 % étant liés à des centres de données.
  • BloombergNEF estime que cette révision concerne environ 49,8 GW de projets et pourrait retarder 20 % du portefeuille américain.
  • Le Texas souhaite également évaluer l’impact sur l’eau, les communautés et les infrastructures.
  • New York a déjà instauré une moratoire temporaire pour les nouveaux centres de données à grande échelle.

Ce problème ne signifie pas que le Texas ait décidé de fermer la porte aux centres de données. La question est plutôt de savoir comment absorber une demande électrique qui a progressé bien plus rapidement que la capacité de planification des réseaux.

L’Electric Reliability Council of Texas (ERCOT), responsable de la gestion d’environ 90 % de la charge électrique de l’État, reconnaissait le 18 juin dernier suivre plus de 438 000 MW de demandes de connexion de gros consommateurs. Près de 89 % provenaient uniquement de centres de données. ERCOT soulignait aussi que toutes ces demandes ne aboutiraient pas nécessairement à des installations réelles.

L’ampleur de ces chiffres explique pourquoi l’État modifie ses procédures. Pour mettre cette donnée en perspective, 438 GW de demandes ne représentent pas 438 GW de centres de données en cours de construction, mais une file d’attente de projets potentiels qui dépasse largement ce que le réseau peut supporter dans les conditions actuelles.

Une révision concernant près de 50 GW de projets

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a demandé à la Public Utility Commission of Texas (PUCT) et à l’ERCOT d’étudier les projets de centres de données en cours de processus d’interconnexion.

Selon BloombergNEF, cette révision pourrait concerner environ 49,8 GW de projets en quête d’accès au réseau. Leur analyse prévoit que le Texas intégrera environ 8,25 GW de capacité supplémentaire de centres de données sur le territoire d’ERCOT d’ici 2030.

L’impact économique ne serait pas moindre. BloombergNEF estime que les retards liés à cette révision pourraient dépasser les 8 milliards de dollars d’ici le premier trimestre 2027, chiffre qui augmenterait si la procédure se prolongeait.

Une autre indication du changement de perspective est la réduction de la prévision de croissance de la demande électrique au Texas pour l’année prochaine, qui est passée d’environ 14 % en juillet à environ 6 % aujourd’hui.

Cette révision ne se limite pas à connaître la puissance en mégawatts demandée par chaque projet. Le Texas souhaite également savoir dans quelle mesure les centres de données prendront en charge leurs coûts d’infrastructure, si certains produiront leur propre électricité ou dépendront du réseau, et quelles mesures ils adopteront pour limiter leur impact sur les communautés environnantes.

L’approvisionnement en eau, sa réutilisation, l’impact sur les propriétés voisines ainsi que l’identité des propriétaires et des organismes contrôlant ces projets entrent aussi en ligne de compte.

Le gouvernement d’Abbott avait déjà précisé certaines de ces exigences. En juillet, il a annoncé la suspension d’un projet de Diode près du Cedar Creek Lake, mettant en avant la protection des ressources naturelles, du réseau électrique et des communautés comme conditions attendues pour ce type de développement.

ERCOT adapte ses règles face à une demande difficile à gérer

Ce débat intervient alors que le Texas modifiait déjà sa manière de traiter les demandes des gros consommateurs.

Le 18 juin, la PUCT a approuvé un nouveau processus appelé Batch Zero, conçu par l’ERCOT pour étudier simultanément les demandes d’installation de 75 MW ou plus.

Jusqu’ici, l’analyse de chaque projet individuellement devenait de plus en plus complexe face à l’afflux massif de requêtes. Ce nouveau système regroupe les projets afin que l’ERCOT puisse étudier en même temps la demande prévue, évaluer la capacité du réseau et identifier les extensions de transmission nécessaires.

Le calendrier indique également que connecter un nouveau campus de grande envergure ne se limite plus à la recherche de terrain et de financement. L’ERCOT prévoyait d’annoncer en août la classification des projets inclus dans Batch Zero, et le plan définitif de transmission pour ce groupe est prévu pour l’automne 2027. Les demandes du Batch 1 commenceraient en été 2027.

Une option particulièrement pertinente pour les centres de données est aussi envisagée : l’ERCOT propose une voie permettant aux grands consommateurs d’accepter de réduire temporairement leur consommation en cas de contraintes locales sur le réseau.

Cette flexibilité en matière de consommation pourrait devenir une variable cruciale pour obtenir de nouvelles connexions.

Pour les gestionnaires de centres de données, cela modifie une partie du planification traditionnelle. La disponibilité de fibre, de terrain, d’eau et d’énergie reste essentielle, mais disposer, en théorie, de capacités de production électrique dans une région ne garantit pas qu’il y ait suffisamment de capacité de transmission sur place ou au moment voulu pour le nouveau campus.

Le développement de l’IA met en évidence cette disparité croissante.

Le débat sur les centres de données s’étend à travers les États-Unis

Le Texas n’est pas isolé. La rapide croissance des infrastructures numériques suscite des réponses politiques dans d’autres états face aux incertitudes concernant le coût des réseaux électriques, la consommation de ressources et la responsabilité de leur financement.

Le 14 juillet, New York a franchi une étape supplémentaire en instaurant une moratoire jusqu’à un an sur certains permis environnementaux pour de nouveaux centres de données à grande échelle, en attendant la mise en place d’un nouveau cadre réglementaire.

L’administration new-yorkaise souhaite analyser conjointement les effets sur la demande énergétique, la consommation, la qualité de l’eau et les émissions. Elle veut aussi éviter que les extensions de transmission nécessaires à ces projets ne se répercutent directement sur les factures des ménages et des entreprises.

D’autres États ont aussi examiné diverses initiatives, bien qu’une proposition législative ou une moratoire locale ne garantissent pas forcément une interdiction effective de construire des centres de données.

Le débat principal évolue rapidement, car l’infrastructure nécessaire pour l’IA se mesure désormais en centaines de mégawatts et, dans certains projets, en gigawatts.

Au cours des dernières années, la compétition s’est surtout concentrée sur l’acquisition de GPU, de terrains et de financements. La disponibilité de l’électricité et, surtout, la capacité réelle à la connecter aux centres de données deviennent une limite majeure pour la croissance.

Le Texas illustre bien cette paradoxe. Son marché électrique, la disponibilité énergétique et un environnement favorable aux investissements massifs ont permis d’attirer de nombreux projets. Mais la masse de demandes en attente oblige aujourd’hui l’ERCOT à décider qui pourra se connecter, où et quelles améliorations seront nécessaires à la grille.

L’accumulation de centaines de gigawatts ne signifie pas que tous ces centres de données seront construits. Elle révèle toutefois une réalité essentielle pour la prochaine étape de l’IA : il existe une demande potentielle d’électricité bien plus grande que la capacité immédiatement disponible pour y répondre.

Questions fréquemment posées

Le Texas a-t-il interdit la construction de nouveaux centres de données ?

Non. Le Texas revoit actuellement ses grands projets de connexion au réseau ERCOT et a modifié la procédure d’étude. Cela peut entraîner des retards, mais ne constitue pas une interdiction globale de construire des centres de données.

Quelle est la puissance demandée par les grands projets au Texas ?

En juin, l’ERCOT a signalé plus de 438 GW de demandes de gros consommateurs, dont près de 89 % liés à des centres de données. L’opérateur lui-même met en garde contre le fait que toutes ces demandes ne se concrétiseront pas nécessairement.

Pourquoi les nouveaux centres de données ont-ils besoin d’autant d’électricité ?

L’expansion du cloud computing et, surtout, de l’intelligence artificielle conduit à construire des installations avec de nombreux accélérateurs et serveurs. Certains nouveaux campus ont des besoins électriques de centaines de mégawatts.

D’autres États limitent-ils aussi les centres de données ?

Oui. En juillet 2026, New York a instauré un moratoire temporaire pouvant durer jusqu’à un an sur certains permis pour de nouveaux centres de données à grande échelle, en attendant la définition d’un nouveau cadre réglementaire. D’autres États ont aussi lancé différentes initiatives visant à fixer des limites ou à imposer de nouvelles conditions.

Sources : datacenterdynamics et BloombergNEF

le dernier