Le préfixe 400 : le gouvernement impose une « immatriculation » aux appels commerciaux pour pouvoir les bloquer

Le préfixe 400 : le gouvernement impose une "immatriculation" aux appels commerciaux pour pouvoir les bloquer

En France, le téléphone devient un champ de bataille quotidien. Pour beaucoup de citoyens, la sonnerie n’est plus synonyme d’un appel important, mais plutôt d’une interruption : offres insistantes, changement d’opérateur, fausses alertes bancaires ou tentatives d’usurpation visant à profiter d’un moment d’inattention. Dans ce contexte, le ministère de la Transformation numérique et de la Fonction publique a franchi une étape supplémentaire pour limiter le telemarketing et lutter contre une partie des fraudes : il propose que tous les appels commerciaux proviennent désormais uniquement de numéros commençant par 400.

Cette mesure a été présentée le 4 février 2026 via deux décrets soumis à procédure d’audience publique. L’idée est simple : si une entreprise appelle pour vendre, l’utilisateur pourra l’identifier rapidement. Et s’il ne souhaite pas répondre à ce type d’appels, il pourra les filtrer ou les bloquer plus facilement.

Un numéro dédié pour que le consommateur repère le « spam »

Selon la proposition, les appels commerciaux devront utiliser une gamme de neuf chiffres commençant par 400. Autrement dit, des numéros du type 400XXXXXX, conçus pour que chacun reconnaisse immédiatement qu’il s’agit d’une communication promotionnelle. L’objectif déclaré est de renforcer la protection des utilisateurs face aux appels et SMS frauduleux ou indésirés, en réduisant les nuisances et les risques.

De plus, cette numérotation sera bidirectionnelle : elle permettra à la fois de recevoir et de passer des appels. Et elle aura une condition importante pour le consommateur : le coût ne pourra dépasser celui d’un appel standard, évitant qu’il ne devienne un « numéro spécial » déguisé.

Concrètement, cette initiative vise à fournir à l’utilisateur un outil clair : prendre une décision en toute connaissance de cause. Répondre ou ne pas répondre. Et, pour ceux qui le souhaitent, activer un blocage systématique de tout ce qui commence par 400.

Relation client : numéros courts, 800/900 ou numérotation géographique… et sans vente

La seconde résolution, élaborée par la Direction générale des télécommunications numériques, définit une autre grande catégorie d’appels émis par les entreprises : les appels de service client, c’est-à-dire ceux effectués par une société pour contacter ses clients ou gérer des contrats existants.

Le gouvernement propose une règle plus stricte : ces appels ne pourront provenir que de :

  • numéros courts spécifiquement attribués (comme le connu 1004)
  • gammes gratuites 800 et 900
  • numérotation géographique (préfixes des départements)

L’objectif est d’éviter un problème fréquent : qu’un appel « relation client » provienne d’un numéro mobile ou non identifié, ce qui favorise la confusion, la fraude et le sentiment d’impuissance.

Et il y a une nuance importante : lorsqu’un appel est émis depuis ces numéros de service client, aucun produit ou service ne pourra être proposé. Cette séparation vise à prévenir la pratique courante consistant à profiter d’une demande ou d’une gestion pour « glisser » une offre commerciale dès la première occasion.

Bloquage automatique : lorsque la norme sera en place, les appels non conformes seront bloqués

Ce plan ne se limite pas à une simple annonce. Le ministère prévoit que, lorsque la nouvelle numérotation sera pleinement opérationnelle, les opérateurs bloqueront les appels identifiés comme commerciaux ou de service client si ceux-ci ne proviennent pas des plages autorisées.

Selon le communiqué officiel, un délai de quatre mois après la mise en vigueur des décrets sera accordé aux entreprises pour adapter leurs systèmes. D’après le calendrier communiqué par la presse, l’obligation d’utiliser le préfixe 400 pourrait entrer en application fin été 2026, si le processus réglementaire suit son cours.

En cas de réception d’un appel commercial ou de service client depuis un numéro non autorisé, l’utilisateur est invité à le signaler auprès de la Plateforme de plainte pour les télécommunications (OAUT) ou de la CNMC.

La Loi SAC et le « verrou » du consentement : le renouveler tous les deux ans sinon le contrat devient nul

Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de la Loi sur les services à la clientèle (SAC), adoptée en décembre 2025, qui introduisait un principe clé : différencier nettement le téléphone utilisé pour le service client de celui réservé aux actions commerciales.

Cette loi renforce également la gestion du consentement. En matière de contrats avec des consommateurs, elle prévoit que si le consentement n’est pas expressément recueilli ou renouvelé dans les deux ans précédents, la présomption est qu’aucun accord n’a été donné. En conséquence, les contrats obtenus en violation de ces règles peuvent être considérés comme Nuls.

En termes simples : le « oui » de l’utilisateur expire. Et les entreprises devront le redemander périodiquement pour continuer à proposer des appels à des fins commerciales.

Un plan déjà en marche : millions d’appels et SMS bloqués depuis 2025

Le préfixe 400 s’inscrit dans une stratégie plus large. Le ministère encadre cette mesure dans le cadre du plan anti-arnaques téléphoniques et par SMS, en vigueur depuis mars 2025, avec des obligations de blocage et des restrictions pour la numérotation, afin de rendre plus difficile l’usurpation d’identité.

Les chiffres officiels illustrent l’ampleur du problème (et le succès du filtrage) : depuis le lancement, les opérateurs ont bloqué 169,5 millions d’appels et 10,4 millions de SMS à but frauduleux.

Dans cette démarche, il avait déjà été interdit l’utilisation de numérotation mobile pour les appels de relation client et d’appels commerciaux non sollicités, tout en permettant aux plages 800 et 900 d’effectuer non seulement des appels entrants, mais aussi sortants. L’ajout du préfixe 400 constitue une étape supplémentaire, visant à donner un identifiant unique et facilement identifiable pour le telemarketing.

Sources :

  • Ministère de la Transformation numérique et de la Fonction publique (SETID), communiqué de presse « Le gouvernement propose une nouvelle numérotation avec le préfixe 400… » (04/02/2026).
  • JO, Loi 10/2025, du 26 décembre, portant réglementation des services de relation client (SAC).
  • JO, Ordre TDF/149/2025, du 12 février, contre les arnaques d’usurpation d’identité et pour l’identification des numéros en relation client et appels commerciaux non sollicités.
  • Ministère de la Transformation numérique et de la Fonction publique, notes « Mise en vigueur des premières mesures du plan… » (07/03/2025) et « À partir de demain… » (06/06/2025).
  • Newtral, informations sur la consultation publique jusqu’au 5 mars (05/02/2026).

Questions fréquentes

Quand sera-t-il obligatoire que les appels commerciaux commencent par 400 en France ?
Le préfixe 400 fait partie d’une proposition encore en audience publique. La feuille de route indique qu’après la validation et la mise en vigueur, une période d’adaptation de quatre mois sera prévue ; la presse évoque une entrée en application vers fin été 2026, si le calendrier est respecté.

Que se passe-t-il si une entreprise appelle pour vendre depuis un numéro ne commençant pas par 400 ?
Une fois la norme en place, il est prévu que les opérateurs bloqueront ces appels si ceux-ci sont commerciaux et ne respectent pas la nouvelle numérotation. En cas de réception, il sera possible de déposer une plainte auprès de la OAUT ou de la CNMC.

Les appels de relation client auront-ils aussi le préfixe 400 ?
Non. Pour la relation client, il est prévu que seuls des numéros courts, 800/900 ou géographiques puissent être utilisés. Le numéro 400 sera réservé aux appels de vente ou de promotion.

Comment la Loi SAC influence-t-elle le consentement pour recevoir des appels commerciaux ?
La loi impose que le consentement soit explicite et renouvelé : si celui-ci n’a pas été obtenu ou renouvelé dans les deux dernières années, il sera présumé inexistant, et tout contrat conclu en violation pourra être considéré comme Nul.

Source : Ministère de la Transformation numérique

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