Le ransomware industriel gagne du terrain dans les systèmes de contrôle industriel (ICS) malgré une baisse globale du volume de menaces détectées dans ces environnements. Les données de Kaspersky ICS CERT pour le deuxième trimestre 2026 racontent une évolution contrastée : le pourcentage total d’équipements industriels ciblés par des objets malveillants tombe à son niveau le plus bas depuis 2022, alors que les attaques par ransomware progressent dans presque toutes les régions analysées.

L’essentiel : Kaspersky relève une hausse du ransomware industriel dans la majorité des régions au deuxième trimestre 2026, l’Australie et la Nouvelle-Zélande en tête avec +67 %, suivies de l’Asie du Sud-Est à +50 %. L’Europe de l’Ouest, le sud de l’Europe et le Canada font figure d’exceptions. La biométrie reste le secteur le plus exposé dans le monde, avec des détections sur 26 % des équipements ICS analysés.

Cette évolution pèse lourd compte tenu des spécificités de la technologie opérationnelle (OT). Une attaque contre un ordinateur d’entreprise peut bloquer des documents ou des applications, mais toucher certains systèmes industriels peut avoir des conséquences directes sur les chaînes de production, la machinerie et d’autres processus physiques. Elle rappelle aussi qu’il faut lire les statistiques globales de cybersécurité avec prudence : une baisse du nombre total de menaces détectées ne signifie pas forcément un risque moindre, dès lors que la part d’attaques capables de provoquer des interruptions opérationnelles augmente.

Le ransomware grimpe jusqu’à 67 % dans certaines régions

Les variations les plus marquées entre le premier et le deuxième trimestre 2026 apparaissent en Australie et en Nouvelle-Zélande, où la proportion d’équipements ICS touchés par ransomware grimpe de 67 %. L’Asie du Sud-Est enregistre +50 %, l’Amérique du Sud +38 %, l’Afrique et l’Asie centrale +31 %, et le Moyen-Orient +11 %. Ces pourcentages reflètent la variation par rapport au trimestre précédent : ils ne veulent pas dire que 67 % de tous les équipements industriels australiens et néo-zélandais ont été victimes de ransomware.

En regardant plutôt le pourcentage d’ordinateurs ICS affectés que la croissance trimestrielle, les régions en tête sont l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie centrale et le Caucase du Sud, l’Asie de l’Est, l’Europe méridionale et l’Asie du Sud. Particularité intéressante côté européen : l’Europe méridionale fait partie des régions avec la plus forte proportion d’équipements attaqués, mais n’a pas connu de croissance du ransomware sur le trimestre. L’Europe de l’Ouest et le Canada sont les autres exceptions à la tendance haussière. Le tableau reste donc hétérogène, avec un point commun à de nombreuses zones du monde : le ransomware continue d’atteindre les réseaux industriels, même quand d’autres catégories de menaces reculent.

Les réseaux OT n’obéissent pas aux mêmes règles que l’IT

La sécurité industrielle porte des contraintes propres, qui expliquent pourquoi le ransomware y pose un problème particulier. Une infrastructure IT classique peut généralement mettre à jour serveurs et applications lors de fenêtres de maintenance planifiées. Dans une usine, une centrale électrique ou un site industriel, arrêter certains équipements peut frapper directement la production. Résultat : des systèmes tournent parfois des années sans interruption, et chaque mise à jour de sécurité exige d’abord de vérifier sa compatibilité avec les équipements et logiciels industriels en place — un risque que WatchGuard reliait déjà à la tension géopolitique croissante autour des infrastructures critiques et des environnements OT.

La connectivité grandissante entre réseaux IT et OT ajoute une difficulté supplémentaire. Les systèmes industriels ne fonctionnent plus nécessairement isolés : maintenance à distance, supervision centralisée, services de gestion et applications d’entreprise créent des ponts entre les deux mondes. Les attaquants n’ont d’ailleurs pas toujours besoin d’outils spécifiques aux systèmes industriels. Kaspersky souligne que les opérations de ransomware s’appuient de plus en plus sur des techniques d’évitement de détection et des outils d’administration légitimes, facilement confondus avec un comportement normal du réseau. Le défi pour les équipes de sécurité consiste alors à repérer quand une opération légitime d’un administrateur est détournée par un attaquant, ce qui pousse la protection OT à basculer d’une logique de blocage de malwares vers une stratégie combinant surveillance, détection comportementale, segmentation et réponse aux incidents.

La biométrie, secteur le plus exposé

L’étude dépasse aussi le seul ransomware pour analyser d’autres types de menaces. Les systèmes liés à la biométrie affichent encore le pourcentage le plus élevé d’ordinateurs ICS infectés par des objets malveillants : 26 % des équipements ICS de ce secteur ont été détectés contaminés au deuxième trimestre 2026, en légère hausse sur le trimestre précédent. L’Europe méridionale se distingue avec un taux de détection de 33 % sur les systèmes biométriques, l’Afrique et l’Asie centrale occupant aussi des positions hautes. Kaspersky relie cette vulnérabilité à des caractéristiques communes : connectivité Internet, usage intensif de messagerie électronique et parfois contrôles de sécurité faibles ou limités.

Ce constat montre à quel point l’infrastructure industrielle classique s’est étendue avec l’arrivée de capteurs connectés, dispositifs biométriques, équipements IIoT, plateformes de supervision et autres systèmes qui dialoguent avec les réseaux IT. Chaque connexion supplémentaire apporte de nouvelles capacités, mais ajoute aussi des éléments à inventorier, mettre à jour et surveiller.

Patchs, segmentation et reprise : le triptyque qui compte

Sécuriser ces environnements revient d’abord à trouver l’équilibre entre disponibilité et sécurité. Mettre à jour immédiatement chaque composant peut s’avérer impossible si cela risque d’interrompre des processus industriels vitaux, mais laisser des systèmes vulnérables n’est pas non plus une option à long terme. Kaspersky recommande des évaluations régulières de la sécurité OT, une évaluation continue des vulnérabilités et l’application de correctifs dès que c’est techniquement possible. Quand l’installation immédiate d’un patch ne l’est pas, des mesures compensatoires doivent réduire la surface d’attaque.

La préparation face au ransomware doit aussi inclure une vraie stratégie de récupération : disposer de sauvegardes ne garantit pas à lui seul une reprise rapide des opérations industrielles, comme le montre le partenariat de Commvault avec Google pour identifier des sauvegardes saines après une cyberattaque. Les organisations doivent connaître leurs dépendances systémiques, segmenter correctement leurs réseaux, établir des procédures pour contenir un incident et tester régulièrement la restauration des services critiques. La formation des équipes IT et OT compte tout autant : leurs technologies et procédures diffèrent, mais un incident peut se déplacer d’un domaine à l’autre, une logique qui rejoint la hausse du coût moyen des cyberattaques liées à l’IA, déjà à 6 millions de dollars.

Les données du deuxième trimestre 2026 envoient un avertissement clair aux responsables de l’infrastructure et de la cybersécurité : la baisse du nombre global de détections ne doit pas masquer que la nature des menaces évolue, et que le ransomware continue de viser spécifiquement les réseaux industriels, surtout là où l’indisponibilité des systèmes touche directement le fonctionnement physique de l’organisation. La protection de la technologie opérationnelle mérite donc d’être pensée avec ses propres métriques, distinctes de celles utilisées pour les serveurs ou les postes de travail classiques.

Questions fréquentes

Le ransomware contre les systèmes industriels est-il en hausse ?

Oui. Selon Kaspersky ICS CERT, la proportion d’équipements ICS attaqués par ransomware a augmenté au deuxième trimestre 2026 dans la majorité des régions analysées.

Quelle région a connu la plus forte croissance du ransomware industriel ?

L’Australie et la Nouvelle-Zélande, avec +67 %, suivies de l’Asie du Sud-Est à +50 %.

Quelle différence entre IT et OT ?

L’IT couvre les systèmes de traitement de l’information, l’OT les technologies qui surveillent ou contrôlent les équipements et processus physiques. Dans l’industrie, ces deux mondes sont de plus en plus connectés.

Quel secteur ICS a été le plus touché ?

La biométrie arrive en tête du classement Kaspersky au deuxième trimestre, avec des objets malveillants détectés sur 26 % des équipements ICS analysés.