CXMT, le plus grand fabricant chinois de mémoire DRAM, se prépare à entrer sur le marché de la mémoire NAND Flash à un moment de forte demande liée à l’intelligence artificielle. Selon des sources consultées par Reuters, l’entreprise envisage d’installer une ligne de recherche et de production expérimentale dans sa nouvelle usine de Pékin, et a déjà entamé des discussions avec des clients potentiels, dont une startup spécialisée en IA.
Les enjeux de la mémoire NAND de CXMT en 30 secondes
- CXMT met en place une ligne de R&D pour la NAND dans sa nouvelle usine à Pékin.
- L’entreprise dialogue déjà avec des clients potentiels intéressés par le stockage pour l’IA.
- YMTC, spécialisée dans la NAND, aurait un rival chinois direct dans ce marché.
- La demande de serveurs d’IA exerce une pression sur l’approvisionnement en mémoire et fait grimper les prix.
- TrendForce prévoit que la tension sur la NAND commencera à se réduire dans la seconde moitié de 2027, même si le marché reste sujet à évolutions.
Cette démarche représente un changement important pour CXMT, jusqu’ici principalement reconnue pour son activité dans la DRAM. L’entreprise souhaite diversifier sa production face à une demande croissante pour les serveurs d’intelligence artificielle et une forte pression sur la capacité disponible.
Ce mouvement marque aussi l’ouverture d’une nouvelle compétition en Chine. YMTC, Yangtze Memory Technologies, fabrique déjà de la NAND Flash, tandis que CXMT s’est bâtie une réputation autour de la DRAM. Si le projet de Pékin passe du stade expérimental à une production commerciale de volume, ces deux sociétés pourraient devenir concurrentes sur un même marché.
Le contexte du marché explique le choix de ce moment. TrendForce indique que la NAND Flash est restée déficitaire en 2026, en raison de l’augmentation de la demande liée à l’IA et d’une capacité d’expansion limitée. La spécialiste anticipe un déficit de 4-5 % en 2026, mais prévoit une inversion de l’équilibre offre/demande à partir de la seconde moitié de 2027.
CXMT souhaite tester la NAND à Pékin avant un passage à la production industrielle
Selon Reuters, CXMT vise à établir une ligne de production de recherche et développement pour la NAND dans sa nouvelle usine de Pékin. La société a également créé un institut de recherche dans la capitale chinoise, où un de ses projets concerne le développement de cette technologie. Pour l’instant, les activités se concentrent sur la R&D et une production expérimentale, sans date précise pour le démarrage des opérations à grande échelle.
Le prochain étape commerciale pourrait survenir avant même une production de masse. Reuters indique que CXMT a déjà entamé des discussions avec des clients potentiels, dont une startup d’IA intéressée par l’utilisation future de puces NAND dans des dispositifs de stockage pour systèmes d’IA et superordinateurs. L’identité de cette entreprise n’a pas été divulguée.
Ce point est crucial, car une nouvelle usine de mémoire requiert beaucoup plus que des capacités techniques. La production commerciale nécessite des clients, des volumes suffisants, ainsi qu’une chaîne d’approvisionnement capable de soutenir la processus pendant des années. Ces premiers échanges indiquent que CXMT évalue la demande avant d’engager une expansion industrielle plus importante, mais ne constituent pas encore des contrats de production ni un lancement commercial officiel.
Le contexte des prix est également déterminant. TrendForce estime que les prix de la mémoire ont augmenté fortement en 2026, et que les investissements des grands fournisseurs de services cloud en DRAM et NAND pourraient représenter 68 % de leurs investissements totaux en infrastructures en 2027. La croissance rapide de ces dépenses est notamment alimentée par l’essor des infrastructures d’IA.
L’expansion de l’IA bouleverse les priorités des fabricants
La mémoire devient l’un des composants les plus sollicitées dans les systèmes d’intelligence artificielle. En DRAM, la fabrication de mémoire HBM, utilisée par les accélérateurs IA, consomme une forte quantité d’oblettes et concurrence d’autres produits sur la capacité de fabrication.
TrendForce estime que HBM et DRIMM pour serveurs représenteront conjointement 51 % des bits produits de DRAM en 2026. La société prévoit que l’offre en DRAM restera limitée en 2027, jusqu’à ce que de nouveaux projets de capacité n’apportent des volumes pertinents qu’en seconde moitié de l’année ou en 2028.
La situation pour la NAND est différente. La demande pour le stockage en entreprise et pour les serveurs croît, mais la faiblesse de certains marchés de consommation ainsi que l’adoption de nouvelles procédures de fabrication pourraient augmenter le volume de bits produits. TrendForce anticipe donc une évolution différente entre DRAM et NAND durant 2027.
En juillet, le cabinet prévoyait que les restrictions sur la NAND commenceraient à diminuer dans la seconde moitié de 2027. Il mentionnait également que les fabricants chinois pourraient augmenter leur production de façon significative, atteignant près de 19 % de la production mondiale de bits NAND lorsque de nouveaux équipements seraient déployés dans leurs usines.
Cela constitue un élément supplémentaire pour CXMT. La société n’entre pas sur un marché avec une pénurie structurelle assurée, mais cherche à profiter d’une fenêtre de demande et de prix élevés, en construisant sa capacité technologique. Si l’offre augmente rapidement en 2027, les conditions commerciales pourraient évoluer quand CXMT sera prête à produire à plus grande échelle.
CXMT et YMTC se rapprochent
L’éventuelle entrée de CXMT sur le marché de la NAND réduit aussi l’écart historique entre les deux grands fabricants chinois de mémoire. CXMT a focalisé ses efforts sur la DRAM, tandis que YMTC a orienté son activité vers la NAND Flash.
Reuters rapporte également que YMTC a déjà envoyé des échantillons de DRAM à faible consommation à ses clients potentiels, signe d’un mouvement dans la direction opposée. La concurrence entre ces deux acteurs pourrait donc s’étendre progressivement à leurs deux principaux segments de mémoire.
Pour CXMT, ce projet intervient après une importante levée de fonds. La société a levé environ 8,6 milliards de dollars lors d’une introduction en bourse en 2026, selon Reuters, et prépare également une seconde usine de mémoire à Pékin. Ce capital lui donne les moyens d’étendre sa capacité, sans que cela signifie que tout soit dédié au projet NAND.
Elle devra aussi faire face aux principaux acteurs internationaux, notamment Samsung Electronics, SK Hynix et Micron. La compétition technologique ne dépend pas uniquement du volume de wafers produits, mais aussi des procédés de fabrication, du nombre de couches de NAND, des rendements, des contrôleurs, de la qualité et de la capacité à fournir en grandes quantités de façon stable.
L’entrée de CXMT n’assure pas non plus une croissance immédiate de la part de marché mondiale de la NAND pour la Chine. Elle devra d’abord développer une technologie compétitive, produire des échantillons, valider les produits auprès de ses clients, et atteindre des rendements permettant une production de volume.
Le moment de l’annonce coïncide avec une période où la demande en stockage d’entreprise soutient le marché, notamment avec le besoin accru dans les data centers. TrendForce indiquait en septembre que les produits de stockage d’entreprise étaient sous pression d’approvisionnement en raison de la demande liée à l’IA et aux services cloud.
Pour l’heure, ce projet de CXMT doit être considéré comme une phase de développement, et non comme une nouvelle usine NAND entièrement opérationnelle. La grande inconnue reste le temps nécessaire à l’entreprise pour passer de la recherche à des produits commercialisables, ainsi que l’évolution du marché à ce moment-là.
Ce contexte met aussi en évidence une différence majeure dans le marché de la mémoire. La pénurie actuelle n’affecte pas tous les types de mémoire de la même façon. TrendForce prévoit que la DRAM restera soumise à une offre limitée en 2027, tandis que la NAND pourrait retrouver un équilibre plus rapidement en seconde moitié d’année.
Pour CXMT, cette divergence pourrait influencer la vitesse de son expansion. Entrer dans la NAND lorsque les prix sont élevés pourrait renforcer la rentabilité, mais la construction de capacités nécessite plusieurs années et d’importants investissements. Si le marché se normalise avant que ces capacités atteignent une production significative, les conditions d’entrée seront différentes.
Cette décision de CXMT illustre aussi comment l’intelligence artificielle modifie les priorités de l’industrie de la mémoire. La pression ne provient pas uniquement des accélérateurs : les serveurs requièrent plus de DRAM, plus de stockage, et davantage de capacité pour gérer les données lors de l’exploitation des modèles. Résultat : une concurrence accrue pour la capacité de fabrication entre différents types de mémoire.
Questions fréquentes
Que veut fabriquer CXMT ?
CXMT prépare une ligne de recherche et de production expérimentale de mémoire NAND Flash dans sa nouvelle usine de Pékin. La société travaille actuellement sur le développement de cette technologie et n’a pas encore fixé de date pour une production commerciale à grande échelle.
Qui est le principal fabricant chinois de NAND ?
YMTC, Yangtze Memory Technologies, est le fabricant chinois spécialisé dans la NAND Flash qui pourrait entrer en compétition directe avec CXMT si cette dernière lance une production commerciale. CXMT était traditionnellement centrée sur la DRAM.
Pourquoi CXMT entre-t-elle dans le marché de la NAND maintenant ?
Cette initiative intervient à un moment de forte demande pour la mémoire liée aux serveurs d’IA, combinée à des restrictions d’approvisionnement sur la NAND. TrendForce prévoit que ces restrictions commenceront à diminuer durant la seconde moitié de 2027.
La pénurie de NAND va-t-elle durer en 2027 ?
TrendForce anticipe une transition progressive vers un marché plus équilibré durant la seconde moitié de 2027, à mesure que la production de bits augmente et que de nouvelles capacités sont déployées. La dynamique finale dépendra de la demande et de la vitesse d’expansion des fabricants.