Cloudflare facture bien moins que Akamai, mais le marché est prêt à lui accorder une valorisation bien supérieure en proportion de ses revenus. Au septembre 2026, Cloudflare génère environ 2 510 millions de dollars par an et s’échange à environ 44 fois ses ventes, tandis qu’Akamai atteint 4 320 millions et tourne autour de 3,6 fois ses ventes. La différence ne s’explique pas uniquement par le secteur CDN : la croissance, la sécurité, le cloud, les agents d’intelligence artificielle et les attentes futures creusent un écart important entre les valorisations de sociétés qui concurrencent de plus en plus pour les mêmes budgets technologiques.
Les clés des valorisations de Cloudflare et ses concurrents en 30 secondes
- Cloudflare a connu une croissance de 36 % au dernier trimestre, contre 5 % pour Akamai.
- Akamai réalise plus de chiffre d’affaires, mais son activité traditionnelle de distribution de contenus recule toujours.
- Zscaler se valorise à près de 8 fois ses ventes et croît d’environ 25 %.
- CrowdStrike combine une croissance de 24 % avec une valorisation proche de 39 fois ses ventes.
- Palo Alto Networks montre que le marché est aussi prêt à payer une prime élevée pour des plateformes de sécurité et d’exposition à l’IA.
La première image est frappante. Cloudflare a terminé le deuxième trimestre avec 696,1 millions de dollars de revenus, soit une hausse de 36 % en glissement annuel. Akamai a enregistré 1 100 millions, en progression de 5 %. Autrement dit, Akamai reste nettement plus élevé en termes de chiffre d’affaires trimestriel, mais le marché valorise beaucoup plus chaque dollar généré par Cloudflare.
La situation devient encore plus intéressante en intégrant Zscaler, CrowdStrike, Palo Alto Networks, F5 et Fastly. Ces entreprises ne sont pas des concurrents parfaitement interchangeables, mais elles évoluent toutes dans des domaines liés à la sécurité, aux réseaux, aux applications, à l’edge, au cloud ou à l’infrastructure d’entreprise.
Résultat : Cloudflare ne se limite pas simplement à une Akamai plus coûteuse. Les investisseurs attribuent des valorisations très différentes selon la croissance attendue et, de plus en plus, la possibilité que chaque plateforme occupe une position stratégique dans l’infrastructure de l’IA.
De 3,6 fois ses ventes pour Akamai à presque 39 pour CrowdStrike
Le ratio prix/ventes permet de comparer des entreprises avec des niveaux de rentabilité très variés. Il divise la capitalisation boursière par le chiffre d’affaires des douze derniers mois.
Il ne dit pas si une action est chère ou bon marché en soi, mais offre une vision de ce que le marché paie par dollar de revenus d’une société.
Voici une estimation pour septembre 2026 :
| Entreprise | Revenus TTM | Croissance des revenus | Capitalisation approximative | Prix/Ventes |
|---|---|---|---|---|
| Akamai | 4 320 M$ | 5,9 % | 15 400 M$ | ~3,6x |
| Fastly | 687 M$ | 20,4 % | 3 620 M$ | ~5,3x |
| F5 | 3 310 M$ | 9,4 % | 22 560 M$ | ~6,8x |
| Zscaler | 3 350 M$ | 25,4 % | 26 500 M$ | ~8,0x |
| Palo Alto Networks | 11 480 M$ | 24,5 % | 275 900 M$ | ~24,0x |
| CrowdStrike | 5 400 M$ | 24,3 % | ~209 500 M$ | ~38,8x |
| Cloudflare | 2 510 M$ | 33,5 % TTM | ~111 000 M$ | ~44x |
Les capitalisations fluctuent quotidiennement avec les cotations, ces multiples doivent donc être considérés comme une photographie du marché, non comme des valeurs figées.
Par ailleurs, il faut faire une autre précaution importante : ces entreprises ne vendent pas toutes la même chose.
Fastly et Cloudflare ont une relation plus directe avec l’edge et la livraison d’applications. Akamai combine CDN, sécurité et cloud. F5 possède une longue histoire dans la livraison et la sécurité d’applications. Zscaler se concentre surtout sur Zero Trust et Secure Access Service Edge (SASE). CrowdStrike débute par la sécurité des endpoints et a étendu Falcon vers l’identification, le cloud, les données et l’opération de sécurité. Palo Alto Networks dispose d’une plateforme encore plus étendue de sécurité d’entreprise.
AWS, Microsoft Azure, Google Cloud et Cisco sont aussi en compétition dans certains segments, mais il est peu pertinent de les intégrer dans la même table de multiples, puisque leurs revenus consolidés proviennent d’activités beaucoup plus diverses.
Akamai a un problème qui disparaît en se concentrant uniquement sur la sécurité et le cloud
Comparer les revenus totaux d’Akamai avec ceux de Cloudflare ne raconte pas toute l’histoire.
Au deuxième trimestre 2026, Akamai a généré 604 millions de dollars en sécurité, en hausse de 10 %, et environ 99 millions dans les services d’infrastructure cloud, en croissance de 39 %. Entre ces deux domaines, ils ont totalisé 703 millions.
De son côté, Cloudflare a enregistré 696,1 millions sur le même trimestre.
Autrement dit, les segments sécurité et cloud d’Akamai ont déjà une taille trimestrielle proche de celle de Cloudflare.
Mais une différence décisive subsiste.
Akamai a aussi perçu 396 millions de dollars via la livraison et d’autres applications cloud, une activité en recul de 6 %.
| Akamaï Q2 2026 | Revenus | Croissance |
|---|---|---|
| Sécurité | 604 M$ | +10 % |
| Services d’infrastructure cloud | 99 M$ | +39 % |
| Sécurité + infrastructure | 703 M$ | — |
| Livraison et autres applications cloud | 396 M$ | -6 % |
| Total | 1 100 M$ | +5 % |
| Cloudflare total | 696,1 M$ | +36 % |
Une explication beaucoup plus convaincante de cette différence de valorisation apparaît ici.
Un actionnaire ne peut pas acheter uniquement les services d’infrastructure cloud et les produits de sécurité qui progressent le plus chez Akamai. Il doit acheter l’ensemble de l’entreprise, y compris une activité de distribution traditionnelle en déclin.
Akamai tente de faire évoluer cette composition. Au premier trimestre, les services d’infrastructure cloud ont augmenté de 40 %, et au deuxième, ils ont maintenu ce rythme à 39 %. La société a également annoncé des contrats pluriannuels pour ces services, d’une valeur combinée supérieure à 2,8 milliards de dollars pour la première moitié de l’année.
Ainsi, il est aussi incorrect de qualifier Akamai simplement de « vieille entreprise Internet ».
La société se transforme. Le problème boursier est que sa nouvelle version d’Akamai cohabite encore avec l’ancienne dans ses comptes.
Cloudflare n’est pas la seule à bénéficier d’une prime liée à la croissance et à l’IA
L’intégration de CrowdStrike et Palo Alto Networks ajoute un autre élément de nuance.
CrowdStrike affiche déjà environ 5 400 millions de dollars de revenus TTM, soit plus du double de Cloudflare, avec une croissance de 24,3 %. Sa capitalisation approchait 210 milliards de dollars le 11 septembre, soit environ 38,8 fois ses ventes.
Au dernier trimestre fiscal, CrowdStrike a réalisé 1 470 millions de dollars, et son ARR (Revenus Récurrents Annuels) s’est élevé à 5 840 millions. La société étend Falcon de la protection des endpoints vers le cloud, l’identité, les données, les opérations de sécurité et la sécurité liée à l’IA.
Le marché est prêt à payer une prime importante pour ce modèle.
Palo Alto Networks présente une autre situation. Avec environ 11 480 millions de dollars de revenus TTM et une croissance de 24,5 %, sa capitalisation s’approchait des 276 milliards. Cela représente une valorisation d’environ 24 fois ses ventes.
Son dernier trimestre fiscal, très solide, a généré 3 410 millions de dollars de revenus, en hausse de 34 %, et 9 100 millions de ARR de nouvelle génération, en progression de 63 %.
Ce tableau montre que Cloudflare n’est pas seule à bénéficier de multiples élevés. CrowdStrike et Palo Alto Networks suscitent aussi de grandes attentes en matière de sécurité, de consolidation de plateformes et d’IA.
Zscaler introduit une nuance.
Elle a terminé son exercice fiscal 2026 avec 3 353 millions de dollars de revenus, en progression de 25 %, mais sa capitalisation tournait autour de 26,5 milliards en septembre. Son multiple approche les 8 fois ses ventes, bien en-dessous de Cloudflare et CrowdStrike.
De plus, pour l’exercice fiscal 2027, Zscaler prévoit entre 3 908 et 3 938 millions de dollars, ce qui représente une croissance d’environ 16,6 % à 17,5 %.
Le marché ne valorise pas uniquement la croissance actuelle. Il essaie aussi d’anticiper combien de temps cette croissance pourra perdurer.
Le véritable enjeu réside dans la part de croissance future déjà intégrée dans le prix
Cloudflare possède une caractéristique particulièrement attractive pour cette approche : il opère simultanément sur plusieurs marchés.
Son réseau fournit du CDN, une protection contre les attaques DDoS, un Web Application Firewall, Zero Trust, SASE, des services pour les développeurs via Workers, du stockage, des bases de données, et une collection croissante d’outils liés à l’intelligence artificielle.
L’entreprise tente aussi de devenir une infrastructure pour un Internet où une part croissante du trafic proviendra d’agents d’IA plutôt que d’individus naviguant directement.
Matthew Prince, cofondateur et CEO de Cloudflare, a évoqué cette idée lors de la présentation des résultats du second trimestre. La société développe des infrastructures, des contrôles et des outils destinés au trafic machine-à-machine et à ce que l’on appelle Internet agentique.
Cela aide à comprendre la valorisation, même si cela ne la justifie pas forcément.
Payer environ 44 dollars pour chaque dollar de revenus actuels suppose d’anticiper que Cloudflare continuera de croître vigoureusement durant un certain temps, et qu’elle pourra également convertir une partie suffisante de ses revenus en bénéfices et flux de trésorerie.
Il convient aussi de corriger une affirmation séduisante de la comparaison initiale : il ne faut pas conclure simplement que Cloudflare doit huit années de croissance à 36 % pour atteindre la valorisation actuelle d’Akamai.
Si elle maintenait un taux de croissance annuel composé de 36 % pendant huit ans, ses 2 510 millions de dollars deviendraient mathématiquement près de 29 400 millions de dollars de revenus annuels. Mais la valorisation future dépendra également de marges, de flux de trésorerie, de la dilution, des taux d’intérêt, de la croissance résiduelle et de la capitalisation à ce moment-là.
De plus, maintenir un taux de croissance de 36 % sur huit ans serait une hypothèse extraordinairement exigeante pour une entreprise dont la base de revenus est appelée à croître rapidement.
En réalité, le marché ne considère pas littéralement que cela doit se produire.
Il attribue à Cloudflare une combinaison de potentiel de croissance, marché adressable et optionnalité technologique bien plus grande que ce que perçoit actuellement Akamai.
Ce raisonnement explique aussi pourquoi CrowdStrike cotise à près de 39 fois ses ventes, alors que Zscaler tourne autour de 8 et qu’Akamai dépasse à peine 3.
Le marché n’évalue pas simplement quelle société a le plus de clients, de points de présence ou de revenus actuellement. Il cherche à déterminer qui captera la plus grande part des dépenses des entreprises en réseaux, sécurité, cloud et IA lors de la prochaine décennie.
Les comparaisons avec davantage d’entreprises offrent donc une image beaucoup plus intéressante que la seule confrontation Cloudflare-Akamai.
Akamai est la moins chère du groupe en termes de ventes, et Cloudflare la plus coûteuse, mais entre les deux, il existe tout un marché qui attribue des multiples très différents à Fastly, F5, Zscaler, Palo Alto Networks et CrowdStrike.
Cloudflare doit continuer à croître très rapidement pour soutenir les attentes intégrées dans sa cotation. Akamai, quant à elle, doit prouver que la sécurité et le cloud peuvent croître suffisamment pour changer la perception d’une société dont l’activité historique de livraison continue de se réduire.
En résumé, les quelque 96 milliards de dollars qui séparent leurs valorisations ne représentent pas l’Internet que gèrent aujourd’hui ces deux sociétés. Il s’agit de deux paris radicalement différents sur la vision qu’ont les investisseurs de l’Internet dans quelques années.
Ce texte compare données d’entreprises et valorisations boursières, et ne constitue pas un conseil en investissement.