Le web entre dans une nouvelle phase, beaucoup plus complexe que celle des simples robots traditionnels. Il ne s’agit plus seulement de bots qui indexent des pages ou d’outils automatisés qui collectent des données, mais d’agents dotés d’Intelligence Artificielle capables de naviguer, interroger des informations, interagir avec des applications, voire exécuter des actions au nom des utilisateurs ou des entreprises. Dans ce contexte, Cloudflare et GoDaddy ont annoncé une alliance stratégique avec un objectif précis : donner aux propriétaires de sites davantage de contrôle sur l’utilisation de leur contenu par les systèmes d’IA, tout en encourageant des standards ouverts permettant d’identifier ces agents de manière vérifiable.
Présenté publiquement le 7 avril, cet accord repose sur une idée claire partagée par les deux groupes : si la croissance du web agentique se fait sans mécanismes d’identité, de confiance et de contrôle, nombreux sont les propriétaires de sites — notamment les petites entreprises, créateurs et sites indépendants — qui risquent de voir leur trafic automatisé difficile à distinguer, difficile à gérer, et potentiellement abusif dans certains cas. L’alliance vise précisément à anticiper cette problématique en proposant des outils permettant de voir qui accède au site, sous quelle identité, et avec quels permissions.
Plus de contrôle pour les propriétaires face aux robots d’IA
La première application concrète de cet accord est l’intégration de AI Crawl Control de Cloudflare dans la plateforme d’hébergement de GoDaddy. Cette fonctionnalité permet aux propriétaires de sites de décider plus clairement quels robots d’IA peuvent accéder à leur contenu, lesquels doivent être bloqués, et, dans certains cas, si cet accès doit être soumis à des conditions économiques. Cloudflare présente cet outil comme un moyen de protéger la propriété intellectuelle, d’optimiser les performances du site, et d’éviter que le scraping répété par des bots ne fausse les analyses ou surcharge l’origine du contenu.
Ce qui est crucial ici, ce n’est pas seulement la technologie en soi, mais aussi à qui elle s’adresse. GoDaddy demeure un acteur majeur du marché des noms de domaine, de l’hébergement et des outils pour les petites entreprises. Ainsi, cette intégration pourrait offrir un contrôle avancé sur les robots d’IA à des utilisateurs qui ne disposent pas forcément d’infrastructures complexes ou de règles de sécurité sophistiquées. En résumé : Cloudflare fournit la plateforme technologique, et GoDaddy facilite une distribution massive auprès de millions de petits et moyens sites.
Ce point rejoint un débat plus large sur l’avenir économique d’Internet. Alors que les réponses générées par IA remplacent peu à peu le modèle traditionnel de recherche et de clics, de nombreux éditeurs, créateurs et entreprises numériques s’interrogent sur la façon de continuer à générer de la valeur si leur contenu est consommé sans un trafic de retour suffisant. Cloudflare et GoDaddy présentent leur alliance comme une étape technique pour cet nouvel équilibre : plus de visibilité, davantage de gestion des accès, et une infrastructure permettant de passer d’un modèle implicite à un modèle basé sur des permissions et des conditions.
L’enjeu majeur : identifier les agents par nom, vérification et signature
La seconde composante de cet accord est plus ambitieuse et stratégique à moyen terme. GoDaddy promeut le Agent Name Service (ANS), un standard ouvert conçu pour donner à chaque agent d’IA une identité vérifiable basée sur des technologies éprouvées sur Internet, comme le DNS et la PKI. L’objectif est qu’un agent ne soit pas simplement un « bot de plus », mais une entité portant un nom cohérent, une identité authentifiée, et capable d’être découverte et vérifiée par d’autres systèmes.
Cloudflare, de son côté, ne se limite pas à soutenir ANS de manière générique. La société rappelle qu’en 2025, elle a lancé Web Bot Auth, un mécanisme cryptographique pour authentifier le trafic des bots et agents, ainsi que la Signature Agent Card, un moyen pour les développeurs de communiquer en toute transparence qui exploite un agent et pour quel objectif. Dans le cadre de cette alliance, Cloudflare défend une web agentique construite sur un écosystème ouvert de standards vérifiables, plutôt que sur des identités opaques ou ambiguës.
Ce sujet est crucial, car la prochaine phase d’Internet ne sera pas une simple évolution de l’actuelle. Si un agent doit consulter des données, réserver des services, exécuter des recherches ou même réaliser des achats en autonomie, distinguer simplement entre « humain » et « bot » ne sera plus suffisant. Il faudra connaître précisément quel agent, qui l’opère, quels sont ses droits, et si son identité est authentique ou usurpée. C’est dans cette optique que Cloudflare et GoDaddy cherchent à mettre en place une architecture de confiance, indépendante des heuristiques ou des systèmes de réputation traditionnels.
Une alliance à forte portée politique et économique pour l’avenir du web
Au-delà du simple communiqué, cette initiative marque une lutte pour définir les règles du web des années à venir. En novembre 2025, GoDaddy avait déjà avancé le développement de l’ANS en tant que système d’identité fiable pour les agents d’IA, en ouvrant son API et en publiant la documentation du standard pour les développeurs. L’accord avec Cloudflare accélère cette démarche en ajoutant une couche essentielle d’infrastructure réseau, sécurité et contrôle d’accès, ayant un poids considérable sur Internet.
Au fond, il s’agit d’une réaction à la nécessité de repenser non seulement les produits, mais aussi les règles de la société digitale. Qui peut traquer, agir, s’identifier, auditer ou protéger la valeur du contenu ? Ces questions deviennent centrales pour le modèle économique de la web ouverte. Cloudflare et GoDaddy ne résolvent pas seuls ce défi, mais essaient d’établir une première couche technique pour que l’écosystème ne reste pas entre les mains d’acteurs opaques ou de relations inégales entre grandes plateformes et petits propriétaires de sites.
Cette alliance mérite donc une attention particulière. Ce n’est pas seulement une intégration produit ou une annonce sur la gestion des bots. C’est surtout une indication que la transition vers une web agentique est en marche, avec des mouvements concrets au niveau de l’infrastructure, de l’identité et de la gouvernance. Et lorsque des acteurs comme Cloudflare et GoDaddy commencent à bâtir ces couches, c’est souvent parce qu’ils anticipent que ce changement ne restera pas une théorie lointaine, mais deviendra imminent.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que AI Crawl Control de Cloudflare ?
Il s’agit d’un outil permettant aux propriétaires de sites de gérer la manière dont les robots d’IA accèdent à leur contenu, avec des options pour autoriser, bloquer ou conditionner cet accès. Cloudflare présente cette fonctionnalité comme un moyen de protéger le contenu, d’optimiser la performance, et de nettoyer les analyses impactées par le scraping automatisé.
Qu’est-ce que Agent Name Service (ANS) ?
ANS est un standard ouvert promu par GoDaddy pour donner aux agents d’IA une identité vérifiable et découvrable, basée sur le DNS et la PKI. Il s’agit d’un système de noms et d’identité pour les agents à l’échelle d’Internet.
Quelles conséquences pour une petite entreprise avec cette alliance ?
En principe, cela lui offre des outils plus accessibles pour voir et contrôler comment les systèmes d’IA explorent son site, et à terme, pour distinguer les agents légitimes du trafic automatisé opaque ou malveillant, sans avoir à déployer une infrastructure complexe.
Cloudflare et GoDaddy créent-ils un standard fermé pour le web des agents ?
Ce n’est pas ainsi qu’ils le présentent. Les deux compagnies insistent sur leur engagement envers des standards ouverts, soutenant un écosystème large de méthodes vérifiables d’identification pour les agents, avec ANS comme pièce maîtresse et un appui à des mécanismes comme Web Bot Auth et Signature Agent Card.
vía : cloudflare