BlueBird 6 décolle d’Inde et amène le 4G/5G directement au mobile depuis l’espace

BlueBird 6 décolle d'Inde et amène le 4G/5G directement au mobile depuis l'espace

La course à la transmission de connectivité mobile partout sur la planète — sans tours, sans couverture terrestre et sans nécessité d’appareils spéciaux — a franchi une étape majeure. AST SpaceMobile a annoncé le lancement orbital de BlueBird 6, un satellite conçu pour offrir une bande passante cellulaire 4G et 5G directement aux smartphones standards. La société le décrit comme le plus grand réseau commercial de communication déployé en orbite basse, avec une surface avoisinant 2 400 pieds carrés (environ 223 m²).

Le décollage a eu lieu le 23 décembre depuis le Satish Dhawan Space Centre (Sriharikota, Inde), lors d’une mission qui marque — selon ses propres termes — le début d’une phase de « déploiement à grande échelle » pour sa constellation.

Une antenne géante dans le ciel pour communiquer avec des téléphones « normaux »

La vision d’AST SpaceMobile repose sur une idée à la fois simple et ambitieuse : transformer le satellite en une « macroantenne » capable de communiquer avec des téléphones sans modification, c’est-à-dire sans terminaux satellitaires dédiés. Plutôt que de demander aux utilisateurs d’acquérir une technologie spécifique, le satellite essaie de s’intégrer à l’écosystème mobile actuel, en coopérant avec les opérateurs et en utilisant les standards de connectivité cellulaires.

Dans sa communication officielle, AST indique que BlueBird 6 est conçu pour atteindre des pics de débit allant jusqu’à 120 Mbps directement sur des appareils mobiles classiques, permettant la voix, le data et la vidéo.

Ce chiffre, à lui seul, explique l’intérêt suscité : si ce modèle parvient à se déployer à grande échelle, ses impacts dépasseront largement « Internet dans les zones reculées ». Il ouvrira aussi la voie à des scénarios de résilience des réseaux, de situations d’urgence, de maintien des communications lors de catastrophes naturelles ou de couverture de secours en cas de défaillance de l’infrastructure terrestre.

Du démonstrateur au déploiement : 45–60 satellites avec des lancements tous les 1–2 mois

Le défi ne se limite pas à « mettre un gros satellite en orbite ». La véritable épreuve réside dans la capacité de production, la cadence des lancements et la gestion opérationnelle continue. AST prévoit d’avoir 45 à 60 satellites opérationnels d’ici la fin de 2026, avec des missions planifiées toutes les un ou deux mois.

Parallèlement, la société souligne que BlueBird 6 a été assemblé, intégré et testé à Midland (Texas). Elle dispose également d’un domaine de près de 500 000 pieds carrés (environ 46 450 m²) dédié à la fabrication et aux opérations, avec une équipe de plus de 1 800 employés.

Cette envergure industrielle est essentielle : dans une constellation, la technologie importe peu si l’on ne maîtrise pas la construction à grande échelle avec un contrôle des coûts et une qualité reproductible.

Les enjeux réglementaires et celui des opérateurs : sans accords, pas de service

Dans ce type de services, le satellite ne fonctionne pas isolément : il nécessite une coordination avec les opérateurs, la gestion du spectre, des licences et un modèle commercial clair. AST affirme avoir conclu des accords avec plus de 50 opérateurs mobiles, représentant ensemble près de 3 milliards d’abonnés, en plus de partenariats stratégiques avec de grands acteurs du secteur.

Ce mouvement comporte aussi des dimensions géopolitiques et de souveraineté technologique. En novembre, Vodafone et AST SpaceMobile ont annoncé une initiative visant à créer une constellation « menée depuis l’Europe » pour une connectivité satellite vers smartphone, destinée à un usage commercial et gouvernemental, avec un centre opérationnel européen, en insistant sur la sécurité et le contrôle régional.

De tels projets alimentent aussi le débat européen : il ne s’agit pas seulement de « couvrir », mais de maîtriser l’infrastructure, de définir où l’on opère et sous quels cadres réglementaires.

Les performances réelles : promesses et limites physiques

La connectivité cellulaire en orbite basse offre des avantages évidents — couverture étendue, déploiement rapide, soutien en cas de crise — mais elle comporte aussi des limites inévitables :

  • Capacité et congestion : un satellite ne remplacera pas un réseau urbain dense ; sa solution est plutôt une couverture élargie, une continuité et un service dans des zones peu équipées.
  • Latence et stabilité : l’orbite basse réduit la latence comparée aux satellites géostationnaires, mais la performance dépendra aussi de l’architecture globale (satellites, liaisons, stations terrestres, accords avec les opérateurs).
  • Cohérence du service : passer d’une démonstration ou d’un seul satellite à une flotte de dizaines implique de gérer la maintenance, la qualité et une opération à long terme.

Néanmoins, le lancement de BlueBird 6 est vu comme une étape de maturité : le projet cherche à quitter le stade des promesses pour entrer dans celui de l’exécution concrète.

Un progrès technique… et une lecture stratégique pleine de volatilité

Après le lancement, le marché a réagi avec la nervosité habituelle des entreprises dépendant d’objectifs techniques et de calendriers précis. Lors d’une séance récente, le cours a connu de fortes fluctuations malgré le succès, reflétant que le réel enjeu n’est pas seulement de « décoller », mais de pouvoir assurer la fourniture du service, signer des accords définitifs et respecter le plan pour 2026.

En résumé, la logique est simple : si AST parvient à faire évoluer sa constellation et ses partenariats, elle ouvrira un nouveau segment de connectivité ; sinon, la complexité de fabriquer et lancer du hardware à grande échelle pourrait représenter un obstacle majeur.


Foire aux questions

Que signifie concrètement « 4G/5G direct au mobile depuis satellite » ?

Cela implique que l’utilisateur pourra se connecter avec son smartphone sans modification en zone sans couverture terrestre, en utilisant une liaison satellite intégrée aux réseaux mobiles et avec des accords avec des opérateurs.

BlueBird 6 permet-il d’avoir une connexion Internet rapide en ville ?

Le projet est principalement destiné aux zones non couvertes, régions éloignées, à assurer la continuité du service et la réponse aux urgences. En milieu urbain, les réseaux terrestres denses resteront la solution de référence en termes de capacité et d’efficacité.

Combien de satellites faut-il pour assurer une couverture étendue ?

Cela dépend de la configuration, des orbites et des objectifs spécifiques. AST a fixé comme objectif 45 à 60 satellites d’ici la fin 2026, avec des lancements réguliers pour construire la capacité et étendre la couverture.

Quels sont les principaux défis freinant le déploiement commercial de ces services ?

Les principaux obstacles sont souvent réglementaires et liés aux licences, la gestion du spectre, la signature d’accords avec les opérateurs, la capacité industrielle à produire les satellites à un rythme soutenu, et la réalisation de tests en conditions réelles.

Sources : (Business Wire)

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