L’Association des fournisseurs espagnols de services cloud et de centres de données (APECDATA) a soumis des objections au projet de décret royal régissant les exigences énergétiques, environnementales, de résilience et de souveraineté numérique des centres de données en Espagne. L’organisation propose notamment de relever de 1 à 5 MW le seuil d’application de certaines obligations et de remplacer l’exigence d’utiliser à chaque heure une énergie renouvelable par un calcul basé sur des heures équivalentes annuelles.

Les points clés des objections d’APECDATA en 20 secondes

  • APECDATA propose de relever de 1 à 5 MW le seuil d’application de plusieurs obligations.
  • Elle demande d’adapter les exigences énergétiques et hydriques à chaque installation.
  • Elle refuse d’appliquer le calcul du pourcentage renouvelable strictement heure par heure.
  • L’association soutient les objectifs de durabilité et de souveraineté numérique du décret.
  • Elle réclame également une meilleure clarté juridique et une coordination avec d’autres normes en cours d’élaboration.

Ces objections interviennent après la clôture, le 10/09/2026, de la période d’audience publique ouverte par le ministère de la Transition écologique et de la Décentralisation démographique (MITECO). Le texte gouvernemental vise à encadrer la croissance rapide d’infrastructures qui accumulent déjà plus de 6 GW de capacité d’accès accordée sur le réseau de transport depuis fin 2023, et environ 6 GW supplémentaires sur les réseaux de distribution depuis 2020.

APECDATA partage une partie du diagnostic du gouvernement, mais considère que certains requis peuvent pénaliser particulièrement les opérateurs espagnols de moindre envergure et les installations ayant une incidence limitée sur le système électrique.

De 1 à 5 MW pour éviter que la réglementation ne s’applique uniformément à tous

L’un des principaux changements proposés par l’association concerne le champ d’application.

Le projet établit de manière générale de nouvelles obligations pour les centres de données ayant une puissance d’accès au réseau égale ou supérieure à 1 MW. Le gouvernement justifie ce seuil en estimant qu’au-delà de cette limite, la demande peut avoir une incidence notable sur la capacité électrique disponible et sur d’autres ressources.

APECDATA propose de l’élever à 5 MW pour certaines obligations.

L’association argue que l’application d’un même cadre aux grands campus de dizaines ou centaines de mégawatts et aux centres beaucoup plus petits pourrait occasionner une charge disproportionnée pour ces derniers.

Ils incluent notamment des installations d’entreprise, des espaces partagés et des centres de données de moindre taille, qui constituent une partie intégrante du tissu local de services cloud et d’hébergement.

Cette distinction est importante car le marché espagnol n’est pas constitué uniquement des grands projets annoncés par des multinationales. Il existe aussi des fournisseurs régionaux, des centres privés d’entreprise, des opérateurs spécialisés, ainsi que des infrastructures beaucoup plus petites.

Selon APECDATA, ces petits centres ont une impact moindre sur les objectifs poursuivis par le décret royal et devraient donc bénéficier d’un traitement proportionné.

Le brouillon gouvernemental différencie déjà certaines obligations. Par exemple, celles relatives à l’information et à la publicité s’appliquent à partir de 500 kW de puissance IT, conformément au Règlement délégué (UE) 2024/1364. Le seuil général de 1 MW concerne toutefois la puissance d’accès électrique.

Aspect Projet du gouvernement Proposition d’APECDATA
Champ d’application général À partir de 1 MW d’accès Relever certaines obligations à 5 MW
Information et publicité À partir de 500 kW IT Pas spécifiquement remis en question dans la note
Efficacité énergétique Référence à la classe A européenne Adaptation selon caractéristiques de l’installation
Efficacité hydrique Référence à la classe A européenne Prendre en compte le climat, l’eau et la réfrigération
Renouvelables 80% avec corrélation horaire Calcul via heures équivalentes annuelles
Souveraineté numérique Exigences spécifiques Renforcer l’alignement avec l’Europe

Ainsi, APECDATA ne propose pas d’éliminer la régulation, mais souhaite que ses exigences soient mieux adaptives à la taille et aux caractéristiques techniques de chaque installation.

L’heure à l’heure pour le renouvelable demeure un point de friction majeur

Un autre aspect contesté est le mécanisme proposé pour assurer que la croissance des centres de données ne conduise pas à une augmentation de la consommation de combustibles fossiles.

Le projet gouvernemental prévoit que certains centres doivent couvrir au moins 80 % de leur consommation électrique chaque heure avec de l’énergie renouvelable nouvelle, tant que la part de renouvelables dans le système espagnol n’atteint pas certains seuils.

Cette exigence repose sur deux concepts : l’adicionalité et la corrélation horaire.

L’adicionalité vise à faire accompagner le centre de nouvelles capacités renouvelables, plutôt que de simplement contracter de l’électricité provenant de centrales existantes.

La corrélation horaire exige que cette énergie renouvelable corresponde temporellement à la consommation.

Ce dernier point est celui que souhaite modifier APECDATA.

L’association propose que le pourcentage d’énergie non fossile soit calculé en utilisant des heures équivalentes annuelles plutôt que par heure. Leur argument est que des sources comme le photovoltaïque ne produisent pas la nuit, et que faire coïncider strictement la production et la consommation peut compliquer la conformité, même pour des projets avec une forte contractualisation renouvelable sur l’année.

Le défi technique est bien connu.

Un centre de données a généralement une demande relativement stable 24h/24, alors que la production solaire et éolienne fluctue selon l’heure et les conditions météorologiques.

Respecter un pourcentage élevé à chaque tranche horaire peut nécessiter la combinaison de différentes technologies de production, de stockage et de contractualisation électrique.

Le gouvernement revendique cette exigence pour éviter qu’une installation ne consomme principalement durant les heures favorables tout en dépendant du gaz lors de faibles productions solaires ou éoliennes.

Pour APECDATA, ce même objectif peut être atteint par une approche annuelle moins restrictive pour les opérateurs.

La version définitive n’est pas encore fixée. La période d’observations étant terminée, le gouvernement doit décider des modifications à apporter avant de promulguer le décret royal.

Climat et type de refroidissement devraient également être pris en compte

L’association demande aussi des modifications concernant les critères d’efficacité énergétique et hydrique.

Le projet souhaite aligner les exigences espagnoles avec le futur système européen d’étiquetage des centres de données, prévu dans le cadre de la Directive sur l’efficacité énergétique.

Jusqu’à ce que ce mécanisme soit pleinement opérationnel, le gouvernement a fixé des références strictes pour des indicateurs tels que le Power Usage Effectiveness (PUE), qui mesure la relation entre l’énergie totale consommée par une installation et celle utilisée directement par les équipements informatiques, ainsi que le Water Usage Effectiveness (WUE), relatif à la consommation d’eau.

APECDATA demande que la réglementation nationale soit harmonisée avec le cadre européen en tenant compte de variables telles que la zone climatique, la disponibilité en eau du site et le système de refroidissement employé.

Tous les centres ne fonctionnent pas dans des conditions comparables.

Une installation principalement refroidie à l’air dans une région donnée peut présenter un comportement énergétique et hydrique différent de celui d’une autre utilisant des systèmes évaporatifs ou de refroidissement liquide dans un climat différent.

Appliquer une seule valeur sans considérer ces conditions pourrait, selon l’association, conduire à des comparaisons peu représentatives.

Il ne s’agit pas ici de renoncer à mesurer l’efficacité hydrique, mais de trouver une méthode permettant de comparer équitablement des installations avec des technologies et des localisations différentes.

APECDATA soutient une souveraineté numérique accrue

Les objections de l’association ne se limitent pas à une réduction des obligations.

APECDATA souligne l’importance de lier la régulation des centres de données à la souveraineté numérique européenne. Elle propose de renforcer la connexion avec la future loi européenne sur le cloud et l’intelligence artificielle (Cloud and AI Development Act, CADA).

Il convient aussi de distinguer une norme adoptée d’une proposition encore en cours d’élaboration.

La Commission européenne a présenté le Cloud and AI Development Act le 03/06/2026, visant à augmenter la capacité cloud et IA européennes, accélérer le déploiement de centres de données durables, et établir un cadre commun pour évaluer la souveraineté des services cloud et IA.

Ce CADA est encore en processus législatif et ne doit pas être considéré comme une réglementation européenne pleinement applicable.

Le projet espagnol inclut plusieurs obligations en cette matière.

Parmi elles, que l’opérateur soit établi dans l’Union européenne et que certains données et métadonnées sous son contrôle restent sur le territoire communautaire.

Pour les systèmes d’information du secteur public soumis au Schéma National de Sécurité, le texte va plus loin : toutes les données, métadonnées, télémes, enregistrements, réplicas et copies de sauvegarde sous contrôle des administrations devraient être traitées et stockées dans l’UE.

APECDATA considère raisonnable d’imposer des exigences accrues aux entreprises qui stockent des informations de citoyens, d’entreprises et d’administrations, en rappelant que la confidentialité et la juridiction européennes font partie des valeurs différenciantes que peuvent offrir les fournisseurs locaux.

Ainsi, l’association met le focus sur une question distincte de la consommation électrique : qui contrôle physiquement l’infrastructure et sous quelle juridiction résident les données.

Plus de clarté sur les sanctions et harmonisation avec trois normes en cours

L’organisation réclame également une meilleure sécurité juridique et une clarification du régime de sanctions.

Selon ses objections, il est aussi nécessaire de coordonner le décret avec deux autres textes en processus, qui concernent le même secteur.

L’objectif est d’éviter que différentes obligations adoptées simultanément n’engendrent des doublons ou des exigences incompatibles.

Roberto Beitia, président d’APECDATA, résume la position de l’association en soulignant que l’Espagne a besoin d’un cadre « équilibré et techniquement solide » et que les règles ne devraient pas pénaliser les opérateurs locaux ni compliquer l’investissement.

Cette déclaration reflète implicitement un enjeu sectoriel majeur, mais aussi l’un des débats essentiels autour de ce projet.

Le gouvernement souhaite éviter que les nombreux demandes de raccordement pour des centres de données saturent un réseau électrique également nécessaire pour de nouvelles industries, logements, transports, et autres projets d’électrification. De leur côté, les opérateurs craignent que des conditions plus strictes que dans d’autres pays européens rendent moins compétitive la construction d’infrastructures numériques en Espagne.

L’ampleur du problème explique la nécessité urgente d’une régulation.

Le MITECO indique que les permis d’accès déjà délivrés dépassent même les prévisions de déploiement les plus optimistes pour les années à venir. La stratégie d’intelligence artificielle 2024 prévoit environ 2,5 GW de puissance de calcul en 2030, que le ministère estime équivalent à environ 3,5-4 GW de demande électrique.

En face, le transport et la distribution ont conjointement octroyé environ 12 GW d’accès à des projets liés aux centres de données.

Cela ne signifie pas que toute cette capacité sera construite, mais la régulation vise à distinguer projets sérieux et demandes qui pourraient réserver de la capacité durant plusieurs années sans réaliser réellement l’investissement.

APECDATA partage la nécessité d’organiser la croissance, mais souhaite ajouter une dimension supplémentaire : la régulation conçue pour contrôler les grands campus internationaux ne doit pas imposer les mêmes charges aux opérateurs locaux, qui travaillent déjà en Espagne avec des installations beaucoup plus petites.

La version finale du décret devra trouver un équilibre entre accès au réseau, durabilité, souveraineté numérique et compétitivité du secteur.

Sources :

  • APECDATA, APECDATA demande que la nouvelle régulation des centres de données protège l’écosystème local et renforce la souveraineté numérique, 14/09/2026.

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