L’industrie mobile entre dans une phase sensible pour les fournisseurs traditionnels de puces. Il ne suffit plus de proposer le « meilleur SoC de l’année » : de plus en plus de marques cherchent à contrôler leur propre feuille de route silicium pour se différencier, optimiser leurs coûts à long terme et réduire leur dépendance. Selon plusieurs sources récentes, Xiaomi est déterminée à aller beaucoup plus loin dans cette stratégie que ce que l’on imaginait.
Ce mouvement repose sur une idée simple : si le hardware devient le goulot d’étranglement — en termes de performance, d’énergie ou de disponibilité —, le fabricant qui maîtrise son propre processeur contrôle le produit. Dans ce contexte, le projet XRing (sa famille de processeurs maison) apparaît de plus en plus comme bien plus qu’une expérimentation ponctuelle.
D’un chipset « vedette » à une famille complète
En 2025, Xiaomi a annoncé le lancement d’un processeur mobile avancé, le Xring O1, fabriqué par TSMC en 3 nm et basé sur une architecture Arm. Ce projet marque une volonté sérieuse de revenir à la conception de processeurs haut de gamme. La société avait déjà expérimenté avec ses propres chips par le passé (Pengpai S1), mais avec une ambition limitée par des coûts et une complexité croissante. Aujourd’hui, Xiaomi revient avec une approche clairement orientée premium et stratégique.
Ce qui est crucial, cependant, ce n’est pas uniquement le O1. Selon l’industrie, Xiaomi chercherait à élargir le « catalogue XRing » : en plus de sa gamme pour smartphones, la firme envisage d’étendre ces processeurs aux produits non téléphoniques (wearables et autres appareils de l’écosystème). Si cela se concrétise, cela change fondamentalement la donne : il ne s’agirait plus d’un simple chip pour mobile, mais d’une plateforme de silicium transversale.
Pourquoi cela fait pression sur MediaTek et Qualcomm ?
Car le marché des puces mobiles ne se résume pas à la technologie : il s’agit aussi de volume, de prévisibilité et de contrôle de la gamme premium.
- Qualcomm domine largement le segment Android haut de gamme avec ses Snapdragon, et Xiaomi a historiquement été un de ses principaux clients en Chine et à l’étranger. Si Xiaomi augmente la part de ses flagship équipés de processeurs maison, Qualcomm pourrait perdre une partie de ses marchés les plus rentables… ou se voir contraint de négocier tarifs et conditions pour maintenir ses contrats.
- MediaTek, qui a fortement progressé dans les segments moyen-haut et haut de gamme, pourrait aussi être impactée si Xiaomi choisit de « fermer » davantage de couches du stack (CPU, GPU, NPU) en interne, utilisant des puces externes uniquement lorsque cela est avantageux.
Il faut néanmoins préciser : une transition totale reste très difficile. Sur mobile, le modem 5G, la RF, les certifications, les drivers, l’ISP, et la compatibilité globale sont une montagne à gravir. La solution la plus probable (du moins à court terme) serait un modèle hybride : Xiaomi déployant XRing sur certains flagship, éditions spéciales ou marchés, tout en continuant à s’appuyer sur Qualcomm/MediaTek pour le reste.
La prochaine étape : quoique prévoit le XRing O2 en TSMC N3P ?
C’est ici que l’actualité fait le buzz : on évoque un XRing O2 comme évolution du O1, visant à améliorer la performance et l’efficience, fabriqué avec une technologie de pointe TSMC (mentionnée comme N3P, une nouvelle itération en 3 nm). Ces informations proviennent de « sources du marché » relayées par la presse industrielle asiatique, mais aucune confirmation officielle de Xiaomi n’a été donnée. Cela doit donc être considéré comme une information non certifiée, cohérente avec la logique d’une seconde génération.
Par ailleurs, le contexte réglementaire pèse aussi. Les États-Unis ont renforcé leurs restrictions sur la vente de certains chips avancés à destination de la Chine, en particulier pour l’IA et la supercomputing, mais le secteur du smartphone semble globalement moins affecté que celui des accélérateurs IA pour centres de données. Reuters soulignait récemment que ces restrictions ont limité la production de chips IA pour les entreprises chinoises utilisant des node avancés, alors que la fabrication de chips pour smartphones continue de progresser dans cette optique.
Une stratégie « hors smartphone » où le mouvement pourrait être plus rapide
La voie la plus susceptible à une adoption plus rapide est celle de l’écosystème : montres connectées, tablettes, appareils domestiques intelligents, etc. Là, le niveau de compatibilité et de validation télécom peut être moins contraignant (selon le produit), et le contrôle vertical offre des avantages clairs :
- Optimisation de l’autonomie et des performances réelles (au-delà des benchmarks).
- Intégration plus poussée avec le système (HyperOS et services).
- Différenciation par des fonctionnalités « on-device » (traitement local).
- Réduction de la dépendance à des calendriers externes.
Si Xiaomi parvient à faire d’XRing sa plateforme de référence pour plusieurs types d’appareils, l’impact pour ses fournisseurs sera subtil : il ne s’agira pas d’un effondrement immédiat des ventes, mais d’un détournement progressif du pouvoir de négociation et d’une érosion des marges dans les segments où le profit est vital.
Tableau résumé : ce que l’on sait (et ce qui reste au stade de la rumeur) sur XRing
| Chip | Node/fabrication | Enjeux | Statut |
|---|---|---|---|
| XRing O1 | TSMC 3 nm | Smartphone premium | Confirmé (annonce de Xiaomi) |
| XRing O2 | TSMC N3P | Prochaine génération mobile + expansion | Rumor (pas d’annonce officielle) |
| XRing non-smartphone | — | Wearables / écosystème | Rumor (presse spécialisée) |
Les pistes à venir : deux scénarios probables
- Scénario conservateur (plus probable en 2026) : Xiaomi déploie XRing dans une partie limitée de la gamme haut de gamme (pour apprendre, renforcer la marque, maîtriser la plateforme) et continue de s’appuyer fortement sur Qualcomm et MediaTek pour le volume mondial.
- Scénario ambitieux (2027 et au-delà) : si O1 et O2 mature et que l’écosystème se développe, Xiaomi pourrait généraliser XRing à davantage de familles de produits, en en faisant un pilier de sa stratégie, dans une logique proche de celle d’Apple avec Apple Silicon.
Dans les deux cas, le message adressé à la chaîne d’approvisionnement est clair : Xiaomi cherche à prendre davantage de contrôle. Cela pousse Qualcomm et MediaTek à innover : proposer des offres différenciantes, renforcer leurs packages commerciaux, et peut-être concentrer davantage leurs efforts sur les modems, la connectivité, l’IA « on-device » et les outils pour développeurs.
Questions fréquentes
Quels sont les avantages pour Xiaomi à concevoir ses propres puces XRing plutôt que d’utiliser Snapdragon ou MediaTek ?
Maîtrise du calendrier, optimisation plus fine du hardware/software, différenciation concrète du produit, et à terme, marges plus élevées et dépendance moindre envers les tiers.
Est-ce que cela signifie que Xiaomi cessera d’utiliser Qualcomm ou MediaTek ?
Pas nécessairement. Un mode hybride sur plusieurs années est probable : puces maison sur certains modèles emblématiques ou éditions spéciales, et puces externes pour le reste du catalogue, notamment là où la compatibilité et le modem sont cruciaux.
Que signifie la mention du TSMC N3P pour un XRing O2 ?
Que Xiaomi cherche à rester à la pointe de l’efficience et des performances dans la technologie 3 nm. Cependant, cette information provient pour l’instant de sources non officielles et doit être prise avec précaution.
Pourquoi cela inquiète-t-il MediaTek et Qualcomm ?
Parce qu’un pourcentage même modéré de silicium fabriqué en interne dans la gamme premium peut réduire les volumes et, surtout, leur pouvoir de négociation sur les prix et conditions commerciales.