Le conflit s’intensifie entre deux géants technologiques avec une plainte pour violation des droits d’auteur aux États-Unis.
La société de virtualisation et de cloud computing VMware, désormais intégrée à Broadcom, a déposé une plainte formelle contre Siemens AG et plusieurs de ses filiales aux États-Unis, les accusant d’avoir utilisé des milliers de copies de produits VMware sans les licences requises.
La plainte, déposée devant le Tribunal de district du Delaware, précise que Siemens aurait téléchargé, copié, distribué et utilisé des logiciels VMware sans posséder les licences nécessaires, violant ainsi les termes de l’accord-cadre de licence de logiciel (MSLA) en vigueur entre les deux entreprises depuis 2012.
Une liste qui a déclenché la controverse
Le déclencheur du conflit est survenu le 9 septembre 2024, lorsque Siemens AG a envoyé à VMware une liste (connue sous le nom de « Liste du 9 septembre ») détaillant les produits qu’elle souhaitait renouveler selon une clause du contrat permettant une extension de support d’un an. Cependant, lors de l’examen du contenu, VMware a constaté que cette liste incluait de nombreux produits pour lesquels il n’y avait aucune preuve d’achat de licences par Siemens.
Selon VMware, l’écart entre les produits mentionnés par Siemens et les licences enregistrées était si important que la seule explication possible était une utilisation non autorisée de ses solutions. Malgré cela, Siemens a défendu la validité de la liste et a exigé le service de support, même sous la menace de poursuites judiciaires.
Craignant une interruption des services essentiels pour Siemens, VMware a temporairement — et sous protestation — accepté de continuer à fournir un support pendant 30 jours, tout en réservant le droit d’agir en justice, action qui a maintenant été entreprise.
Une tentative de recul sans clarifications
Des semaines plus tard, Siemens a tenté de remplacer la liste initiale par une nouvelle, qui était davantage en accord avec les enregistrements internes de VMware. Cependant, la société plaignante affirme que Siemens n’a jamais fourni d’explication cohérente sur pourquoi elle avait défendu si vigoureusement la première liste si elle n’était pas véridique.
De plus, Siemens aurait refusé de permettre un audit ou d’exécuter des scripts de vérification pour confirmer le nombre réel d’installations, des pratiques qui, selon VMware, sont habituelles chez ses clients d’entreprise.
Des dommages potentiels de plusieurs millions
La plainte ne se limite pas à une réclamation contractuelle, mais inclut des accusations de violation des droits d’auteur pour plusieurs produits enregistrés, comme VMware vSphere, vCenter Server, NSX, Virtual SAN et vRealize Suite. Rien qu’aux États-Unis, VMware estime qu’il y a plus de 23 000 déploiements de son logiciel dans les installations de Siemens, dont beaucoup seraient supposément sans licence valide.
Parmi les filiales mises en cause figurent Siemens Corporation, Siemens Medical Solutions USA, Siemens Industry Software, Siemens Mobility, PETNET Solutions et Siemens Healthcare Diagnostics. Toutes ces entités auraient reçu et utilisé des logiciels fournis par la maison mère allemande sans respecter les conditions de licence.
VMware soutient que la violation a généré des bénéfices financiers pour Siemens et que l’utilisation de sa technologie a contribué directement à la rentabilité des différentes lignes d’affaires du groupe industriel.
Un litige aux implications mondiales
Cette affaire ne concerne pas seulement deux figures emblématiques de l’industrie, mais établit également un précédent sur la manière dont les licences de logiciel d’entreprise sont gérées — et surveillées — dans des environnements d’entreprise complexes. Elle arrive également à un moment critique pour VMware, qui a récemment modifié ses politiques de téléchargement et de licences, exigeant désormais des jetons de téléchargement personnalisés pour renforcer le contrôle d’accès au logiciel.
VMware demande des compensations financières pour les dommages, ainsi qu’une ordonnance judiciaire interdisant à Siemens de continuer à utiliser le logiciel non autorisé. Cette affaire soulève également des questions sur la manière dont de grands conglomérats technologiques surveillent en interne le respect des licences dans leurs multiples filiales et régions.
La plainte a été accompagnée d’une demande de procès avec jury. De son côté, Siemens n’a pas encore émis de réponse officielle devant les tribunaux américains.
Références : The Register et ARStechnica. Copie du document de l’affaire.