TSMC ouvre l’ère des 2 nanomètres et laisse à Samsung une opportunité inattendue : capacité au maximum, prix à la hausse et clients cherchant une solution de rechange

TSMC ouvre l'ère des 2 nanomètres et laisse à Samsung une opportunité inattendue : capacité au maximum, prix à la hausse et clients cherchant une solution de rechange

L’industrie des semi-conducteurs entre officiellement dans l’ère des 2 nanomètres. Et, comme à chaque saut technologique majeur, la nouvelle ne se limite pas à la taille plus réduite des transistors : il s’agit aussi de qui peut produire à temps, à quel prix et pour quels clients.

Dans ce contexte, TSMC — leader mondial en fonderie (foundry) — a confirmé que la production en volume de 2 nm a débuté comme prévu, au cours du dernier trimestre. Le véritable défi pour une grande partie de l’écosystème n’est pas tant de savoir si la technologie fonctionne, mais que la demande des grands clients exerce une pression si forte sur la chaîne d’approvisionnement qu’elle pousse à envisager des alternatives… C’est là que Samsung Foundry apparaît comme une option plus sérieuse qu’on ne le pensait à ce stade.

Le goulet d’étranglement n’est plus uniquement technologique : c’est aussi une question de capacité

Selon le quotidien sud-coréen Seoul Economic Daily, TSMC aurait annoncé via des médias taïwanais que le démarrage de la production en masse de 2 nm s’est effectué « conformément au plan » au cours du dernier trimestre. Il s’agit de la technologie la plus avancée du secteur en densité de transistors et efficacité énergétique.

Ce même article indique un chiffre clé résumé du moment : les réservations de production en 2 nm seraient déjà couvertes pour environ un an, grâce à une avalanche de commandes de clients comme Apple et NVIDIA. Cela laisse présager un contexte de saturation pour tout retardataire.

La conséquence pratique, comme toujours avec la haute technologie quand la demande dépasse l’offre, est la suivante : les prix augmentent et les acheteurs cherchent à diversifier. Notamment, certains médias taïwanais estiment que le coût d’une oblea de 2 nm pourrait dépasser 30 000 dollars, une estimation qui, bien qu’approximative, illustre pourquoi certains clients pourraient répartir leurs commandes entre plusieurs fonderies.

Quels bénéfices le saut vers 2 nm apporte-t-il ?

Le noeud N2 de TSMC constitue une avancée notable par rapport au 3 nm : selon la presse sud-coréenne, cette nouvelle étape promet une efficacité énergétique accrue de 25 à 30 % et une amélioration de 10 à 15 % des performances, tout en adoptant l’architecture Gate-All-Around (GAA) pour continuer à évoluer lorsque les approches classiques commencent à montrer leurs limites.

Pour le monde des affaires, ces améliorations sont idéales pour deux segments en forte croissance :

  • Smartphones haut de gamme, où chaque gain d’efficacité se traduit par une autonomie ou des performances accrues.
  • Intelligence Artificielle et HPC, où la consommation électrique (et donc le coût associé) devient une part croissante du coût total de possession (TCO).

Le « facteur Samsung » : quand la concurrence devient une opportunité

Ce même contexte met en lumière Samsung, qui n’est pas leader du marché, mais peut bénéficier du fait que le leader soit débordé et plus cher.

Samsung accélère ses développements avec le processus SF2 et, selon les annonces, produit déjà le Exynos 2600 sur ce noeud. La société vante des améliorations plus modestes, avec, par rapport à leur 3 nm de seconde génération, des gains de +8 % en efficacité et +5 % en performance.

Ce n’est pas une guerre de communication, mais une question cruciale pour les grands designers de chips (fabless) : est-il rentable de payer plus et d’attendre, ou faut-il opter pour une alternative « suffisante » avec une meilleure disponibilité et de meilleures conditions tarifaires ?

Comparaison rapide (selon les données officielles)

Noeud Entreprise Amélioration par rapport au noeud précédent (d’après les rapports) Point clé
N2 TSMC +25–30 % efficacité, +10–15 % performance GAA ; demande très forte
SF2 Samsung +8 % efficacité, +5 % performance Indicateur clé : rendement et stabilité

Aspect géopolitique et régulation : la règle « N-2 » et la pression pour produire aux États-Unis

Une dimension politique s’ajoute à la compétitivité industrielle. Selon Seoul Economic Daily, le gouvernement taïwanais aurait instauré une règle dite « N-2 » afin de limiter l’exportation de technologies considérées comme critiques. Cela compliquerait la possibilité pour TSMC de transférer immédiatement ses procédés avancés dans sa usine d’Arizona. Par ailleurs, la future usine de Samsung à Taylor (Texas) pourrait devenir très attrayante pour des entreprises américaines souhaitant disposer de capacités de production de pointe sur leur sol.

Ce point est stratégique, car il modifie la donne : il ne s’agit plus seulement de « qui fabrique le mieux », mais aussi « où » et avec quelles contraintes réglementaires.

Clients potentiels : Qualcomm, Meta, Google, AMD… et la dynamique de l’effet domino

Le média sud-coréen indique que, face à la hausse des prix de TSMC et à sa capacité déjà engagée, Qualcomm serait une des cibles prioritaires pour Samsung. Historiquement, Qualcomm a adopté une stratégie de recours à plusieurs fonderies.

Il est également mentionné que la production de son prochain processeur mobile de grande gamme (noté Snapdragon 8 de nouvelle génération) pourrait être répartie si le coût par oblea devenait trop élevé.

D’autres acteurs, comme Meta (pour ses accélérateurs MTIA) et Google (avec sa gamme Tensor, produite auparavant chez Samsung), ainsi que AMD, pourraient également être incités à diversifier leur production si Samsung parvient à assurer une stabilité de l’offre en 2 nm.

Pour conclure, le journal souligne que Samsung aurait déjà conclu plusieurs accords importants, notamment avec Tesla (pour ses puces de conduite autonome) et Ambarella (pour ses puces ADAS), sans oublier Preferred Networks (PFN) comme exemple d’acteur dans l’intelligence artificielle.

Par ailleurs, des médias spécialisés comme Wccftech évoquent aussi cette dynamique de « déversement » : lorsque TSMC est engorgé, l’industrie se tourne naturellement vers des alternatives, et Samsung en constitue une porte d’entrée privilégiée.

Ce que l’on peut attendre pour 2026 : moins de romantisme technologique, plus de pragmatisme industriel

Le constat à l’aube de 2026 n’est pas aussi glorieux que la mythique figure du « 2 nanomètres », mais il est plus crucial pour le marché :

  • TSMC fixe le rythme technologique, mais son succès crée un problème : la capacité globale ne suffit pas encore pour répondre à la demande, au moins à court terme.
  • Samsung peut transformer cette contrainte en opportunité, en montrant qu’il peut atteindre des performances stables et respecter ses délais.
  • Pour les clients, l’objectif n’est plus uniquement d’obtenir « le meilleur noeud », mais plutôt de garantir un approvisionnement fiable, maîtriser les coûts et réduire leur dépendance.

En définitive, le saut vers le 2 nm ne célèbre pas seulement une nouvelle étape de la miniaturisation, mais marque aussi une période où la compétitivité dépend autant de l’ingénierie que de la capacité à assurer la disponibilité.


Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on tant de « 2 nanomètres » alors que cela ne correspond pas toujours à une mesure physique exacte ?
Le « noeud » est surtout une étiquette industrielle regroupant plusieurs améliorations (densité, consommation, performance, règles de conception). Il ne correspond pas nécessairement à la taille réelle d’un transistor.

Que signifie le fait que la production soit « réservée » pour un an ?
Une part importante de la capacité de fabrication future est déjà engagée via des commandes, ce qui peut entraîner des délais plus longs ou des prix plus élevés pour d’autres acheteurs.

Pourquoi les coûts par oblea peuvent-ils s’envoler sur certains noeuds ?
Parce que la complexité de fabrication augmente, avec plus d’étapes, des exigences plus strictes en termes d’équipements et de contrôle, et une concurrence accrue pour l’accès aux usines les plus avancées.

Que doit prouver Samsung pour attirer davantage de commandes en 2 nm ?
Principalement, la stabilité de son rendement de fabrication, un volume soutenu, et sa capacité à respecter les délais. Si ces conditions sont réunies, la stratégie de « plan B » pourra s’inscrire durablement dans l’offre des grands concepteurs de puces.

Sources : wccftech et sedaily

le dernier