Templus a soumis une censure globale du projet de Règlementation concernant les centres de données en Espagne, demandant au Gouvernement de retirer le texte et d’ouvrir un nouveau processus de dialogue avec l’industrie. L’opérateur accompagne cette requête de 23 objections spécifiques, notamment la protection des projets déjà dotés de permis d’accès et de connexion, la hausse du seuil d’application de 1 à 10 MW, et la révision des obligations relatives à la couverture renouvelable. Cette position rejoint celles exprimées par d’autres opérateurs, investisseurs et administrations, après la fin de la période d’audience publique le 10 septembre.
Les points clés des objections de Templus en 20 secondes
- Templus demande le retrait du projet et la rédaction d’un nouveau cadre avec la participation de l’industrie.
- La société a présenté 23 objections en plus de sa censure totale.
- Elle propose de relever le seuil général d’application de 1 MW à 10 MW.
- Elle réclame la protection des projets déjà en possession de permis d’accès et de connexion.
- La fourniture renouvelable et son additionalité concentrent une grande partie des divergences.
Le texte qui a suscité cette réaction n’est pas encore une norme adoptée. Le Ministère pour la Transition Écologique et le Défi Démographique (MITECO) a lancé le 27 août la consultation publique du projet, en prolongeant le délai de soumission jusqu’à 17h00 le 10 septembre. Il revient maintenant d’analyser les objections et, si besoin, de modifier le document avant de poursuivre sa mise en œuvre.
Le Gouvernement justifie son intervention par la croissance rapide des demandes de capacité électrique. Selon les chiffres publiés par MITECO, depuis la fin de 2023, le gestionnaire du réseau de transport a octroyé à des centres de données plus de 6 GW de capacité d’accès, tandis que les réseaux de distribution auraient attribué environ 6 GW supplémentaires depuis 2020.
Cette ampleur explique en partie le débat actuel. L’Espagne souhaite attirer des centres de données, des infrastructures cloud et des capacités pour l’intelligence artificielle, mais le Gouvernement estime nécessaire d’éviter que cette demande ne compromettre la capacité électrique indispensable à d’autres usages ou ne conduise à une hausse des coûts du système.
Templus partage les objectifs généraux de durabilité et de souveraineté, mais remet en question la méthode choisie pour les atteindre.
De 1 à 10 MW : Templus remet en cause la portée de la norme
Le projet établit comme règle générale que ses obligations s’appliquent aux centres de données dont la puissance d’accès est égale ou supérieure à 1 MW.
MITECO justifie cette limite en considérant qu’à partir de cette puissance, la demande a une incidence notable sur le réseau, ainsi que sur des ressources telles que l’eau et le territoire. Le Gouvernement utilise également la puissance d’accès, et non la puissance informatique, car il souhaite réglementer précisément la capacité disponible des réseaux de transport et de distribution.
Templus propose de faire passer ce seuil à 10 MW.
La différence est significative. Une limite de 1 MW englobe des installations régionales et de proximité relativement petites, alors qu’un seuil à 10 MW exclurait d’une grande partie du nouveau régime de nombreuses installations de moindre envergure.
Cette question impacte directement le modèle de Templus. La société exploite un réseau distribué de centres régionaux et continue d’étendre ses installations en 2026 dans des marchés comme Barcelone, Valence et Málaga. En mai, elle a inauguré à L’Hospitalet de Llobregat un campus totalisant 10 MW, constitué de deux centres interconnectés, qui dessert plus de 200 entreprises.
La demande de Templus ne se limite pas à la taille. Elle réclame également la protection des projets déjà disposant de permis d’accès et de connexion, afin d’éviter qu’une nouvelle réglementation ne remette en question les conditions sur lesquelles des investissements antérieurs ont été planifiés.
Voici l’un des enjeux juridiques majeurs :
Le projet stipule que les exigences s’appliqueront aux centres qui se connecteront après la promulgation du futur Règlement. Pour certains acteurs, cela pourrait concerner des projets en cours de développement depuis plusieurs années, ayant investi des fonds et déjà permis, mais encore non connectés.
Templus estime que cette situation génère une insécurité juridique et pourrait affecter des investissements actuellement en cours.
Ce souci n’est pas propre à la société : Spain DC et d’autres acteurs du secteur ont exprimé des arguments similaires, tandis que le Gouvernement d’Aragon a sollicité une révision globale de la proposition en raison de ses potentielles répercussions sur des projets en cours de traitement.
Le débat renouvelable dépasse la simple fourniture d’électricité verte
L’énergie constitue probablement la divergence la plus importante entre le Gouvernement et l’industrie.
MITECO souhaite que les nouveaux centres de données soient soutenus par 80 % de leur consommation électrique par de nouvelles capacités renouvelables à chaque heure de fonctionnement. La proposition combine ainsi deux concepts : l’adicionalité et la corrélation horaire.
Cela ne revient pas à acheter chaque année autant d’électricité renouvelable que le centre consomme.
Un centre de données opère 24 heures sur 24, avec une demande relativement stable. Une installation solaire produit à certaines heures, dont la génération varie selon la saison et les conditions météorologiques.
La corrélation horaire oblige à rapprocher la production renouvelable et la consommation pour chaque période, tandis que l’adicionalité vise à faire en sorte que cette consommation soit soutenue par une nouvelle capacité renouvelable, au lieu de se limiter à contractualiser des installations déjà existantes.
Templus remet en question cette approche.
Ignacio T. Velilla, CEO et cofondateur de la société, avait déjà critiqué publiquement, avant la présentation des objections, l’obligation de relier nouvelle génération renouvelable à la consommation des centres. Son argument est que l’Espagne connaît des périodes où la production renouvelable dépasse la capacité d’intégration, et qu’une demande stable comme celle de ces centres pourrait contribuer à utiliser certains excédents.
Le Gouvernement considère cet enjeu sous un autre angle. Il affirme que disposer d’excédents renouvelables à certaines heures ne garantit pas une énergie renouvelable suffisante en permanence. Si une demande intensive et constante croît plus rapidement que la nouvelle production ou le stockage, cela pourrait augmenter la nécessité de production au gaz à certains moments.
Les deux arguments peuvent coexister techniquement : un système électrique peut enregistrer des surplus renouvelables à certaines heures et nécessiter une production stable à d’autres.
Le véritable débat porte donc sur la proportionnalité et la viabilité technique de l’obligation envisagée pour les centres de données, ainsi que sur l’existence de mécanismes plus souples pour atteindre le même objectif.
Ce que demande Templus face au projet actuel
| Question | Projet en consultation | Position de Templus |
|---|---|---|
| Procédure | Poursuite du Règlement après consultation | Retirer le projet et relancer le dialogue |
| Seuil général | À partir de 1 MW de puissance d’accès | Le porter à 10 MW |
| Projets antérieurs | Peuvent concerner des installations connectées après l’entrée en vigueur | Protéger les projets déjà valides |
| Renouvelables | Adicionalité et corrélation horaire | Revoir ou supprimer cette exigence |
| Durabilité | Exigences énergétiques et hydriques | Maintenir des objectifs, avec des conditions proportionnées |
| Réglementation | Cadre spécifique espagnol | Plus d’harmonisation avec le cadre européen |
Templus formule ces demandes dans ses 23 objections, en insistant principalement sur le retrait du projet.
Rafael Castrillo appelle à une régulation construite avec l’industrie
Rafael Castrillo Maortua, Directeur Marketing, Communication et Développement Commercial de Templus, a publiquement défendu sur LinkedIn que la discussion ne doit pas être perçue comme un rejet de la part de l’industrie face aux exigences environnementales.
Selon lui, une réglementation visant à améliorer la durabilité ne devrait pas compromettre la compétitivité numérique espagnole ni créer d’incertitude pour les investissements déjà engagés.
Castrillo réclame un nouveau processus de dialogue pour concevoir un cadre équilibré, efficace, et élaboré conjointement avec l’industrie des centres de données.
Il est important de souligner que le projet du Gouvernement repose lui aussi sur une appréciation positive du secteur.
MITECO définit les centres de données comme des infrastructures indispensables à la numérisation de l’économie. Il reconnaît que le choix du lieu, la connectivité et la disponibilité d’énergies renouvelables offrent à l’Espagne une opportunité pour attirer ces investissements.
Le différend ne porte donc pas sur la nécessité pour l’Espagne d’accueillir des centres de données. Il s’agit du nombre de projets pouvant se connecter, dans quelles conditions, et qui supportera les coûts supplémentaires liés à leur demande sur le réseau électrique.
Ignacio T. Velilla résume la position de Templus sous un autre angle : le PDG affirme que la société partage les objectifs de « durabilité, résilience et souveraineté numérique », mais demande une réglementation techniquement viable, compatible avec l’investissement et la compétitivité du pays.
Templus avait déjà prévenu avant la clôture de la période de dépôt des objections que, selon lui, le projet placerait le marché espagnol en situation désavantageuse par rapport à d’autres pays européens.
Durabilité et compétitivité ne sont pas forcément opposées
Ce volet réglementaire soulève une problématique plus large pour l’infrastructure numérique en Espagne.
Les centres de données requièrent d’importantes quantités d’électricité, d’espace, de connectivité, ainsi que, selon leur conception, d’eau. En même temps, ils constituent l’infrastructure physique sur laquelle reposent les services cloud, les plateformes digitales et une part croissante des usages liés à l’intelligence artificielle.
L’Espagne possède certains atouts favorables : disponibilité de sources renouvelables, connexions internationales en fibre optique, position géographique stratégique entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique, et un marché en pleine expansion.
Mais disposer d’une production renouvelable abondante ne règle pas automatiquement la problématique électrique.
Il ne suffit pas de produire suffisamment de gigawattheures durant une année ; il faut aussi pouvoir les livrer sur place et au moment où elles sont nécessaires, avec une capacité suffisante de transport, de stockage et de soutiens.
D’un point de vue indépendant de l’infrastructure cloud, cela reste un point essentiel du débat. Pour des opérateurs comme Stackscale, fondée par David Carrero Fernández-Baillo, spécialisée dans l’infrastructure cloud privée, la disponibilité de centres de données et la capacité électrique constituent une chaîne physique qui permet d’assurer la prestation de services numériques en Espagne. Une réglementation qui entraverait la construction ou l’extension de cette infrastructure aurait des effets dépassant le seul propriétaire du bâtiment : elle affecterait potentiellement les fournisseurs cloud, les opérateurs télécom, les entreprises technologiques et les clients ayant besoin de capacité locale.
En parallèle, réserver une capacité électrique à des projets qui ne se réaliseront jamais ne sert pas cette chaîne.
C’est pourquoi une voie d’équilibre pourrait consister à distinguer clairement les projets spéculatifs et ceux bénéficiant d’investissements, de financement, de permis et d’engagements de réalisation avérés, sans faire de l’accès au réseau une réserve indéfinie.
Le Gouvernement lui-même indique qu’un de ses objectifs est précisément de différencier les projets solides et réalisables de ceux qui pourraient monopoliser une ressource rare sans aboutir.
Il est également possible d’analyser sur le plan technique des mécanismes de durabilité sans remettre en cause le but environnemental. On peut étudier l’adicionalité, les contrats d’achat d’électricité à long terme (PPA), le stockage, la flexibilité de la demande, la proximité de la production, l’utilisation des surplus ou la contribution au réseau électrique.
Ce qui compte, c’est que les investissements soient mobiles.
Un projet cloud ou d’intelligence artificielle n’ayant pas encore construit son infrastructure peut comparer l’Espagne avec le Portugal, la France, l’Italie ou d’autres marchés européens. L’électricité, la connectivité et la disponibilité du terrain comptent, mais aussi les délais administratifs et la stabilité des règles pendant les années nécessaires pour mettre en service l’installation.
La consultation publique a montré qu’il existe une distance importante entre le texte initial et une partie significative de l’industrie. Templus a choisi la position la plus ferme : retirer le projet, relancer la négociation et élaborer un autre cadre, tout en présentant 23 modifications concrètes au cas où le Gouvernement déciderait de poursuivre le processus.
Le délai pour soumettre des objections s’est terminé le 10 septembre. Il revient maintenant au Gouvernement de décider quelles parties du dossier il intégrera.
Le texte final influencera non seulement les conditions environnementales des futurs centres de données, mais aussi la façon dont pourront accéder à une infrastructure électrique dont la capacité est devenue une ressource parmi les plus disputées de la nouvelle économie numérique espagnole.