Telefónica et Mavenir s’associent pour déployer l’IA au cœur des télécoms : du laboratoire au réseau réel

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Telefónica y Mavenir ont signé un protocole d’accord (MOA) pour la création d’un Centre d’Innovation en Intelligence Artificielle : un laboratoire collaboratif conçu pour accélérer l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’évolution du noyau réseau, la composante la plus critique du « cerveau » d’un opérateur. Cette annonce intervient à un moment où le secteur des télécommunications cherche à passer d’un réseau de plus en plus virtualisé à des réseaux plus autonomes, capables de s’auto-optimiser avec moins d’intervention humaine, évitant ainsi que chaque changement ne devienne une opération délicate et longue.

Le concept du Hub est clair : tester dans un environnement contrôlé ce qui doit fonctionner en production, en simulant des modèles de trafic réels. Cela permet de développer, valider et ajuster des capacités avancées avant un déploiement commercial à grande échelle. En résumé : moins de promesses en PowerPoint et plus de “banc d’essai” avec des conditions proches de celles d’un réseau en activité, avec utilisateurs, pics de trafic et complexité.

Pourquoi le noyau réseau est le terrain de jeu de l’automatisation

Le “noyau” n’est pas une couche ordinaire. C’est là que résident des fonctions essentielles soutenant des services tels que la voix, la messagerie, la connectivité mobile, l’authentification client, le contrôle de sessions, et de plus en plus, l’exposition des capacités réseau à des services numériques. Toucher au noyau, c’est toucher au centre névralgique : si quelque chose tourne mal, l’impact ne se limite pas à une interruption minime d’un site web, mais peut entraîner une dégradation massive des services.

C’est pourquoi l’IA ne consiste pas simplement à “mettre un chatbot dans l’opérateur”, mais à faire avancer la direction vers des réseaux axés sur l’intention (intent-based) et une orchestration autonome : que le réseau soit capable d’interpréter des objectifs (“je dois prioriser tel type de trafic”, “je veux garantir un certain niveau de service dans cette zone”, “je souhaite optimiser la consommation énergétique sans compromettre la latence”) et de les traduire en actions automatiques, mesurables et réversibles. Telefónica et Mavenir évoquent explicitement dans le Hub des cas d’usage tels que l’orchestration autonome pilotée par l’IA, les services basés sur l’intention et les modèles de monétisation activés par l’IA.

De “gérer le réseau” à “gérer les résultats”

Le changement, qui est aussi culturel et opérationnel, repose sur une réalité : le secteur a longtemps mesuré le succès à travers des KPI techniques (alarms, tickets, temps d’intervention). Avec l’IA, l’objectif évolue vers des systèmes qui “apprennent, anticipent et s’adaptent” en temps réel. Telefónica et Mavenir présentent le Hub comme une étape vers des réseaux intelligents, autonomes et auto-optimisés, en phase avec la vision de transformer le réseau en une plateforme numérique consciente de l’intention, capable de prévoir les besoins et d’exécuter des actions automatiques.

Dans ce contexte, l’IA ne remplace pas l’équipe d’ingénierie : elle modifie le type de travail effectué. Moins d’opérations réactives, plus de conception de politiques, de contrôle de la qualité des automatisations, de validation des modèles, et d’audit des décisions. Il est essentiel de souligner que, pour que l’automatisation soit crédible dans des réseaux critiques, elle doit être expliquable, maîtrisable et sécurisée.

La promesse (et le risque) d’ouvrir des interfaces

Mavenir insiste sur un point clé en lien avec les tendances modernes du secteur : en exposant les capacités du réseau via des interfaces ouvertes, l’IA peut transformer le réseau en une plateforme programmable de services. Cela facilite le lancement de produits digitaux plus rapidement et ouvre potentiellement de nouvelles sources de revenus, un objectif stratégique constant dans la télécommunication.

Cependant, cela soulève aussi des questions techniques qui, en pratique, déterminent souvent si un projet parvient à scaler ou reste à l’état pilote :

  • Comment contrôler le périmètre d’action de l’automatisation ? (qu’est-ce qui peut ou ne peut pas être modifié)
  • Comment éviter qu’une décision “localement correcte” n’entraîne un effet domino ?
  • Comment auditer les décisions automatiques en cas d’incidents ?
  • Comment assurer l’intégration avec la conformité réglementaire, la confidentialité et la sécurité des données ?

Telefónica et Mavenir soulignent que leur collaboration visera à promouvoir des pratiques exemplaires en matière d’IA, de sécurité des données et de conformité réglementaire, tout en renforçant leur leadership technique et leur participation aux forums sectoriels.

MWC 2026 : présentation en direct et message au marché

Ce n’est pas qu’une annonce écrite. Les deux entreprises annoncent une démonstration en direct lors du Mobile World Congress 2026 (Barcelone, 2-5 mars 2026, Salle 2, stand 2H60), où elles présenteront des cas d’usage de nouvelle génération dans le domaine des communications enrichies par l’IA, de l’exposition autonome de services et des opérations orientées intention.

Il s’agit d’un geste stratégique : le MWC est le principal observatoire où se mesurent la crédibilité technologique et l’innovation dans le secteur telco. Montrer quelque chose en fonctionnement — même en environnement contrôlé — constitue une déclaration forte : “Nous prenons au sérieux l’automatisation du noyau”.

Ce qui est réellement en jeu : accélérer sans perdre le contrôle

De l’extérieur, cela peut sembler une simple évolution. En réalité, c’est le reflet d’une tension qui traverse tout le secteur : le réseau devient de plus en plus complexe à exploiter comme avant, mais est aussi trop critique pour laisser place à une innovation non maîtrisée. Un Hub dédié aux essais, avec trafic simulé et environnement réaliste, cherche justement à combler cette lacune : accélérer l’innovation sans transformer chaque déploiement en une prise de risque majeure.

Il existe aussi une dimension compétitive : si le réseau devient une plateforme programmable, la différenciation entre opérateurs ne sera pas seulement une question de couverture ou de prix. Elle résidera dans la capacité à lancer des services, à automatiser en toute sécurité l’exploitation, et à faire de la connectivité un composant “composable”, intégrable et mesurable.


Questions fréquentes

Que signifie “core de réseau” en télécommunications et pourquoi est-il si critique ?
Le cœur du réseau regroupe les systèmes gestionnaires des fonctions essentielles (contrôle des sessions, authentification, services voix/données, routage, politiques). Un changement dans le cœur du réseau peut impacter des millions d’utilisateurs, c’est pourquoi l’innovation y est souvent lente et très contrôlée.

Qu’est-ce qu’un réseau “axé sur l’intention” et pourquoi en parle-t-on autant avec l’IA ?
Un réseau “intent-based” consiste à exprimer des objectifs (les intentions) que la plateforme traduit en configurations et actions automatiques. L’IA intervient pour interpréter le contexte, optimiser les décisions et réagir en temps réel aux variations.

Comment la IA peut-elle améliorer l’exploitation d’un réseau télécom sans augmenter le risque ?
Principalement grâce à une automatisation contrôlée : tests préalables, limites d’intervention, observabilité, audit, gestion des changements et mécanismes de rollback. C’est pourquoi des laboratoires comme l’AI Innovation Hub sont essentiels avant un déploiement à grande échelle.

Que peut-on attendre du MWC 2026 en termes de cette collaboration ?
Telefónica et Mavenir ont annoncé une démonstration en direct à Barcelone (2-5 mars 2026) portant sur des cas d’usage tels que les communications enrichies par l’IA, l’exposition autonome de services et des opérations orientées intention.

source : telefonica

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