Santander vient d’ajouter une eSIM à son application bancaire en Espagne. Le service, disponible dès maintenant, permet de souscrire un forfait de données mobiles dans plus de 160 pays sans changer de carte SIM ni passer par un opérateur tiers. La banque cible d’abord ses clients espagnols avant d’étendre l’offre au Portugal et au Mexique.
Ce qu’il faut retenir
- Santander propose une eSIM intégrée pour acheter des forfaits de données mobiles depuis son application.
- La couverture annoncée dépasse 160 pays, sans carte SIM physique à remplacer.
- Le lancement démarre en Espagne, avant le Portugal et le Mexique.
- Le projet a été développé avec Gigs, une entreprise spécialisée en connectivité eSIM pour marques tierces.
Contexte et enjeux
Les frais d’itinérance ont disparu au sein de l’Union européenne, mais ils restent élevés dès qu’un client sort de la zone euro. Un voyage aux États-Unis, au Maroc, en Turquie, au Japon, au Brésil ou en Thaïlande peut coûter plusieurs dizaines d’euros en simple consultation de mails si l’utilisateur n’a rien anticipé. Les cartes eSIM vendues par des applications comme Airalo ou Holafly répondent déjà à ce besoin, mais elles obligent à ouvrir un compte séparé, saisir à nouveau ses coordonnées bancaires et gérer une application de plus sur son téléphone.
Santander mise sur un raccourci : intégrer directement cette fonction dans une application que ses clients ouvrent déjà plusieurs fois par semaine. La démarche rejoint celle d’autres institutions financières qui empilent des services annexes autour du compte bancaire, à l’image de Mastercard et ses cartes virtuelles pilotées par API, où l’objectif est le même : garder l’utilisateur dans un environnement unique plutôt que de le laisser partir vers une appli tierce.
Les faits
Concrètement, un client Santander pourra activer son eSIM avant de partir ou une fois arrivé à destination, suivre sa consommation en temps réel et racheter un forfait sans quitter l’application. Une fois l’eSIM installée pour la première fois, elle reste utilisable pour tous les voyages suivants : il suffit d’acheter un nouveau pack de données quand le précédent est épuisé, sans réinstallation.
Cinq formats sont proposés au lancement : 3 Go, 5 Go, 10 Go, 20 Go et 50 Go. Chaque forfait se gère depuis un espace dédié de l’application, où la consommation en cours et l’historique des recharges restent visibles à tout moment. Santander ne communique pas encore les tarifs exacts par pays ni par palier, une information qui pèsera lourd dans la comparaison avec les cartes eSIM vendues séparément.
Le partenaire technique, Gigs, opère en coulisses : la start-up fournit l’infrastructure de connectivité mobile à des marques qui veulent lancer un service télécom sans devenir opérateur elles-mêmes. Elle a déjà travaillé avec des acteurs du e-commerce et des médias aux États-Unis. Santander compte parmi ses premiers clients bancaires en Europe à cette échelle.
Analyse et implications
La connectivité mobile devient un terrain de bataille où banques, constructeurs et opérateurs satellites avancent chacun leurs pions. En Espagne, Starlink prépare de son côté un service de connexion directe au smartphone sans carte SIM du tout, comme l’explique notre analyse sur l’arrivée du Direct to Cell dans le pays. Les deux approches ne visent pas le même usage : Starlink cherche à couvrir les zones sans réseau, Santander à simplifier l’itinérance pour ses clients urbains qui voyagent. Mais elles racontent la même histoire, celle d’un marché où la carte SIM physique perd du terrain face à des solutions logicielles pilotées depuis une application.
Ce mouvement inquiète une partie du secteur télécom traditionnel. L’association MVNO Europe réclame justement à Bruxelles un cadre commun pour la connectivité mobile, comme nous le rapportions à propos de sa demande d’un vrai marché unique via la Digital Networks Act. Une banque qui revend de la data mobile sans être opératrice pose justement la question du cadre réglementaire applicable : Santander agit ici comme distributeur d’un service télécom, pas comme opérateur, ce qui limite ses obligations mais complique aussi la comparaison avec une offre MVNO classique.
Sur le papier, l’argument est simple : moins de friction, plus d’usage de l’application, plus de rétention. Un client qui active son eSIM depuis Santander avant un vol garde le réflexe d’ouvrir l’app une fois sur place, ce qui multiplie les occasions de lui proposer d’autres produits, une carte adaptée au voyage ou une assurance annulation, par exemple. Reste la question du prix : sans grille tarifaire publique, impossible de savoir si Santander eSIM fait mieux que les offres roaming déjà incluses dans certains forfaits mobiles espagnols ou que les cartes eSIM vendues séparément.
Perspectives
Santander prévoit d’étendre le service au Portugal puis au Mexique, deux marchés où le groupe dispose déjà d’une base de clients importante. D’autres filiales, notamment au Royaume-Uni, au Brésil ou aux États-Unis, pourraient suivre si le lancement espagnol confirme l’intérêt des clients. La banque ne communique pas de calendrier précis pour ces étapes suivantes.
Pour Gigs, cet accord ouvre une vitrine de choix en Europe et pourrait attirer d’autres établissements financiers tentés par le même pari. Si Santander démontre que la connectivité mobile trouve sa place dans une application bancaire sans cannibaliser l’activité principale, d’autres groupes financiers européens pourraient tester une offre similaire dans les prochains mois. Reste à voir comment la banque traitera les données de géolocalisation liées à l’usage de l’eSIM, un point que les régulateurs européens surveillent de près dès qu’un acteur financier sort de son périmètre habituel.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la eSIM de Santander ?
C’est un service intégré à l’application bancaire qui permet d’acheter des forfaits de données mobiles internationales sans carte SIM physique.
Dans combien de pays est-elle disponible ?
Santander annonce une couverture dans plus de 160 pays dès le lancement.
Faut-il réinstaller une eSIM à chaque voyage ?
Non. Une fois activée, la même eSIM sert pour tous les voyages suivants : il suffit d’acheter un nouveau forfait depuis l’application.
Quels forfaits de données sont proposés ?
Cinq paliers sont disponibles : 3 Go, 5 Go, 10 Go, 20 Go et 50 Go, tous gérables directement dans l’application.
Qui fournit l’infrastructure technique du service ?
L’entreprise Gigs, spécialisée dans la connectivité eSIM pour des marques qui ne sont pas opérateurs télécom, gère l’infrastructure derrière Santander eSIM.
Source : communiqué officiel Santander
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