Rubrik a annoncé Rubrik Security Cloud Souverain, une nouvelle solution destinée aux organisations qui, en plus de se protéger contre les ransomwares et le sabotage opérationnel, ont besoin de contrôler strictement l’endroit où résident leurs données et sous quelle juridiction elles sont gérées. La société présente ce lancement comme une réponse directe à un « tournant » en matière de souveraineté : la pression réglementaire, la tension géopolitique et l’exposition à des accès transfrontaliers ont fait du contrôle des données une exigence « non négociable » pour les secteurs critiques.
Le message est clair : il ne suffit plus de parler de résidence des données (hébergement dans un pays). Le débat s’oriente vers une souveraineté réelle, englobant les données, les métadonnées et le plan de contrôle, ainsi que vers la capacité d’exécuter des fonctions de sécurité avancées sans que le fournisseur ait à « voir » ou « opérer » en dehors des limites fixées par le client.
Qu’est-ce que Rubrik Security Cloud Souverain et quelles promesses offre-t-elle
Selon Rubrik, Security Cloud Souverain vise à fournir aux entreprises et aux administrations un cadre opérationnel où les composants clés de la plateforme restent en dehors de frontières de données définies par le client, avec une attention particulière à éviter toute dépendance technique ou administrative permettant un accès externe.
Rubrik met en avant quatre piliers :
- Souveraineté totale des données : non seulement les données, mais aussi leurs métadonnées, le plan de contrôle et la gestion opèrent dans les limites juridictionnelles définies par le client.
- Protection immuable pour les données critiques : l’objectif étant de résister à des scénarios où un attaquant obtient des privilèges élevés, tout en étant incapable de ciffrer, supprimer ou modifier les copies protégées.
- Détection des menaces compatible avec la souveraineté : analytique, chasse proactive et détection d’anomalies opérant dans l’environnement du client, afin de ne pas compromettre le modèle de contrôle.
- Options multiples de déploiement : de l’infrastructure sur site à des déploiements sur des fournisseurs cloud « souverains » (selon le cadre du client et sa juridiction).
Rubrik souligne également que cette offre est en early access pour certains clients, avec une disponibilité plus large « bientôt ».
Pourquoi la « souveraineté » revient au centre du débat
Ces dernières années, la notion de souveraineté s’est renforcée pour deux raisons principales :
- Régulation et conformité : l’Europe accroît ses exigences en matière de résilience et de gouvernance de la cybersécurité dans des secteurs clés, avec des obligations plus strictes concernant la continuité opérationnelle et la chaîne d’approvisionnement technologique.
- Accès transfrontalier et confiance juridique : après des décisions comme l’arrêt Schrems II, le débat sur le transfert international de données s’est durci : un simple contrat ne suffit plus ; il faut aussi évaluer si des risques d’accès par des autorités de pays tiers existent concrètement et quelles mesures complémentaires peuvent être prises.
Parallèlement, des réglementations américaines telles que le CLOUD Act alimentent une préoccupation récurrente chez les multinationales et organismes publics : que se passe-t-il lorsqu’un fournisseur est soumis à des exigences légales dans une autre juridiction, même si les données sont hébergées hors du pays.
Dans ce contexte, Rubrik cherche à positionner sa proposition comme une alternative pour ceux qui recherchent « la garantie » : ni un tiers ni même le fournisseur ne peuvent exercer un contrôle en dehors des règles et limites définies.
« Résidence » ne rime pas forcément avec « souveraineté » : une comparaison pratique
| Approche | Lieu de stockage des données | Lieu d’opération du plan de contrôle | Risque typique | Quand cela convient-il ? |
|---|---|---|---|---|
| Résidence régionale (cloud standard) | Dans une région spécifique | Souvent centralisé ou avec des dépendances globales | Doutes sur les accès, le support et la télémétrie hors région | Charges de travail générales avec conformité de base |
| Souveraineté partielle (contrôles renforcés) | Dans un pays ou une zone définie | Une partie du contrôle et des opérations dépend encore du fournisseur | Complexité contractuelle ou technique ; zones d’ombre opérationnelles | Environnements réglementés tolérant une dépendance envers le fournisseur |
| Souveraineté « end-to-end » (définie par le client) | Dans des limites fixées par le client | Le plan de contrôle et la gestion restent à l’intérieur de ces frontières | Exigences accrues en matière d’architecture et d’opérations | Secteur public, infrastructures critiques, données sensibles, continuité stricte |
Ce tableau simplifie une nuance clé : beaucoup de solutions se limitent à « où sont stockées », mais le vrai point sensible réside souvent dans la façon dont elles sont gérées (métadonnées, clés, télémétrie, administration, support, réponse à incident, etc.). C’est précisément là que Rubrik concentre ses efforts lorsqu’il parle de « tous les composants… dans les limites de données définies par le client ».
Impacts pour les équipes de sécurité et d’infrastructure
Pour un CISO ou un responsable d’infrastructure, cette annonce répond à un problème quotidien : obtenir des capacités avancées (immuabilité, chasse aux menaces, analytique) sans en faire une échappatoire pour la conformité.
Concrètement, la proposition de valeur serait de :
- Réduire la surface d’attaque en cas de ransomware : si une copie est vraiment immuable et bien isolée, l’attaquant a moins de leviers pour forcer le paiement.
- Améliorer la continuité opérationnelle : la souveraineté ne se limite pas à la conformité, elle concerne aussi le contrôle en situation de crise.
- Éviter les dépendances au plan de contrôle hors juridiction : un point particulièrement sensible dans les administrations et secteurs réglementés.
Attention toutefois : le terme « souverain » est très largement employé dans l’industrie. En pratique, tout acheteur exigeant voudra au minimum valider :
- La localisation et le contrôle des métadonnées
- Les dépendances du plan de contrôle (et la nécessité éventuelle d’une opération « globale »)
- Le modèle d’accès du fournisseur (et ses conditions)
- La gestion des clés et les procédures de récupération
- Les éléments de preuve technique et d’audit : au-delà du simple marketing
Une évolution conforme à une tendance majeure : sécurité, données et géopolitique
Rubrik présente le lancement comme une étape de son évolution vers une plateforme où la protection des données et la sécurité (détection, réponse, récupération) convergent. La société rappelle également sa présence solide sur le marché de la sauvegarde et de la récupération, consolidant ainsi sa crédibilité à un moment où les termes « souverain » et « résilient » deviennent des critères d’achat clés.
Questions fréquemment posées
En quoi un « cloud souverain » diffère-t-il d’un cloud avec une région en Europe ?
Une région européenne garantit généralement la résidence (l’emplacement physique), mais la souveraineté implique également le contrôle des métadonnées, du plan de contrôle, des opérations et des conditions d’accès, en plus de la juridiction applicable.
Security Cloud Souverain remplace-t-il une sauvegarde traditionnelle on-premises ?
Il peut la compléter ou la remplacer selon le modèle de déploiement. L’essentiel étant que Rubrik propose des options sur site ainsi que sur des fournisseurs cloud compatibles avec le périmètre souverain du client.
Laimmutabilité protège-t-elle vraiment contre les ransomwares ?
Cela aide considérablement, mais ce n’est pas une solution miracle. Cela nécessite une conception correcte (isolement, contrôles d’accès, MFA, segmentation, tests de récupération). L’immuabilité réduit la probabilité qu’un attaquant puisse effacer ou chiffrer les copies, mais le résultat dépend de la mise en œuvre.
Que devraient demander les organisations avant d’adopter une solution « souveraine » ?
Une architecture détaillée (incluant le plan de contrôle), les politiques d’accès du fournisseur, l’emplacement des données et métadonnées, la gestion des clés, des éléments de preuve pour l’audit, et un plan de continuité avec des essais réguliers de récupération.
source : rubrik