Qualcomm envisage sa transition à 2 nm avec Samsung et relance la compétition interne avec Exynos

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Qualcomm explore une voie qui, si elle se confirma, pourrait bouleverser l’équilibre des pouvoirs au sein de Samsung et influencer aussi les coûts dans le haut de gamme Android : produire une partie de ses prochains Snapdragon en utilisant le processus 2 nm de Samsung Foundry. La nouvelle, relayée en Corée et confirmée de manière plutôt générale par le PDG de Qualcomm, Cristiano Amon, s’interprète comme une tentative de diversifier la dépendance vis-à-vis de TSMC et de regagner du levier dans les négociations à un moment où le prix des nœuds de pointe devient un facteur stratégique.

Pourquoi Qualcomm se tourne-t-elle vers Samsung : diversification et maîtrise des coûts

Depuis quelques années, la domination de TSMC dans la fabrication avancée a poussé de nombreux concepteurs de puces à concentrer leurs commandes chez un seul fournisseur. Si cette concentration présente des avantages (performance, maturité industrielle), elle comporte aussi des risques : capacité limitée, priorités de production et augmentations de coûts à mesure que l’industrie migre vers des nœuds plus complexes.

Dans ce contexte, Qualcomm envisagerait une stratégie de « double foundry », avec Samsung comme alternative pour certaines générations ou volumes. Reuters indique que les discussions portent sur une fabrication sous contrat en 2 nm, et que le design pourrait être prêt pour une commercialisation à court terme, selon les déclarations d’Amon rapportées par la presse sud-coréenne.

Le principal obstacle : rendement (yield) et maturité du nœud

La difficulté technique ne réside pas uniquement dans la capacité de produire en 2 nm, mais dans obtenir un rendement de wafer (yield) suffisamment élevé pour que le coût par puce soit compétitif et que la disponibilité soit régulière. Des informations récentes situent Samsung à environ 50–60% de yield dans leur SF2 (2 nm), tandis que TSMC atteindrait environ 80% en N2, bien que ces chiffres soient souvent issus d’estimations industrielles, non toujours publiques ou comparables directement.

Si Qualcomm commence — même partiellement — la production en 2 nm avec Samsung, cela envoie un message clair au marché : Samsung Foundry souhaite revenir dans la « première division » des nœuds avancés. De plus, le contexte est favorable : Reuters rappelle que Samsung a signé un accord de 16,5 milliards de dollars avec Tesla prévu pour 2025, dans le but de renforcer ses services de foundry auprès de clients prestigieux.

L’effet collatéral : que devient Exynos chez Samsung ?

Voici le dilemme « interne » : Samsung est à la fois fabricant (foundry) et client (Mobile eXperience), et sa stratégie historique a alterné des SoC maison Exynos avec des SoC de Qualcomm, selon les régions, modèles et générations.

Un éventuel accord avec Qualcomm pour le 2 nm pourrait mettre à rude épreuve cet équilibre pour plusieurs raisons :

  • Concurrence pour la capacité interne : si Samsung Foundry réserve des lignes pour Qualcomm, la pression sur les plannings et priorités d’autres puces (y compris Exynos) pourrait augmenter.
  • Signal de marché : si le nœud SF2 gagne crédibilité « de production » grâce à un client comme Qualcomm, Samsung pourrait être tentée d’utiliser davantage Snapdragon dans ses gammes haut de gamme pour limiter les risques de lancement, ce qui fragiliserait l’image d’Exynos.
  • Coût unitaire dans les mobiles : Exynos, par nature, réduit la dépendance à l’extérieur ; une part accrue de Snapdragon tend à augmenter le coût de la facture matérielle (BOM) sur les modèles auparavant équipés de puces maison, avec un impact sur les marges si cet excédent n’est pas répercuté sur le prix final.

Simultanément, Samsung doit aussi s’assurer qu’Exynos redevient compétitif pour préserver son autonomie technologique et sa capacité à se différencier. D’ailleurs, certains médias spécialisés évoquent des améliorations dans la performance du processus 2 nm, notamment sur le Exynos 2600, un produit que Samsung souhaite consolider pour soutenir sa stratégie de plateforme.

Tableau : le jeu en 2 nm (ce que dit l’industrie)

Foundry / nœud Approche technologique Yield estimés (approximations) Implications pour les fabricants de SoC
Samsung SF2 (2 nm) GAA (nanosheets) 50–60% Potentiel de prix en amélioration si le yield progresse ; la maturité doit continuer à s’accroître
TSMC N2 (2 nm) GAA (nanosheets) ~80% Référence en stabilité ; le coût par wafer reste élevé
Intel 18A (2e génération) BSPDN / HPC Alternative émergente, encore à valider à grande échelle

Note : ces chiffres et comparaisons reposent sur des fuites et rapports sectoriels ; ils ne correspondent pas à des métriques officielles homogènes.

Quelles implications pour l’utilisateur final ?

Si Qualcomm parvient à répartir une partie de sa production en 2 nm en dehors de TSMC, l’impact le plus probable ne sera pas simplement « des mobiles plus abordables » du jour au lendemain, mais plutôt une combinaison de :

  • Plus de disponibilité dans le segment premium (moins de blocages).
  • Une élasticité des prix accrue à moyen terme, grâce à la réduction du « monopole de facto » sur la capacité avancée.
  • Une fragmentation accrue des gammes haut de gamme Android (différentes séries ou révisions fabriquées dans plusieurs foundries), avec d’éventuelles subtilités en consommation et performance si les designs et conditions de fabrication ne sont pas identiques.

Pour Samsung, le dilemme est double : réussir en foundry avec Qualcomm serait une brillante opération pour sa réputation… mais cela pourrait aussi obliger à repenser le rôle d’Exynos pour éviter qu’il reste « un plan B » perpétuel.


Questions fréquentes

Que signifie que le Snapdragon soit fabriqué en 2 nm par Samsung plutôt que par TSMC ?
Cela implique que le même design pourrait être produit par une autre fonde, avec des différences potentielles en coût, disponibilité et consommation énergétique, selon le niveau de maturité du procédé.

Est-ce que cela pourrait influencer si un Galaxy S dispose d’Exynos ou Snapdragon en Europe ?
Indirectement, oui. Si Samsung cherche à minimiser les risques d’approvisionnement ou à améliorer la constance de performance, elle pourrait privilégier Snapdragon ; mais cela dépend aussi de la compétitivité d’Exynos et des stratégies commerciales régionales.

Pourquoi parle-t-on autant du « yield » (rendement de wafer) ?
Car il détermine le nombre de puces valides issues d’un wafer. Un yield faible coûte plus cher par puce et complique la production de grands volumes, surtout lors de lancements massifs.

Cela aura-t-il un impact réel sur le prix des mobiles haut de gamme ?
L’effet sera généralement progressif : plus de capacité et plus de concurrence dans la fabrication avancée tendent à limiter les hausses, même si les coûts liés à la R&D et au packaging jouent aussi un rôle important.

Source : wccftech

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