Dans la course pour accueillir la prochaine vague de services cloud, de données massives et d’intelligence artificielle, l’Espagne devient un terrain de compétition de plus en plus disputé. Sur cette carte, Oxigen DC —dont le siège est à Sant Cugat del Vallès— vient de jouer un coup stratégique : l’entreprise a acquis auprès du Banco Sabadell un centre de données de 10 MW à Sant Fruitós de Bages (Barcelone). Une installation qu’elle prévoit de mettre en service au cours du premier semestre 2026. Cette étape lui permettra de lier la capacité et d’atteindre 20 MW opérationnels, tout en conservant son objectif de dépasser 40 MW d’ici la fin de 2026.
Cette opération s’inscrit dans une tendance qui gagne du terrain en péninsule : réutiliser des infrastructures issues du secteur bancaire et les adapter à un marché où la demande ne se limite plus à « héberger des serveurs », mais vise à garantir la continuité, la conformité réglementaire et des marges pour des charges exigeantes — depuis l’analyse avancée jusqu’aux environnements de calcul intensif. Dans l’univers financier, un centre de données n’est pas simplement un bâtiment : c’est une garantie de fonctionnement opérationnel. Et pour un opérateur spécialisé, c’est une base précieuse sur laquelle construire.
Des centres « robustes » pour un marché exigeant en résilience
Oxigen DC affirme que ces installations se distinguent par leur robustesse et leur conception pour résister à des scénarios extrêmes : risques physiques, redondances, contrôle d’accès et une obsession de la disponibilité qui, dans le secteur bancaire, n’est pas optionnelle. En résumé : des infrastructures conçues pour que le service ne tombe pas au moment où cela fait le plus mal.
Ce discours prend du poids dans un contexte où de nombreuses organisations — grandes entreprises et administrations publiques comprises — externalisent leurs services critiques, car exploiter un centre de données moderne devient de plus en plus complexe. Et cela ne concerne pas seulement la densité de puissance ou la refroidissement, mais également l’équilibre entre cybersécurité, continuité des activités, audits, chaîne logistique et pression énergétique. La disponibilité « vraiment » opérationnelle ne s’improvise pas.
Oxigen DC relie d’ailleurs cette croissance à la demande d’infraestructures numériques sûres, souveraines et haute performance, et assure avoir doublé ses ventes en 2025, avec pour objectif de maintenir cette dynamique sur trois ans.
Un plan d’investissement supérieur à 50 millions d’euros avec un focus sur l’efficacité
Le plan ne se limite pas à augmenter la capacité. La société prévoit une investissement de plus de 50 millions d’euros en péninsule ibérique, destiné autant à la mise en place de nouvelles installations qu’à des améliorations technologiques et énergétiques. Dans un contexte où la puissance électrique disponible et l’obtention des permis peuvent devenir des goulets d’étranglement, cette nuance a toute son importance : croître ne consiste plus uniquement à acheter du terrain et à construire des salles, mais aussi à négocier l’énergie, optimiser la consommation et concevoir pour des densités que, il y a cinq ans, semblaient exotiques.
Oxigen DC insiste également sur la valeur de la proximité dans l’écosystème des centres de données. À Sant Cugat, sa base repose sur la proximité de Barcelone et de nœuds de connectivité clés, comme la Barcelona Cable Landing Station, un élément stratégique pour réduire la latence et faciliter l’interconnexion.
Conçu pour faire face aux charges émergentes : de l’IA à la compution quantique
Au-delà de la simple acquisition, l’entreprise oriente son discours vers ce qui se profile : ses installations — avec 6.000 m² de surface totale et 2.500 m² de salles blanches opérationnelles — se présentent comme des environnements conçus selon des normes Tier III et certifiés ISO 20000, ISO 27000, ISO 9001, ISO 14001 et ENS de Niveau Élevé. Ce ensemble constitue, en pratique, une carte de visite pour des clients soumis à une surveillance constante : secteur public, services essentiels, environnements réglementés ou industries avec des exigences strictes en matière de continuité.
Oxigen DC affirme que ses infrastructures sont prêtes à supporter des technologies émergentes comme la intelligence artificielle et la calcul quantique. Plus qu’une promesse marketing, c’est un signal fort du marché : la conversation ne concerne plus uniquement le “rack” ou la “colocation”, mais la puissance, la refroidissement, la connectivité et la conformité pour des charges qui exploitent pleinement le hardware.
Tableau synthétique : l’augmentation de capacité d’Oxigen DC en Catalogne et ses objectifs pour 2026
| Élément | donnée clé | Implication |
|---|---|---|
| Centre de données acquis | 10 MW (Sant Fruitós de Bages, Barcelone) | Capacité additionnelle « prête à moderniser » |
| Ouverture prévue | Premier semestre 2026 | Accélérer la mise en service de la capacité opérationnelle |
| Capacité après acquisition | 20 MW | Doublement d’échelle et amélioration de l’offre pour les grands clients |
| Objectif pour fin 2026 | >40 MW | Se positionner parmi les grandes plateformes européennes |
| Investissement prévu | >50 millions d’euros | Croissance, efficacité énergétique et innovations technologiques |
Et l’Europe ? Si l’Espagne se développe, le leadership reste hors de portée
C’est là que le bât blesse. L’Espagne attire des investissements et des projets, Madrid se positionne comme hub du sud de l’Europe. Cependant, des associations sectorielles rappellent que la dotation d’infrastructures numériques par habitant en Espagne reste inférieure à celle des pays voisins et surtout à celle des économies européennes plus avancées. Elles mettent aussi en garde contre un risque de stagnation si l’investissement ralentit ou si des goulets d’étranglement (puissance électrique, permis) bloquent les projets.
Par ailleurs, le puissant secteur industriel du cloud et de l’IA demeure concentré entre les mains d’énormes opérateurs internationaux et d’acteurs globaux disposant de moyens financiers et de capacités de déploiement que l’Europe peine encore à égaler. Résultat : une paradoxe où l’Espagne pourrait devenir un vaste « terrain » pour centres de données, mais, sans un tissu local solide (opérateurs, interconnexion, talents, souveraineté technologique et chaîne de valeur), le plus grand avantage risque d’être capturé en dehors du pays.
Pour Oxigen DC, la dynamique à Barcelone s’inscrit dans une stratégie visant à jouer cette partie du bon côté : celle du fournisseur local offrant résilience, conformité et évolutivité. La prochaine étape, selon certaines sources, serait à Madrid, où l’entreprise explore de nouvelles acquisitions afin d’équilibrer sa présence catalane avec celle du principal marché péninsulaire.
Foire aux questions
Que signifie qu’un centre de données ait une puissance de 10 MW ?
Les MW indiquent la capacité électrique disponible pour alimenter l’infrastructure IT et les systèmes associés (refroidissement, distribution électrique, redondances). En termes simples : plus il y a de MW, plus le centre peut accueillir d’équipements ou de charges plus denses, comme l’IA ou l’analyse poussée.
Pourquoi les centres de données issus du secteur bancaire sont-ils considérés comme très « robustes » ?
Parce qu’ils ont été conçus, historiquement, pour une résilience extrême : redondances, sécurité physique, tolérance aux pannes et fonctionnement sous des scénarios exigeants. Cette héritage en fait des candidats idéaux pour leur modernisation et leur adaptation aux services cloud et colocation actuels.
Quelle valeur a une certification ENS de Niveau Élevé pour un CPD en Espagne ?
C’est une référence essentielle pour travailler avec des entités publiques ou dans des environnements réglementés. Elle indique un niveau élevé d’exigence en sécurité, contrôles et procédures, particulièrement critique pour les services critiques.
Pourquoi parle-t-on autant de Madrid et Barcelone comme pôles de centres de données ?
Parce qu’elles concentrent la connectivité, la demande des entreprises, l’écosystème technologique et leur proximité avec des nœuds stratégiques (câbles sous-marins, interconnexions, réseaux). Cependant, leur développement reste également tributaire de la disponibilité énergétique et des permis.