Le marché des cartes graphiques dédiées pour ordinateurs de bureau a clôturé 2025 dans une situation particulièrement défavorable pour AMD et très favorable pour NVIDIA. Les dernières données de Jon Peddie Research, le cabinet d’analyse spécialisé dans le suivi des activités des fabricants de cartes graphiques (AIB), positionnent NVIDIA à environ 94 % de parts de marché mondiales à la fin du quatrième trimestre, tandis qu’AMD se limite à 5 %, et Intel conserve une présence marginale de seulement 1 %.
Ce chiffre impressionne encore davantage dans le contexte actuel. Il ne s’agit pas d’un marché en déclin tout au long de l’année, mais d’un secteur ayant connu une croissance notable en volume. Divers médias spécialisés citant le rapport de JPR indiquent que les expéditions de 2025 ont atteint 44,28 millions d’unités, contre 34,7 millions en 2024. En somme, le marché a augmenté, mais la quasi-totalité de cette croissance a été capturée par un seul acteur.
Un marché en croissance mais de plus en plus concentré
La conclusion sur la fin de 2025 est claire : en ce qui concerne les cartes graphiques dédiées pour PC de bureau, la concurrence réelle s’est considérablement réduite. NVIDIA a débuté l’année en profitant de la gamme GeForce RTX 50, officiellement lancée en janvier 2025, et a su transformer ce lancement en une consolidation encore plus forte de sa position sur le marché. De son côté, AMD a présenté RDNA 4 et ses Radeon RX 9000 à la fin février, disponibles commercialement à partir de mars, mais ces efforts n’ont pas permis de retrouver une part de marché significative.
La comparaison entre le premier et le dernier trimestre illustre bien cette évolution. Au début de 2025, JPR indiquait un marché AIB très déséquilibré, avec NVIDIA à 92 % et AMD à 8 %. Neuf mois plus tard, cet écart s’est creusé, témoignant d’une aggravation pour AMD dans le segment le plus visible du gaming sur PC.
Il est important d’interpréter précisément cette donnée. Elle concerne uniquement le marché des cartes graphiques dédiées pour PC, excluant les graphiques intégrés présents sur de nombreux processeurs ou le poids des APU dans les ordinateurs portables et machines compactes. Cette distinction est essentielle car la mauvaise performance d’AMD dans le secteur des AIB ne signifie pas que la société disparaisse du secteur graphique, mais qu’elle perd du terrain dans la catégorie qui a historiquement construit son image de marque, ses ambitions et ses marges dans le marché du gaming sur PC.
Croissance annuelle, mais signes de fatigue en fin d’année
Malgré une croissance globale en volume en 2025 par rapport à 2024, le dernier trimestre a montré des signaux moins enthousiasmants qu’il ne pouvait le laisser penser. JPR estime que les expéditions trimestrielles ont atteint 11,48 millions d’unités, soit une hausse de 36 % par rapport à l’an passé, mais une baisse de 4,4 % par rapport au trimestre précédent. Pour une période qui s’accompagne généralement de pics d’achats de matériel, cette contraction a été remarquée.
Selon le cabinet, cette baisse est liée à plusieurs facteurs : le coût croissant de la mémoire, la pression tarifaire liée aux droits de douane, ainsi qu’un marché de plus en plus tendu, tant dans le haut que dans le bas de la gamme. Sur le plan inférieur, l’amélioration des portables et des graphiques intégrés dans les processeurs modernes soutient la concurrence. Sur le plan supérieur, l’augmentation des prix sur des configurations plus exigeantes déstabilise un peu plus le marché. La conséquence est qu’un nombre croissant de consommateurs retardent leur renouvellement.
Ce contexte explique pourquoi un marché peut globalement progresser en volume annuel tout en montrant des signes d’épuisement à la fin de l’année. Il explique également pourquoi JPR prévoit une chute d’environ 10 % du marché des AIB en 2026. Si cette prévision se concrétise, la pression concurrentielle sera encore plus forte, car il faudra lutter pour une demande moindre.
AMD n’a pas réussi à faire de RDNA 4 une tendance
Le problème principal pour AMD ne réside pas seulement dans la part finale de 5 %, mais dans la trajectoire. Sur la base des chiffres trimestriels de JPR, cette part correspond à environ 736 000 expéditions au premier trimestre 2025 et environ 574 000 au quatrième trimestre, indiquant une baisse significative sur une année malgré le lancement de nouvelles gammes. La société a renouvelé son catalogue, et le marché a globalement suivi cette évolution, mais ces efforts n’ont pas permis de redresser la tendance.
Il ne s’agit pas forcément d’un échec total pour la gamme Radeon RX 9000, mais le fait est qu’elle n’a pas suffi à inverser l’équilibre général du marché dédié aux cartes graphiques pour PC de bureau. En d’autres termes, AMD a lancé une nouvelle génération, mais celle-ci n’a pas permis de changer la dynamique globale dans ce secteur.
Pour l’utilisateur, cette concentration a aussi des implications. Lorsque la pression concurrentielle est faible, il y a moins d’incitations pour le marché à ajuster rapidement les prix ou à accélérer l’innovation par la compétition. Bien que cela ne soit pas une règle absolue, c’est une évolution courante dans des industries où un seul fournisseur domine avec une claire supériorité.
Intel en retrait, mais encore présent, sans rôle clé
La troisième entreprise du marché—Intel—continue à peiner à faire une entrée concrète. La société a lancé sa gamme Arc B-Series, basée sur la microarchitecture Battlemage, entre la fin 2024 et le début 2025, avec des modèles comme la Arc B580 et la Arc B570, mais son impact sur la part globale a été quasi nulle. JPR maintient Intel à 1 % de parts à la fin du quatrième trimestre, un chiffre trop faible pour qu’on puisse considérer cette société comme un acteur pouvant bouleverser le marché.
Cela dit, Intel reste présent dans certains segments de niche, et certains modèles peuvent être attractifs en termes de rapport qualité/prix. Cependant, dans l’ensemble, le marché des AIB pour PC de bureau reste dominé par un duel déséquilibré entre NVIDIA et AMD, avec le troisième acteur encore loin d’être un facteur décisif.
En fin de compte, la conclusion est claire : 2025 a été une année où le marché des graphiques dédiés pour PC de bureau a connu un volume élevé, mais aussi celle où NVIDIA a consolidé une position quasi hégémonique, tandis qu’AMD a signé son pire résultat historique dans ce segment. Si la contraction attendue de 10 % en 2026 se réalise, la relance sera encore plus difficile.
Questions fréquentes
Que signifie AIB dans le contexte des cartes graphiques ?
AIB sont les sigles de Add-In Board, c’est-à-dire les cartes graphiques dédiées installées dans les ordinateurs de bureau, à la différence des graphiques intégrés présents dans certains processeurs.
Quelle part de marché NVIDIA détenait-elle en cartes graphiques dédiées à la fin de 2025 ?
Les données du quatrième trimestre 2025 placent NVIDIA à environ 94 % de la part de marché mondiale des AIB pour PC de bureau, largement en tête devant AMD et Intel.
Pourquoi AMD a-t-elle perdu autant de parts sur le marché des GPU dédiés ?
Malgré le lancement de sa gamme Radeon RX 9000 en 2025, cette rénovation n’a pas permis de récupérer des parts de marché. Pendant ce temps, NVIDIA a renforcé son avance avec la gamme GeForce RTX 50, conservant et consolidant son leadership.
L’année 2026 apportera-t-elle une amélioration pour le marché des cartes graphiques ?
Pour le moment, Jon Peddie Research prévoit une baisse d’environ 10 % pour le marché des cartes graphiques dédiées en 2026, dans un contexte de prix élevés, de pression sur les composants et d’une concurrence accrue des portables et des graphiques intégrés.