NEC aurait mis fin, fin mars 2026, au développement de ses propres machines de calcul quantique, selon une enquête publiée par le média japonais Diamond Online. La décision est particulièrement étonnante, car des chercheurs de NEC ont été à l’origine, en 1999, de l’un des travaux qui ont ouvert la voie aux qubits supraconducteurs actuels. La société ne confirme pas officiellement un retrait de la recherche en informatique quantique, assurant qu’elle continuera à étudier les applications pratiques et l’industrialisation de ces technologies.

Les clés du retrait de NEC du hardware quantique en 20 secondes

  • NEC aurait arrêté le développement de ses propres machines quantiques en mars 2026.
  • La société a été pionnière dans les qubits supraconducteurs avec une publication dans Nature en 1999.
  • Une partie des chercheurs impliqués dans ce programme aurait rejoint Fujitsu.
  • NEC poursuivra ses travaux sur les applications, les preuves de concept et d’éventuelles utilisations industrielles.
  • Fujitsu investit toujours dans le hardware supraconducteur et vient de présenter un prototype basé sur des spins en diamant.

Cette différence est significative. Les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que NEC abandonne complètement l’informatique quantique. Ce qu’elle semble délaisser, c’est la partie la plus coûteuse et risquée de cette course : concevoir et construire physiquement des ordinateurs quantiques.

NEC pourra continuer à développer des logiciels, des algorithmes, des cas d’usage ou des projets avec ses clients, en utilisant également du matériel produit par d’autres.

Diamond Online évoque en outre un mouvement particulièrement significatif dans l’industrie japonaise : de nombreux chercheurs liés au projet NEC auraient rejoint Fujitsu, y compris des personnels ayant joué un rôle clé dans ce programme.

La société n’a pas précisé publiquement l’ampleur de ces transferts.

NEC a lancé la carrière des qubits supraconducteurs dès 1999

Ce contexte donne à cette décision une portée plus qu’une simple annulation d’un projet expérimental.

Le 29/04/1999, Yasunobu Nakamura, Yu. A. Pashkin et Jaw-Shen Tsai publiaient dans Nature un article intitulé Coherent control of macroscopic quantum states in a single-Cooper-pair box.

Nakamura et Tsai étaient alors chercheurs dans les laboratoires de recherche fondamentale de NEC.

L’expérience démontrait le contrôle cohérent d’états quantiques macroscopiques dans une petite structure supraconductrice basée sur une boîte de paires de Cooper.

Ce dispositif pouvait se comporter comme un système quantique à deux niveaux et, par conséquent, comme un qubit, l’unité fondamentale d’information en informatique quantique.

Ce travail est devenu une référence précoce en matière de calcul quantique supraconducteur.

Son importance historique est évidente depuis 2026, où des versions bien plus avancées de circuits supraconducteurs constituent aujourd’hui une des principales technologies de construction de processeurs quantiques.

Dans les années suivantes, NEC a poursuivi ses recherches dans cette voie, explorant aussi bien la computation quantique basée sur des portes que le quantum annealing, une approche particulièrement adaptée à certains problèmes d’optimisation.

En 2022, la société a annoncé la création d’une cellule à base de qubits supraconducteurs de type paramétron pour une architecture de quantum annealing. Deux ans plus tard, elle a collaboré avec l’Institut National des Sciences et Technologies Industrielles Avancées du Japon (AIST), l’Université Nationale de Yokohama et l’Université de Tohoku pour démontrer un circuit supraconducteur destiné à contrôler plusieurs qubits.

NEC présentaient encore ces avancées comme des étapes vers des systèmes quantiques de plus grande envergure.

C’est pourquoi la supposée cessation du développement hardware deux ans plus tard représente une modification importante.

Construire un ordinateur quantique commercial reste une entreprise très coûteuse

Diamond Online attribue ce retrait à une problématique de plus en plus évidente autour de l’informatique quantique : le temps nécessaire pour transformer les avancées scientifiques en un secteur rentable.

Fabriquer un processeur quantique n’est qu’une partie du défi.

Les systèmes supraconducteurs doivent fonctionner à des températures extrêmement proches du zéro absolu, ce qui exige des réfrigérateurs à dilution, une électronique spécialisée, des systèmes de contrôle, des calibrations, et une infrastructure conséquente autour du processeur.

Ensuite, la difficulté la plus grande apparaît : les erreurs.

Les qubits sont extrêmement sensibles au bruit et perdent facilement leur état quantique. Construire des ordinateurs capables de réaliser des calculs utiles sur de longues périodes nécessite d’améliorer la fidélité et de développer la correction d’erreurs quantiques.

Cela crée une distinction importante entre qubits physiques et qubits logiques.

Un ordinateur quantique tolérant aux fautes doit utiliser de nombreux qubits physiques pour former un seul qubit logique suffisamment fiable. Ainsi, une machine annoncée avec plusieurs milliers de qubits physiques ne comporte pas nécessairement autant de qubits utilisables pour des algorithmes complexes.

La course exige des investissements massifs sur plusieurs années, sans marché encore comparable à celui de l’informatique classique ou de l’intelligence artificielle.

NEC semble avoir décidé que supporter directement ces coûts n’est plus aligné avec ses priorités.

Mais abandonner la fabrication ne signifie pas forcément renoncer à une opportunité commerciale future.

Si la computation quantique parvient à des applications industrielles significatives, NEC pourrait proposer des services d’intégration, de développement logiciel, de conseil ou de solutions sectorielles utilisant des ordinateurs d’autres fabricants.

Il s’agit d’une stratégie similaire à celle adoptée dans d’autres domaines d’infrastructure : il n’est pas nécessaire de fabriquer le processeur pour offrir des services autour de celui-ci.

Fujitsu progresse tandis que reçoit des talents en provenance de NEC

Ce transfert potentiel de chercheurs est d’autant plus intéressant que Fujitsu prend le chemin inverse.

En avril 2025, Fujitsu et RIKEN ont présenté un ordinateur quantique supraconducteur à 256 qubits, quadruplant ainsi les 64 qubits du système qu’elles avaient dévoilé auparavant.

La société a également lancé un programme de développement de systèmes supraconducteurs de plus grande échelle et, en août 2025, annoncé le développement officiel d’un ordinateur dépassant les 10 000 qubits physiques, avec une ambition de finaliser ce projet d’ici l’année fiscale 2030.

Fujitsu souhaite combiner cette hardware à des technologies de correction d’erreurs et sa plateforme hybride de calcul quantique.

Mais la firme nippone ne mise pas uniquement sur les supraconducteurs.

Le 08/09/2026, Fujitsu a annoncé un prototype d’ordinateur quantique basé sur des spins en diamant, développé en collaboration avec l’Université Technologique de Delft et QuTech.

Ce système utilise des centres d’atomes de zinc (SnV) intégrés à des circuits photoniques.

Une particularité de cette approche est la possibilité de connecter optiquement différents modules quantiques, ce qui pourrait favoriser des architectures modulaires de plus grande échelle.

Fujitsu affirme que le prototype peut fonctionner à -271,6 °C, comparé à environ -273,13 °C pour les systèmes supraconducteurs classiques.

La société prévoit de développer un prototype multifonctionnel de cette technologie en 2027, tout en étudiant son intégration avec son architecture supraconductrice.

Sa nouvelle feuille de route vise à atteindre 250 qubits logiques en 2030 et 1 000 qubits logiques en 2035.

L’arrivée de chercheurs en provenance de NEC, si elle est confirmée selon Diamond Online, apporterait une précieuse expertise à une organisation qui développe simultanément plusieurs axes de hardware quantique.

Le Japon concentre ses ambitions quantiques sur moins d’acteurs

La décision de NEC s’inscrit aussi dans le contexte d’une réorganisation en cours dans l’industrie technologique japonaise.

Pendant des décennies, de grands conglomérats comme NEC, Fujitsu, Hitachi et Toshiba ont maintenu d’immenses départements de recherche interne, fabriquant une large gamme de technologies.

NEC connaît bien ce qu’il en coûte de quitter des marchés très capitalistiques.

En 1990, NEC était le leader mondial des ventes de semi-conducteurs. Dans les années suivantes, elle a perdu du terrain face à Intel dans le marché des microprocesseurs pour PC, et la transformation du marché de la mémoire par l’industrie asiatique.

L’entreprise a progressivement séparé ses activités de semi-conducteurs.

En 1999, elle a fusionné sa division de DRAM avec Hitachi pour créer NEC-Hitachi Memory, devenue par la suite Elpida Memory. En 2002, elle a cédé une grande partie de ses autres activités de chips à NEC Electronics.

Ce dernier a ensuite fusionné avec Renesas Technology pour former Renesas Electronics.

La comparaison avec l’informatique quantique doit être maniée avec prudence, car il s’agit de marchés et de moments technologiques très différents.

Mais, sur un point commun : le développement de hardware de pointe exige des investissements croissants et de longs délais de retour.

Aujourd’hui, NEC concentre une grande partie de ses activités sur les services de technologies de l’information, les systèmes d’entreprise, les télécommunications, l’intelligence artificielle, la sécurité, l’aérospatial et la défense.

Maintenir un programme propre de processeurs quantiques pendant une décennie supplémentaire reviendrait à concurrencer ces secteurs pour des ressources, ce qui pourrait ne plus être compatible avec ses priorités.

NEC ne disparaît pas de la scène de l’informatique quantique

La réponse de NEC oblige à nuancer le titre de « retrait ».

Face aux questions de Diamond Online, la société a évité de confirmer directement qu’elle avait abandonné le développement d’ordinateurs quantiques.

NEC a indiqué qu’elle continuait à évaluer les applications pratiques et l’industrialisation des technologies quantiques, ainsi qu’à réaliser des prototypes avec ses clients.

Cela laisse une participation importante envisageable dans le secteur.

L’informatique quantique ne se limite pas à la fabrication de qubits : algorithmes, compilateurs, optimisation, intégration avec des superordinateurs, cryptographie, simulation, logiciels d’entreprise ou plateformes hybrides sont autant de domaines où une entreprise technologique peut contribuer sans posséder son propre processeur.

Il reste également possible de recourir à la capacité quantique via des services externalisés.

Le changement réside donc, principalement, dans la manière dont NEC positionne le risque.

Pendant plus de vingt ans, elle a cherché à participer directement à la fabrication des machines.

Aujourd’hui, elle semble privilégier l’attente pendant que d’autres fabricants résolvent certains défis physiques, tout en restant ouverte à utiliser la technologie dès que des applications commerciales seront prêtes.

Ce mouvement rappelle que la course quantique ne progressera pas forcément comme celle de l’intelligence artificielle générative.

Les modèles d’IA ont rapidement trouvé des produits capables de générer des revenus, tandis que l’infrastructure continue de croître. En informatique quantique, il reste encore beaucoup à démontrer : la rentabilité économique d’ordinateurs tolérants aux fautes, capables de justifier l’envergure de leur complexité, n’est pas encore acquise.

NEC a participé à l’amorçage de cette course en 1999.

Vingt-sept ans plus tard, il semble avoir décidé qu’elle peut continuer sans fabriquer ses propres machines.

Questions fréquentes

NEC a-t-elle complètement abandonné l’informatique quantique ?

Non. Les informations publiées indiquent un retrait du développement hardware quantique propre à NEC. La société affirme continuer à évaluer les applications pratiques, l’industrialisation et des projets de proof of concept liés aux technologies quantiques.

Quels résultats NEC a-t-elle obtenus en calcul quantique en 1999 ?

Des chercheurs de NEC ont démontré le contrôle cohérent d’états quantiques dans une boîte supraconductrice de paires de Cooper. Le travail, publié dans Nature, a constitué l’un des premiers jalons du développement des qubits supraconducteurs.

Les chercheurs de NEC ont-ils rejoint Fujitsu ?

Diamond Online indique que plusieurs chercheurs liés au développement quantique de NEC ont rejoint Fujitsu. La liste complète des personnels concernés n’a pas été publiée.

Que développe Fujitsu en informatique quantique ?

Fujitsu poursuit des projets de hardware supraconducteur et a récemment présenté un prototype basé sur des spins en diamant. Sa feuille de route prévoit des systèmes supraconducteurs de plus de 10 000 qubits physiques ainsi que des objectifs en qubits logiques.

Source : diamond.jp