Nebius (NASDAQ : NBIS), entreprise européenne spécialisée dans l’infrastructure et le cloud axé sur l’Intelligence Artificielle, a annoncé la signature d’un accord pour l’acquisition de Tavily, un fournisseur de « recherche agentique » (recherche orientée agents) dans le but d’intégrer des capacités d’accès à la web en temps réel au sein de sa plateforme. Communiquée le 10 février 2026, cette opération devrait se conclure dans les prochaines semaines, sous réserve des conditions habituelles de clôture. La société n’a toutefois pas dévoilé le montant de la transaction.
La vision de Nebius est claire : alors que les entreprises passent de pilotes à des déploiements massifs d’agents autonomes, il ne suffit plus d’une inférence rapide et économique. Il est également nécessaire d’intégrer une couche robuste de recherche/grounding permettant aux agents de consulter le Web, de confronter l’information et de réduire les erreurs, sans obliger les développeurs à assembler de multiples fournisseurs et API dans une seule stack.
Ce que Nebius achète (et pourquoi c’est stratégique désormais)
Tavily se présente comme un fournisseur d’infrastructures de recherche pour agents, c’est-à-dire un composant qui permet aux systèmes autonomes de effectuer des requêtes sur Internet, de récupérer des résultats pertinents, et d’alimenter le raisonnement de l’agent avec ces données. Dans le communiqué, Nebius positionne Tavily comme une pièce complémentaire à sa “Token Factory” : si cette dernière fournit une inférence performante, la recherche offre l’accès à une information actualisée, essentielle pour que de nombreux agents soient efficaces dans des tâches concrètes du monde réel.
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance observée dans les architectures d’entreprise : les agents qui orchestrent des flux de travail (recherche, support, opérations, conformité, logistique) ont tendance à moins échouer lorsqu’ils combinent capacités de raisonnement et recuperation d’informations ainsi que des mécanismes de vérification. En résumé, il ne s’agit pas seulement d’un « modèle supplémentaire », mais d’un « meilleur accès aux données et à l’extérieur ».
Une acquisition qui converge vers une plateforme, pas seulement du IaaS
Nebius insiste sur le fait qu’elle ne souhaite pas se limiter à être un simple fournisseur IaaS. L’objectif annoncé est de bâtir une plateforme intégrée permettant aux startups verticales et aux grandes entreprises de entraîner, ajuster et déployer des systèmes agentic avec une moindre friction opérationnelle. Dans cette vision, la recherche en temps réel est une composante difficile à mettre en place efficacement : elle impacte la latence, la gestion des coûts, la sécurité, la conformité (quels contenus consulter, comment filtrer, auditer) et la qualité des résultats.
Le communiqué confirme également que l’équipe de Tavily, dirigée par son fondateur et CEO Rotem Weiss, rejoint Nebius, et que la marque Tavily continuera à fonctionner comme un produit distinct.
Quelle est la valorisation de cette opération ?
Nebius n’a pas révélé le montant de l’acquisition.
Cependant, plusieurs sources évoquent des estimations : Bloomberg mentionne environ 275 millions de dollars, en citant des proches de la transaction. D’autres articles, notamment en Israël et via des agences, avancent des chiffres dans cette fourchette, avec des variations potentielles liées aux objectifs spécifiques.
Les métriques qui prouvent l’adoption pour Nebius
Dans son annonce, Nebius souligne que Tavily aurait atteint plus de 3 millions de téléchargements mensuels de son SDK ainsi qu’une communauté de plus d’un million de développeurs. La société cite également des clients tels qu’IBM, ainsi que des acteurs de l’écosystème IA comme Cohere et Groq. Ces chiffres témoignent d’une dynamique de traction dans un marché où beaucoup de pièces de stack naissent en tant que librairies ou APIs, gagnant en adoption avant de devenir des produits à visée enterprise.
Pourquoi la recherche agentique devient stratégique
La promesse des agents est d’exécuter des tâches complexes avec une certaine autonomie : naviguer dans l’information, confronter des sources, prendre des décisions conditionnées, déclencher des actions (création de tickets, commandes, modifications, rapports). Le problème surgit lorsque l’agent nécessite des données actuelles ou vérifiables, et ne peut se fier uniquement à la connaissance statique du modèle. C’est là que les couches de recherche, de récupération et de grounding jouent un rôle crucial : elles ne sont pas un luxe, mais une partie intégrante de la fiabilité du système.
Nebius appuie également son propos avec des projections de marché (une croissance estimée de ~7 milliards de dollars en 2025 à 140-200 milliards de dollars à l’horizon début 2030, selon diverses études citées). Ces chiffres doivent être pris avec précaution — les prévisions pour les marchés émergents sont souvent optimistes — mais ils illustrent la course à la possession d’un stack complet d’agents.
Ce que cela signifie pour les clients : moins de « colles » et plus de contrôle
Si l’intégration par Nebius est réussie, l’offre pour l’entreprise cliente devient claire :
- Moins d’intervenants pour construire des agents (inférence + recherche + opérations sous une même bannière).
- Meilleur contrôle sur latence et coûts (éviter d’enchaîner des services externes avec une facturation dispersée).
- Amélioration potentielle de l’audit et de la gouvernance : savoir ce qui est interrogé, quand, selon quelles règles, et comment les preuves sont stockées.
Cependant, le vrai défi réside dans la mise en œuvre : intégration technique, gouvernance, sécurité, observabilité, et une expérience de développement qui ne complique pas davantage ce qui doit rester simple.