Pendant de nombreuses années, MPLS a été une des technologies courantes pour connecter sièges, bureaux et centres de données, avec des conditions de service contrôlées par l’opérateur. L’expansion du cloud, les applications SaaS et les connexions Internet à haute capacité ont modifié ce paysage. Le SD-WAN permet désormais de gérer plusieurs transports simultanément et de décider quel chemin chaque application doit emprunter, mais cela ne signifie pas nécessairement que MPLS soit devenu obsolète.

Les clés de MPLS et SD-WAN en 30 secondes

  • MPLS offre une connectivité gérée par un opérateur, tandis que SD-WAN contrôle l’utilisation de différents liens WAN.
  • Une SD-WAN peut combiner Internet, MPLS, fibre dédiée et connexions 4G/5G.
  • MPLS conserve ses avantages lorsque des performances garanties et des SLA précis sont requis.
  • SD-WAN permet de sélectionner des itinéraires selon les applications et l’état des liens.
  • La croissance du SaaS et du cloud favorise les accès directs à Internet.
  • De nombreuses entreprises peuvent évoluer vers des modèles hybrides où MPLS devient un transport parmi d’autres au sein du SD-WAN.

Ce changement est significatif car, pendant longtemps, la topologie des réseaux d’entreprise était relativement prévisible. Les succursales se connectaient à un ou plusieurs centres de données privés et une grande partie des applications d’entreprise y résidait.

Aujourd’hui, le trafic est beaucoup plus réparti.

Une entreprise peut héberger ses applications dans un centre de données, proposer une messagerie et une collaboration en tant que service, utiliser différentes clouds pour son infrastructure, et voir ses employés se connecter depuis des lieux qui ne font même pas partie du WAN traditionnel.

Le réseau doit décider comment atteindre tous ces destinations sans transformer chaque connexion en un projet indépendant.

MPLS et SD-WAN ne sont pas tout à fait des technologies rivales

Bien qu’elles soient souvent confrontées, une comparaison directe entre MPLS et SD-WAN peut conduire à des conclusions erronées.

Le MPLS (Multiprotocol Label Switching) est une technologie largement utilisée par les opérateurs pour fournir des services WAN privés et gérés. Le client contracte une connectivité entre sites avec certaines caractéristiques de service.

Le SD-WAN (Software-Defined Wide Area Network) intervient à un autre niveau. Sa fonction consiste à gérer la connectivité disponible et à appliquer des politiques pour décider comment le trafic doit circuler.

C’est pourquoi une SD-WAN peut utiliser MPLS.

Elle peut également utiliser deux connexions Internet, de la fibre dédiée, le 4G/5G ou différentes combinaisons selon les possibilités de chaque site.

Aspect MPLS SD-WAN
Fonction principale Transport WAN géré Gestion intelligente de plusieurs transports
Infrastructure Réseau de l’opérateur Internet, MPLS, 4G/5G et autres accès
Performance Caractéristiques contractuelles et prévisibles Dépend des liens utilisés
SLA Associé au service contracté Dépend de la conception et des transports utilisés
Routage par application Limitée comparée à SD-WAN Une de ses principales capacités
Gestion Très liée à l’opérateur Habituellement centralisée
Redondance Selon circuits et service Peut combiner plusieurs liens et opérateurs
Cloud et SaaS Dépend de la conception du réseau Facilite les accès directs et politiques spécifiques
Scalabilité des sites Requiert une provision du service Peut exploiter différents accès disponibles
Chiffrement MPLS n’implique pas de chiffrement de bout en bout Utilise habituellement des tunnels chiffrés, selon la solution

Cette différence explique pourquoi affirmer que SD-WAN remplace MPLS est partiellement correct.

Ce que SD-WAN peut effectivement remplacer, c’est la dépendance à MPLS en tant que seul moyen de transport du WAN.

Le cloud a bouleversé le modèle de tout centraliser dans un centre de données

Une des raisons du développement de SD-WAN réside hors du réseau lui-même : les applications ont changé d’emplacement.

Dans une architecture traditionnelle, une succursale pouvait envoyer quasiment tout son trafic vers le centre de données d’entreprise. De là, elle accédait à l’ERP, aux serveurs de fichiers, au courrier et à d’autres applications.

Ce modèle avait du sens lorsque presque tout était hébergé sur place.

Avec le SaaS, la situation est différente.

Si un utilisateur doit accéder à une application hébergée directement sur Internet, faire transiter d’abord la connexion vers le centre de données peut allonger le parcours sans nécessairement ajouter de valeur.

SD-WAN permet d’établir des politiques différentes.

Le trafic destiné à une application SaaS peut sortir directement par Internet. Une application hébergée dans un centre privé peut utiliser MPLS. Une visioconférence peut choisir l’accès avec les meilleures conditions à un moment donné.

Cela évite que le réseau ne prenne des décisions uniquement en se basant sur des adresses IP et des routes statiques, en intégrant aussi des informations sur les applications et la qualité des liens.

Ceci est particulièrement utile lorsque plusieurs accès sont disponibles.

Une succursale peut disposer de deux connexions Internet de fournisseurs différents et d’une connexion mobile de secours. SD-WAN peut contrôler leur utilisation et basculer le trafic en cas de dégradation, toujours dans les limites de la plateforme utilisée.

Mais il existe une limite importante : SD-WAN ne peut pas améliorer les caractéristiques physiques d’une connexion.

Si toutes les voies disponibles connaissent une panne simultanée, aucune décision logicielle ne pourra régler le problème. La qualité des accès et la diversité véritable des opérateurs et des routes restent essentielles.

La latence, le jitter et la perte de paquets restent cruciaux

L’expansion de l’Internet professionnel a réduit certaines différences historiquement favorables aux réseaux privés, mais certaines applications restent sensibles aux conditions du réseau.

La voix sur IP en constitue un bon exemple.

Une connexion peut disposer d’un débit suffisant et, néanmoins, offrir une expérience médiocre si elle présente trop de jitter, de latence ou de perte de paquets.

Il en va de même pour certaines applications transactionnelles, bureaux distants ou systèmes industriels.

MPLS permet de souscrire à des services avec des paramètres et des niveaux de service définis par l’opérateur. Cette prévisibilité reste précieuse pour les organisations ayant besoin de conditions spécifiques entre certains sites.

SD-WAN propose une autre stratégie : disposer de plusieurs chemins et choisir celui le plus adapté.

Au lieu d’exiger que tous les paquets utilisent toujours la même connexion, il est possible d’appliquer des politiques selon l’application et l’état des liens.

Cela permet à l’Internet d’entreprise d’absorber une part beaucoup plus grande du trafic sans obliger à éliminer forcément MPLS.

L’architecture hybride prend tout son sens

Un réseau d’entreprise moderne peut combiner ces deux approches.

Une organisation peut conserver MPLS pour ses sites principaux et ses centres de données, tout en utilisant Internet pour SaaS et navigation. Les petites succursales peuvent employer deux connexions Internet et le 5G comme solution de secours.

SD-WAN offrirait une couche commune pour gérer ces combinaisons.

Voici une illustration de cette architecture :

Type de trafic Transport possible
Applications critiques dans le centre de données privé MPLS ou lien privé
Microsoft 365 et autres SaaS Internet direct
Navigateur web Internet
Voix d’entreprise Meilleur lien selon les politiques et la qualité
Accès au cloud public Internet ou connectivité privée en fonction des besoins
Secours pour une succursale Deuxième opérateur ou 4G/5G

Il n’existe pas d’approche universelle. Chaque organisation doit décider en fonction de ses applications, risques et besoins.

Cette capacité à dissocier la politique réseau du transport physique est une des principales avancées introduites par SD-WAN.

L’entreprise peut faire évoluer ses connexions progressivement sans avoir à repenser toute l’architecture logique à chaque fois.

Le MPLS privé ne signifie pas forcément trafic chiffré

Une confusion fréquente concerne aussi la sécurité.

Un réseau MPLS permet d’assurer une connectivité privée et une séparation logique entre clients via l’infrastructure de l’opérateur, mais MPLS n’assure pas par lui-même le chiffrement de bout en bout.

Si la confidentialité du trafic exige un chiffrement, celui-ci doit être intégré explicitement dans l’architecture.

Les solutions SD-WAN établissent souvent des tunnels chiffrés entre leurs points, avec des caractéristiques qui dépendent du fabricant, du produit et de la configuration.

La sécurité ne s’arrête pas là.

Les réseaux d’entreprise actuels combinent SD-WAN avec des pare-feu, la segmentation, des systèmes d’identité, et de plus en plus fréquemment, des architectures SASE (Secure Access Service Edge) et Zero Trust.

Ce changement est essentiel car la localisation physique de l’utilisateur devient de moins en moins déterminante.

Un employé peut accéder à une application SaaS depuis un bureau, son domicile ou tout autre lieu. Forcer tout le trafic vers le centre de données pour appliquer les contrôles de sécurité devient peu efficace.

Le SASE déporte une partie de ces contrôles vers des services répartis, rapprochant sécurité et connectivité.

SD-WAN s’inscrit dans cette évolution, même s’il ne doit pas être confondu avec une plateforme SASE complète.

SD-WAN est-il vraiment moins cher ?

L’une des promesses principales du SD-WAN a été de réduire le coût de connectivité en remplaçant les circuits MPLS par Internet.

Cela peut arriver, mais il ne faut pas en tenir pour acquis.

Comparer uniquement le prix mensuel d’un circuit MPLS avec une connexion fibre donne une image incomplète.

Une architecture SD-WAN peut nécessiter deux opérateurs pour assurer la redondance, des équipements dans chaque site, des licences, une plateforme de gestion, du support et des services de sécurité complémentaires.

Il existe aussi un coût opérationnel.

Plus il y a de connexions, politiques et fournisseurs, plus la complexité peut augmenter si la plateforme n’est pas bien conçue et gérée.

Le calcul doit donc prendre en compte le coût total du WAN, pas uniquement le prix au Mbps.

Pour les entreprises avec beaucoup de sites et une forte proportion de trafic vers Internet et SaaS, le SD-WAN peut offrir des avantages économiques importants. Dans d’autres, maintenir certains circuits MPLS reste raisonnable.

MPLS change de rôle, sans nécessairement disparaître

L’idée selon laquelle MPLS serait appelé à disparaître repose probablement sur une prémisse erronée.

MPLS n’a pas besoin de disparaître pour que le SD-WAN continue de se développer.

Ce qui évolue, c’est sa position dans l’architecture.

Pendant des années, il pouvait agir comme le réseau d’entreprise quasi complet. Aujourd’hui, il peut devenir l’un des plusieurs transports disponibles.

Une entreprise peut réserver MPLS pour les liens où ses caractéristiques sont indispensables, tout en utilisant Internet pour le reste.

Le SD-WAN fournit la couche qui permet de gérer cette combinaison.

Le résultat est un WAN moins dépendant d’une seule technologie, mieux adapté à une infrastructure où les applications sont dispersées entre centres de données privés, SaaS et différentes clouds.

D’où l’évolution du débat technologique, qui passe d’une simple opposition MPLS vs SD-WAN à une question plus pertinente : quelle combinaison de moyens de transport chaque application nécessite-t-elle réellement ?

MPLS pourrait perdre en importance dans ce contexte.

Mais perdre le monopole sur le WAN d’entreprise est très différent de disparaître totalement.

Questions fréquentes

Quelle est la principale différence entre MPLS et SD-WAN ?

MPLS fournit un mécanisme de transport utilisé par les opérateurs pour offrir des réseaux WAN gérés. SD-WAN est une couche de contrôle pouvant gérer différents types de connexions, y compris MPLS, Internet et 4G/5G.

Le SD-WAN peut-il fonctionner avec MPLS ?

Oui. Un réseau SD-WAN peut utiliser MPLS comme un de ses transports, en le combinant avec Internet ou d’autres accès. Ces deux technologies ne sont donc pas nécessairement exclusives.

Le SD-WAN est-il toujours moins cher que MPLS ?

Pas forcément. Internet peut réduire le coût du transport, mais il faut également prendre en compte la redondance, les licences, l’équipement, la sécurité, l’exploitation et le support pour comparer le coût total.

Le MPLS va-t-il disparaître avec la croissance du SD-WAN ?

Il n’est pas certain qu’il disparaisse. Son usage pourrait diminuer dans certains réseaux, notamment pour le trafic SaaS et Internet, tout en restant pertinent pour des connexions nécessitant des prestations et SLA précis.