Loft Orbital et Marlan Space ont annoncé un partenariat d’une valeur de 1 milliard de dollars pour déployer une constellation de 50 satellites capables d’exécuter de l’intelligence artificielle directement en orbite, avec Mistral comme partenaire technologique pour les modèles d’IA. Les premiers dix satellites font déjà partie du plan initial, et le premier devrait être lancé en 2026, dans un projet visant à traiter des images et des données spatiales avant leur envoi sur Terre.

Les clés de l’IA de Mistral dans l’espace en 30 secondes

  • Loft Orbital et Marlan Space envisagent une infrastructure orbitale de 50 satellites évaluée à 1 milliard de dollars.
  • Mistral fournira des modèles pour le raisonnement et le traitement en langage naturel.
  • Les satellites analyseront en orbite des informations provenant de capteurs optiques, radar et autres instruments.
  • Les premières utilisations prévues incluent la détection d’incendies, la surveillance maritime, la gestion des catastrophes et la protection des infrastructures critiques.
  • Orbitworks fabricera les satellites à Abu Dabi, avec un déploiement initial de dix unités.

Ce projet a été présenté à Paris lors du Sommet International de l’Espace, bénéficiant du soutien officiel du président français Emmanuel Macron. L’initiative réunit la technologie française et américaine de Loft Orbital, la capacité industrielle des Émirats arabes unis, et les modèles de la société française Mistral.

Ses promoteurs le décrivent comme la plus grande infrastructure satellite dédiée à l’intelligence artificielle jamais annoncée à ce jour. C’est une affirmation du consortium qui doit se distinguer d’autres projets, encore en développement, visant à déployer d’importantes capacités informatiques en orbite.

L’objectif n’est pas simplement de placer un centre de données conventionnel en satellite. La finalité immédiate est de rapprocher le traitement des capteurs générant les données, évitant ainsi que toute l’information doive d’abord voyager vers des stations terrestres.

Traiter les images avant de les transmettre sur Terre

Le fonctionnement traditionnel de nombreux satellites d’observation suppose la capture d’informations, leur stockage temporaire, puis leur transfert une fois une connexion adéquate avec une station terrestre établie.

Après le téléchargement, le traitement débute.

Cela peut entraîner des délais importants, notamment lorsqu’il s’agit de repérer un incendie, un bateau, un changement sur une installation ou les conséquences d’une catastrophe naturelle.

L’architecture proposée par Loft Orbital vise à modifier ce flux :

Capteurs → traitement en orbite → modèle d’IA → résultat → transmission vers la Terre

Au lieu de télécharger nécessairement une image complète pour une analyse ultérieure, le satellite pourra exécuter des algorithmes directement sur les données et transmettre des informations déjà traitées.

Les responsables du projet assurent que certains résultats pourront être envoyés en quelques secondes, contre plusieurs heures pour les systèmes traditionnels.

Le bénéfice dépendra du cas d’usage. Tous les données ne pourront ni ne devront être éliminées après traitement, et la transmission d’informations à la Terre restera nécessaire pour de nombreuses applications.

Mais pour les scénarios où la rapidité de réponse est cruciale, prioriser les données à transmettre avant toute autre communication peut réduire à la fois la latence et le volume de données envoyées.

Application prévue Capacités de l’IA en orbite
Incendies forestiers Détection d’indices dans les images et priorisation des alertes
Vigilance maritime Identification et suivi des activités des embarcations
Catastrophes naturelles Analyse rapide des zones affectées
Ports Détection de changements ou d’activités importantes
Infrastructures critiques Identification d’événements ou d’anomalies spécifiques
Observation terrestre Classification de l’information en amont de la transmission

La constellation combinera des capteurs de radar, optiques et autres instruments, permettant d’exploiter différents types d’informations.

Mistral fournira les modèles d’IA

Le rôle de Mistral sera de fournir des modèles capables de fonctionner au sein de cette infrastructure.

Selon l’annonce, la société française développera des capacités de raisonnement et d’interaction en langage naturel, en plus d’alimenter des services accessibles aux clients de la constellation.

L’un des concepts que les partenaires souhaitent développer est celui de IA agentique dans l’espace.

Dans ce scénario, un utilisateur pourrait définir un objectif global, et le système coordonnerait différents capteurs, modèles et satellites pour obtenir l’information nécessaire.

Par exemple, une application de surveillance maritime pourrait nécessiter d’identifier des navires précis, d’analyser des images de capteurs variés, puis de décider quelles observations doivent être transmises en priorité.

L’étendue réelle de cette autonomie dépendra des applications effectivement déployées. L’annonce ne précise pas quels modèles spécifiques de Mistral seront utilisés, leur taille, le matériel d’accélération embarqué ni la capacité de calcul de la constellation.

En conséquence, 50 satellites avec IA ne représentent pas nécessairement 50 centres de traitement de données orbites génériques.

Le projet s’apparente davantage, dans un premier temps, à une infrastructure distribuée de calcul en périphérie où chaque satellite constitue un terminal de la réseau.

Une boutique d’applications pour partager les satellites

Un autre aspect innovant sera la création d’une sorte de boutique d’applications IA pour la constellation.

Les clients pourront choisir et exécuter des modèles ou applications sur une infrastructure orbitale partagée.

Ce concept s’apparente au fonctionnement d’une plateforme cloud : différents utilisateurs exploitent une infrastructure commune sans avoir à acquérir ou gérer individuellement un satellite entier.

Loft Orbital possède déjà une expérience significative dans ce modèle de satellites partagés.

L’entreprise affirme avoir lancé plus de 100 charges utiles et 20 missions liées à l’IA en orbite. Parmi ses réalisations figure une démonstration réalisée avec le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA, où un modèle de vision et de langage a été exécuté à bord d’un satellite.

La nouvelle constellation vise à étendre cette approche à une échelle commerciale plus large.

Les clients ciblés incluent des organismes gouvernementaux de France, d’autres pays européens, des Émirats arabes unis, ainsi que des entreprises privées internationales.

La fabrication des satellites à Abu Dabi

La fabrication sera assurée par Orbitworks, une coentreprise créée par Marlan Space et Loft Orbital.

Cette société dispose d’installations de production à Abu Dabi, destinées à fabriquer des satellites en série.

Ce volet industriel revêt une dimension stratégique pour les Émirats arabes unis.

Hamdullah Mohib, directeur général de Marlan Space, a expliqué lors de l’annonce que l’objectif est de développer, dans le pays, non seulement une capacité d’utilisation des services spatiaux, mais aussi dans l’ingénierie, la propriété intellectuelle et la chaîne d’approvisionnement associée à la fabrication.

Les 50 satellites sont conçus pour fonctionner de manière coordonnée en groupes dotés de capacités différentes.

Le programme comprend déjà une première phase de dix satellites, dont le déploiement doit commencer en 2026. Aucune feuille de route complète pour la mise en orbite des 50 unités n’a encore été publiée.

Par conséquent, les 1 milliard de dollars annoncés représentent la valeur du partenariat et du programme prévu, et non un investissement déjà réalisé ou une constellation actuellement opérationnelle.

L’espace, une nouvelle référence pour le calcul

L’initiative de Loft Orbital, Marlan Space et Mistral s’inscrit dans une tendance croissante à envisager l’espace comme un lieu de traitement informatique.

Les satellites génèrent des volumes de données sans cesse croissants, et leur transmettre tous ces renseignements a un coût énergétique et limite de bande passante. Traiter une partie de ces données en orbite peut réduire ces coûts et accélérer les réponses.

Toutefois, une telle architecture comporte aussi d’importants défis.

Les ressources énergétiques sont limitées, le refroidissement en vide est très différent de celui au sol, le matériel est soumis à la radiation, et réparer un serveur défaillant en espace peut s’avérer impossible. La conception électronique spécifique à l’espace doit supporter des conditions que ne rencontre pas un centre de données terrestre.

Les modèles d’IA présentent une autre complexité : leur rapidité d’évolution.

Une GPU dans un centre de données peut être remplacée quand elle devient obsolète, mais la mise à jour physique d’un satellite en orbite est plus difficile. La durée de vie, la mise à niveau et la capacité logicielle prennent une importance cruciale.

Ce projet ne doit pas être confondu avec les propositions beaucoup plus ambitieuses de grands centres de données orbitaux.

SpaceX a formulé des plans réglementaires pour une infrastructure orbitale massive dédiée à l’IA, et Blue Origin a aussi évoqué des systèmes de calcul dans l’espace. La réalisation de ces projets à grande échelle dépendra de facteurs économiques, techniques et réglementaires encore à résoudre.

Loft Orbital et ses partenaires adoptent une approche différente : faire en sorte que l’IA traite, en direct, dans le satellite lui-même, les données qu’il génère.

L’intégration de Mistral ajoute des modèles génératifs et des capacités de raisonnement à cette architecture. Si le déploiement se concrétise comme prévu, la première étape majeure sera la démonstration que l’IA en orbite peut passer du stade expérimental à celui de services partagés en continu, avec les dix satellites initiaux.

Source : Communiqué de presse