Le Microsoft AI Tour Madrid, qui s’est tenu le 26 février 2026 au Kinépolis Ciudad de la Imagen, a servi de thermomètre pour deux préoccupations majeures qui dominent déjà les comités de direction et les équipes d’architecture en Espagne : comment faire évoluer les agents d’Intelligence Artificielle sans perdre le contrôle, et comment le faire dans un cadre réaliste de souveraineté numérique. Microsoft a présenté sur scène Satya Nadella et Charles Lamanna pour promouvoir une narration claire : l’IA cesse d’être une couche expérimentale pour devenir un modèle opérationnel, avec des implications directes sur les données, la sécurité, la résilience et la continuité des activités.
Lors de la session plénière, Nadella a positionné l’adoption de l’IA par les entreprises comme un processus qui avance « à grande vitesse » en ciblant un profil d’organisation avantageuse : les Frontier Firms (entreprises pionnières), celles qui placent l’IA au cœur de leur stratégie et de leurs opérations. Il a cité à cet égard Factorial, Ferrovial, Ilunion, Repsol et Sanitas comme exemples de déploiements ayant un impact sur la productivité, l’expérience client, l’optimisation interne et la création de nouveaux modèles d’affaires.
La nouveauté qui interpelle surtout l’IT : la souveraineté en « mode déconnecté »
Le fait marquant d’ordre technique lors de cette journée concerne Microsoft Sovereign Cloud et sa proposition d’opérer des charges critiques sans connexion à l’infrastructure cloud. Jusqu’à récemment, cela semblait exceptionnel, mais aujourd’hui, ce besoin devient incontournable dans des secteurs réglementés, des environnements sécurisés ou des infrastructures isolées.
Microsoft a mis en avant trois éléments clés :
- Azure Local en mode déconnecté (déjà disponible) : permet de gérer une infrastructure critique en appliquant les politiques Azure, sans nécessiter de connectivité avec le cloud public.
- Microsoft 365 Local en mode déconnecté (déjà disponible) : maintient des services comme Exchange Server, SharePoint Server et Skype for Business Server dans le périmètre souverain du client sur Azure Local.
- Foundry Local avec prise en charge de grands modèles : ouvre la voie à l’exécution de modèles multimodaux sur du matériel propre, dans des environnements souverains et isolés, avec inférence locale et sans connexion externe.
Pour les profils techniques, le changement de paradigme est essentiel : la souveraineté ne se limite plus à « où résident les données » mais implique comment fonctionne toute la stack lorsque la connectivité à Internet n’est pas une option. Microsoft décrit cette capacité comme un « full stack » unifié (infrastructure + productivité + modèles) dans le périmètre du client avec une gouvernance cohérente, afin d’éviter une architecture fragmentée liée à la conformité réglementaire.
Agents : du copilote individuel à l’« équipe hybride » humain-IA
La présentation de Charles Lamanna a renforcé ce deuxième enjeu : les agents comme levier pour repenser et transformer les processus, au-delà de la simple accélération des tâches. Selon le résumé de l’événement, l’objectif est d’inciter les organisations à faciliter la création d’agents à tous les niveaux, avec une idée de fond : si ces agents doivent intervenir dans divers domaines (ventes, opérations, service client, finances), l’entreprise doit disposer d’une base solide en données, sécurité, souveraineté et mesure de l’impact pour y parvenir sans improvisation.
Lors du AI Tour, un accent a été mis sur la transition d’outils vers un modèle d’affaires intégral : déployer Microsoft 365 Copilot de façon transversale et évoluer vers des équipes où les humains et les agents collaborent, avec une gouvernance et une résilience qui garantissent que cette coexistence ne devienne pas une source de risque opérationnel.
EU Data Boundary : la résidence des données comme condition pour faire évoluer l’IA
La souveraineté numérique s’inscrit aussi dans des initiatives européennes comme EU Data Boundary, que Microsoft présente comme un engagement à stocker et traiter les données des clients européens dans un périmètre géographique défini, renforçant ainsi le contrôle et la conformité sur des services en ligne pour les entreprises (y compris Azure, Microsoft 365, Dynamics 365 et Power Platform).
Dans un marché comme celui de l’Espagne, où les secteurs réglementés (banque, énergie, santé, administration) évaluent chaque déploiement à l’aune de leur respect des normes, cette couche de résidence et de traitement des données devient une véritable « clé pour innover » : si la gouvernance des données est insuffisante, les agents resteront en phase pilote.
Cas concrets et écosystème : plus de 30 sessions et partenaires opérationnels
Le format du AI Tour a clairement affirmé une priorité : passer du discours à la réalité. Plus de 30 sessions organisées en quatre filières, avec la participation de sociétés telles que Bankinter, BBVA, Damm, Ferrovial, Iberdrola, Iberostar, Indra, Mapfre, Mutua Madrileña, Naturgy, OHLA, SEGITTUR et W2M, entre autres, ainsi qu’une quarantaine d’experts de Microsoft. Les thèmes récurrents : IA, agents, gestion des données et cybersécurité.
La zone d’exposition (Connection Hub) et le sponsoring ont apporté une autre indication sur la dimension opérationnelle : des partenaires tels qu’Accenture, Avanade, Capgemini, Devoteam, Equinix, EY, IBM, KPMG, NTT DATA, Snowflake, Rubrik, Telefónica Tech et GitHub proposent une approche où l’IA se déploie en intégrant des services, une gestion du données, une gouvernance et une sécurité, loin d’un simple ajout.
Impact mesurable : l’Espagne accélère et les données exercent une pression
Microsoft a appuyé son discours avec des données concrètes. Selon le Work Trend Index, 71 % des leaders des Frontier Firms déclarent que leur entreprise connaît une croissance, contre 39 % pour les autres. Sur le plan national, l’événement a indiqué que 89 % des dirigeants espagnols envisagent d’intégrer des agents IA dans les 12 prochains mois pour booster la productivité et la compétitivité.
Par ailleurs, Microsoft relie la croissance de l’IA à un débat plus large sur la fracture numérique et l’adoption : l’entreprise a rappelé avoir dépassé son engagement d’étendre l’accès à Internet à 250 millions de personnes avant fin 2025, en atteignant plus de 299 millions (dont plus de 124 millions en Afrique). Parallèlement, le défi des compétences a été évoqué : avec une population mondiale de plus de 8,1 milliards, environ 52 % disposent de compétences numériques de base, tandis que seulement 15 % utilisent activement des outils d’IA.
Dans ce contexte, l’Espagne apparaît comme un des pays les plus avancés en matière d’adoption : selon le rapport AI Diffusion 2025 du AI Economy Institute de Microsoft, 42 % de la population active utiliseront des outils d’IA au second semestre 2025, enregistrant une progression de 2,1 points par rapport au semestre précédent.
Pourquoi cet AI Tour est significatif pour une presse spécialisée techno
Le message clé de Madrid va au-delà du marketing : il s’agit d’une question d’architecture. Si la révolution des agents est sérieuse, le débat doit porter sur l’opération, la gouvernance et une souveraineté « opérationnelle ». La tendance vers des modes déconnectés (infrastructure + productivité + modèles) esquisse un scénario où l’IA pourrait être déployée même dans des environnements sans cloud, tandis que la démarche EU Data Boundary et l’accent mis sur la mesure d’impact cherchent à surmonter le défi classique de l’adoption : la conformité et le risque.
En 2026, la question n’est plus « s’il y aura des agents », mais qui sera prêt à les faire fonctionner.
Questions fréquentes
Que signifie Azure Local en mode déconnecté et dans quels cas est-il envisagé ?
Il permet de déployer et de gérer une infrastructure critique avec les politiques d’Azure, sans connexion au cloud public, destiné à des environnements souverains, classifiés ou isolés avec des exigences strictes de continuité opérationnelle.
Que peut apporter Microsoft 365 Local déconnecté dans une organisation avec un périmètre souverain ?
Il assure la continuité des services de productivité tels qu’Exchange Server, SharePoint Server et Skype for Business Server, à l’intérieur du périmètre contrôlé du client, avec une opération locale même en cas de déconnexion.
Comment Foundry Local s’intègre-t-il dans des projets d’IA souveraine utilisant de grands modèles et multimodaux ?
Il est conçu pour faire fonctionner de grands modèles sur du matériel en propre, dans des périmètres souverains et isolés, permettant une inférence locale sans dépendance à une connexion externe.
Quel lien existe-t-il entre EU Data Boundary et la conformité réglementaire ainsi que l’adoption d’agents en Europe ?
L’engagement à héberger et traiter les données dans le périmètre européen vise à réduire les freins liés à la conformité, permettant aux organisations réglementées d’étendre leurs agents et flux d’IA avec un meilleur contrôle des données.