Microsoft a mis en service deux nouveaux salles de données (“data halls”) dans l’État de São Paulo (Brésil), marquant une étape supplémentaire dans sa stratégie d’investissement visant à augmenter la capacité de cloud et d’intelligence artificielle dans le pays. L’annonce a été faite lors du Microsoft AI Tour organisé au Brésil, où la présidente de Microsoft Brésil, Priscyla Laham, a confirmé que les deux premières salles sont déjà opérationnelles et que la construction d’unités supplémentaires progresse “selon le calendrier prévu”. La société n’a toutefois pas précisé la localisation exacte ni la taille et la puissance de ces installations, ni s’il s’agit de nouveaux bâtiments ou d’extensions à des campus existants.
Dans le jargon du secteur, un data hall désigne généralement une salle ou un module opérationnel au sein d’un centre de données (la zone “utile” où sont hébergés racks, alimentation électrique et systèmes de refroidissement). La mention de “deux data halls en opération” par Microsoft est significative car elle indique un augmentation progressive de la capacité : plus d’espace IT prêt à supporter des charges de travail en production, particulièrement à un moment où la demande en infrastructure pour l’IA — entraînement, inférence et services de données — pousse les grands fournisseurs à accélérer leurs plans d’expansion.
Un investissement à long terme jusqu’en 2027
Le déploiement de ces modules s’inscrit dans l’engagement annoncé par l’entreprise d’investir 14,7 milliards de réais (environ 2,7 milliards de dollars) dans l’infrastructure cloud et IA au Brésil d’ici à la fin de 2027. Ce montant positionne le pays comme une pièce stratégique sur la carte régionale de Microsoft, en partie grâce à la taille du marché, mais aussi en réponse à la pression des entreprises et des gouvernements pour disposer de capacités locales, réduire la latence et assurer la continuité des activités.
Lors de son intervention, Laham a insisté sur le potentiel compétitif du Brésil si l’adoption de l’IA s’accélère : Microsoft voit en l’intelligence artificielle un levier pour améliorer la productivité et l’innovation, avec le pays aspirant à jouer un rôle plus visible dans l’économie numérique mondiale. Ce discours correspond à la vision dominante des grands hyperscalers : l’infrastructure ne se résume pas à “plus de cloud”, mais constitue une condition indispensable pour faire de l’IA une ressource concrète dans l’industrie, la finance, la vente au détail ou le secteur public.
Redata et le nouveau cadre réglementaire : incitations pour attirer des centres de données
Cette annonce intervient aussi à un moment de mouvance politique et fiscale au Brésil. Lors du AI Tour, Laham a été interrogée sur la Loi 278, concernant la création d’un régime fiscal spécial pour les services de centres de données, connu sous le nom de Redata. Selon sa réponse, la mise en œuvre de cette mesure n’affecterait pas les engagements déjà pris par Microsoft envers le pays.
L’objectif de Redata est de favoriser les investissements dans les centres de données et leur chaîne industrielle, avec des exonérations fiscales sur l’achat d’équipements, notamment sur des taxes fédérales telles que PIS/Pasep, Cofins et IPI, ciblant l’infrastructure technologique employée pour ces déploiements. Par ailleurs, cette démarche reflète une réalité concrète : le Brésil veut capturer une part de la valeur générée par l’économie de l’IA et du cloud, en disposant de capacités de calcul et de stockage en propre, tout en créant un environnement attrayant pour accélérer ses projets.
Deux régions Azure déjà en place et une approche plus modulaire
Microsoft dispose déjà de deux régions Azure dans le pays : Brazil South, dans l’État de São Paulo (lancée en 2014) et Brazil Southeast, à Rio de Janeiro. Dans le cas de Brazil South, la région a été étendue en 2021 pour comporter trois zones de disponibilité, un point clé car ces zones permettent de concevoir des architectures tolérantes aux pannes au sein d’une même région (redondance zonale). Par ailleurs, des travaux dans des installations additionnelles à Hortolândia et Sumaré, dans l’État de São Paulo, ont été rapportés ces dernières années, dans le cadre du développement du campus régional.
Quant à la région de Rio, elle affiche actuellement un accès restreint pour certains scénarios — par exemple, la reprise après sinistre dans une zone géographique délimitée — ce qui indique une stratégie plus sélective en matière de capacités ou de disponibilité commerciale en fonction du type de client et du cas d’usage.
Ce modèle de “data halls” s’inscrit dans une logique industrielle : croître par modules et déployer la capacité progressivement, processus courant dans un contexte où les délais de travaux civils, permis, alimentation électrique, refroidissement et équipements (serveurs, réseaux, stockage) ne s’alignent pas toujours dès le départ.
Ce que cela signifie pour le marché : IA, latence et souveraineté opérationnelle
Bien que Microsoft n’ait pas communiqué la puissance installée de ces nouveaux modules, cette démarche renforce une tendance : le Brésil devient l’un des pôles d’infrastructure numérique en Amérique latine, avec des projets destinés tant aux entreprises locales qu’aux multinationales recherchant résidence de données, faible latence et options solides de continuité. Pour les clients, disposer de capacités locales accrues peut se traduire par une meilleure performance opérationnelle (moins de saturation régionale, nouvelles possibilités de déploiement, extension des services) et, dans certains secteurs, par un argument supplémentaire pour respecter des politiques internes en matière de risques et de conformité.
Il y a aussi une composante concurrentielle : lorsqu’un hyperscaler augmente sa capacité, il pousse l’écosystème — opérateurs de centres de données, intégrateurs, fournisseurs d’énergie, télécommunications et talents — à accélérer leur propre feuille de route. Et avec des incitations comme Redata, le débat dépasse le seul domaine technologique pour devenir une véritable politique industrielle.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un “data hall” dans un centre de données ?
Il s’agit généralement d’une salle ou d’un module opérationnel où sont installés racks et systèmes d’alimentation et de refroidissement. Déployer “deux data halls” implique souvent plus de capacité IT prête pour la production, mais ne signifie pas nécessairement un centre de données entièrement nouveau.
Combien Microsoft prévoit-elle d’investir au Brésil et jusqu’à quand ?
L’investissement annoncé s’élève à 14,7 milliards de réais (environ 2,7 milliards de dollars) dans l’infrastructure cloud et IA d’ici à la fin de 2027.
Qu’est-ce que Redata et pourquoi est-ce essentiel pour les centres de données au Brésil ?
Redata est un cadre de crédits fiscaux visant à attirer des centres de données et leur chaîne logistique, avec des exonérations de taxes sur l’achat d’équipements, incluant des taxes fédérales comme PIS/Pasep, Cofins et IPI, afin d’accélérer l’implantation et l’expansion de nouvelles infrastructures.
Quelles régions Azure existent au Brésil et que cela signifie-t-il pour les entreprises ?
Microsoft exploite Brazil South (São Paulo, depuis 2014) et Brazil Southeast (Río de Janeiro). Pour les entreprises, disposer de régions locales facilite une moindre latence, la résidence des données et la conception de dispositifs à haute disponibilité ou de reprise après sinistre, selon leurs besoins.