La prochaine génération de cartes graphiques ne se décide pas uniquement par la puissance de calcul du GPU. De plus en plus, le réel goulet d’étranglement se situe ailleurs : la mémoire. Ce n’est pas un débat nouveau, mais il devient plus visible : lorsque la VRAM ou la bande passante font défaut, des ralentissements, des échanges avec la RAM système et des pertes de performance apparaissent dans les scénarios exigeants. Et à mesure que les jeux intègrent des textures plus lourdes, des effets avancés et des résolutions plus élevées, la marge d’erreur se réduit.
Dans ce contexte, Micron a annoncé une avancée qui impacte directement la configuration mémoire des futures GPU : sa GDDR7 passe à 24 Gbit par puce (3 Go) et atteint 36 Gb/s par broche. Ce saut double — densité et vitesse — permette, sur le papier, de concevoir des cartes avec plus de VRAM sans élargir le bus et, simultanément, d’augmenter la bande passante à des niveaux qui frônent déjà des territoires historiquement réservés à des solutions plus spécialisées.
Micron présente cela comme une réponse à « un nouveau goulet d’étranglement » où la performance du GPU ne suffit pas si la mémoire ne suit pas, et positionne la GDDR7 comme technologie de base pour la « nouvelle génération de gaming » et pour les PC orientés vers des charges d’Intelligence Artificielle (IA).
Précisions : 24 Gbit par puce et 36 Gb/s par broche
Le point clé de la nouvelle GDDR7 de Micron réside dans le fait que chaque puce atteint désormais 24 Gbit, équivalant à 3 Go. Jusqu’à présent, le standard le plus courant en GDDR7 et GDDR6 tournait autour de densités de 16 Gbit (2 Go) par puce, ce qui obligeait à choisir entre davantage de puces (coût et complexité accrus) ou une VRAM globale plus limitée.
Avec des puces de 3 Go, les configurations « classiques » évoluent immédiatement :
- Bus de 256 bits (8 puces) : de 16 Go (avec des puces de 2 Go) à 24 Go (avec des puces de 3 Go).
- Bus de 384 bits (12 puces) : de 24 Go à 36 Go.
- Bus de 512 bits (16 puces) : 48 Go sans avoir besoin de doubler le nombre de puces par face.
De plus, si l’on emploie une conception clamshell (paires de mémoires doublées pour le même bus), cela ouvrirait la voie à 96 Go (32 puces sur 512 bits), bien que cela implique une complexité électrique, thermique et d’intégration sur le PCB plus grande. Cela ne devrait pas être visible dans les cartes grand public à court terme, mais cela montre que la limite n’est plus la densité du puce, mais la conception électrique et du système.
Autre avancée : un débit atteignant plus de 2,3 To/s en théorie
La vitesse annoncée — 36 Gb/s par broche — est tout aussi significative. En GDDR, la bande passante totale se calcule simplement ainsi : vitesse par broche × largeur du bus / 8. Sur cette base, le saut se visualise facilement :
- 256 bits à 36 Gb/s : 36 × 256 / 8 = 1 152 GB/s
- 384 bits à 36 Gb/s : 36 × 384 / 8 = 1 728 GB/s
- 512 bits à 36 Gb/s : 36 × 512 / 8 = 2 304 GB/s (plus de 2,3 TB/s en théorie)
Pour mettre cela en perspective, la documentation précédente de Micron sur la GDDR7 évoquait des configurations à 32 Gb/s avec plus de 1,5 To/s de bande passante système (pour une configuration à 384 bits et 12 puces), en comparaison avec la GDDR6 à 20 Gb/s. Avec 36 Gb/s, le plafond théorique monte d’un cran, réduisant la probabilité que la bande passante soit le premier frein dans les charges graphiques extrêmes.
Tableau synthétique (théorique) avec la GDDR7 à 36 Gb/s
| Bus | Nombre de puces (typique) | VRAM avec 24 Gbit (3 Go) | Bande passante théorique |
|---|---|---|---|
| 256 bits | 8 | 24 Go | 1 152 GB/s |
| 384 bits | 12 | 36 Go | 1 728 GB/s |
| 512 bits | 16 | 48 Go | 2 304 GB/s |
Comparatif : Micron atteint 36 Gb/s, Samsung visait déjà plus de 40 Gb/s
Dans la course pour la GDDR7 denses, Micron n’est pas seule. Samsung a annoncé en octobre 2024 le développement de sa GDDR7 de 24 Gb, avec des vitesses allant jusqu’à 40 Gb/s et un potentiel jusqu’à 42,5 Gb/s selon l’environnement d’utilisation, en plus d’améliorations en efficacité énergétique. Par ailleurs, SK hynix a communiqué sur ses projets de modules de 24 Gb (3 Go), dans le cadre de son évolution technologique.
Le message industriel est clair : la densité de 24 Gb s’impose comme le « prochain pas » pour les GPU, non seulement pour la capacité, mais aussi en raison de la pression d’approvisionnement et de la volonté des fabricants d’augmenter la VRAM sans devoir conception de bus et PCB entièrement repensés.
Tableau comparatif (selon annonces publiques)
| Constructeur | Densité annoncée | Vitesse phare | Message clé |
|---|---|---|---|
| Micron | 24 Gb (3 Go) | 36 Gb/s | Plus de capacité + vitesse « de la prochaine vague » |
| Samsung | 24 Gb | 40 Gb/s (jusqu’à 42,5 Gb/s) | Leadership en vitesse et efficacité |
| SK hynix | 24 Gb (en plan) | (varie selon la feuille de route) | Entrée sur le segment 3 Go pour élargir l’offre |
Pourquoi cela compte-t-il pour le jeu… et aussi pour l’IA locale ?
En gaming, le bénéfice évident d’une VRAM plus grande est d’éviter les scénarios où le système « manque d’espace » et commence à échanger des données avec la mémoire principale. Cela se traduit souvent par des micro-ralentissements et une perte de fluidité, en particulier dans les titres avec une charge lourde d’actifs. L’industrie a aussi constaté que, dans une même gamme, les modèles avec moins de VRAM vieillissent moins bien lorsque les exigences des jeux augmentent.
Mais cette annonce s’inscrit aussi dans une autre tendance : l’utilisation des GPU pour l’inférence locale et les charges créatives en Intelligence Artificielle. Micron, en fait, relie sa GDDR7 à des expériences « immersives et intelligentes » et à des PC orientés IA, ce qui signifie que la VRAM n’est plus seulement consommée par les textures et buffers graphiques : aussi par des modèles, contextes et pipelines qui évoluent rapidement.