L’Inde aspire à dépasser son rôle de simple grande puissance dans la fabrication électronique et la conception de puces afin de devenir également l’un des centres mondiaux majeurs de production de semi-conducteurs. Pour cela, le gouvernement prépare Semicon 2.0, une nouvelle étape de sa stratégie nationale qui élargira les investissements à presque toute la chaîne de valeur : fabrication, conception, matériaux, machines, encapsulage avancé, recherche et formation d’ingénieurs.
Cette initiative repose sur une réalité essentielle : l’Inde dispose déjà d’une industrie électronique considérable, mais reste encore loin de pays comme Taïwan, la Corée du Sud ou les États-Unis en matière de fabrication avancée de semi-conducteurs. L’objectif de New Delhi est de réduire progressivement cet écart dans les prochaines années.
L’Inde compte déjà 12 projets de semi-conducteurs approuvés
Tout a commencé avec Semicon India, un programme lancé en 2021 dans le but de bâtir une industrie nationale de semi-conducteurs durable, au-delà d’attraction de quelques usines isolées. L’Inde a débuté avec un budget d’environ 10 milliards de dollars destiné à soutenir tant la fabrication de puces que les installations d’encapsulation.
Cinq ans plus tard, le gouvernement affirme avoir approuvé 12 projets liés aux semi-conducteurs, avec une injection de capitaux cumulative d’environ 20 milliards de dollars. Trois d’entre eux devraient commencer leur production commerciale en 2026 : Micron le 28 février, Kaynes le 31 mars et CG Power le 4 juillet.
L’ambition de Semicon 2.0 est de renforcer cette stratégie.
Plutôt que de se concentrer uniquement sur la construction de nouvelles usines, l’Inde souhaite développer sept grands domaines couvrant différentes composantes de l’écosystème. Parmi eux : la conception de puces, la fabrication des équipements, les matériaux spécialisés, les nouvelles usines (fabs), l’encapsulation avancée, la recherche et la formation professionnelle.
L’objectif principal : passer de 40 nm à 3 nm
Une des initiatives les plus ambitieuses concerne les processus de fabrication.
À l’heure actuelle, l’écosystème national indien utilise une technologie de 40 nanomètres, alors que les fabricants mondiaux les plus avancés travaillent déjà avec des processus nettement plus petits.
Le gouvernement souhaite élaborer une feuille de route permettant d’introduire en Inde des technologies allant de 7 à 3 nanomètres dans les huit prochaines années. Réaliser cet objectif exigera d’importants investissements dans l’infrastructure, la recherche, la machinerie et la formation d’un personnel hautement spécialisé.
Ce n’est pas un saut facile. Les usines modernes nécessitent des salles blanches extrêmement propres, de l’eau ultrapure, des systèmes lithographiques très sophistiqués et un réseau étendu de fournisseurs spécialisés.
C’est précisément pourquoi Semicon 2.0 vise à dépasser le simple financement de nouvelles usines.
L’Inde souhaite également fabriquer ses propres machines et matériaux pour semiconducteurs
Un autre objectif clé est de développer une industrie nationale capable de produire une partie des équipements nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs.
Actuellement, les fabs dépendent d’équipements très spécialisés provenant d’un nombre restreint de fabricants internationaux. L’Inde ne prévoit pas d’éliminer immédiatement ces importations, mais souhaite progressivement développer ses capacités afin que ses entreprises puissent prendre part à cette partie cruciale de la chaîne d’approvisionnement.
Il en va de même pour les matériaux. Selon les données mentionnées par le ministre indien Ashwini Vaishnaw, la fabrication de semi-conducteurs peut requérir entre 150 et 500 produits chimiques, gaz et matériaux spécialisés différents. Semicon 2.0 a également pour but de favoriser l’émergence de fournisseurs nationaux pour certaines de ces composantes.
100 000 ingénieurs spécialisés en conception de puces
L’Inde dispose aussi d’un avantage considérable : une expertise solide en ingénierie et en conception de semi-conducteurs.
Des grandes entreprises internationales maintiennent déjà des équipes de conception importantes dans le pays, et selon le gouvernement, des ingénieurs indiens participent aujourd’hui à des projets liés même à des puces de 2 et 3 nm.
Semicon 2.0 vise à tirer parti de cette base et à augmenter l’objectif de formation à 100 000 ingénieurs spécialisés en conception de puces dans les prochaines années. Plus de 320 universités et start-ups ont déjà accès à des outils EDA via le programme Chips to Startup.
L’Inde n’est pas encore en capacité de rivaliser directement avec les principales nations en fabrication avancée, mais sa stratégie commence à montrer une différence notable par rapport aux tentatives précédentes : elle ne cherche plus simplement à bâtir des usines.
Avec Semicon 2.0, l’Inde veut simultanément développer puces, encapsulage, matériaux, machines, recherche et talents. Le véritable défi sera de voir si cette immense base industrielle et technologique pourra, d’ici la prochaine décennie, se transformer en un écosystème de semi-conducteurs capable de rivaliser à l’échelle mondiale.
Source : organiser