Semicon 2.0 : l’Inde vise les puces de 3 nm d’ici huit ans

L'Inde doublera son marché de semiconducteurs d'ici 2030 et se consolide comme un hub mondial de talents

L’Inde ne veut plus se contenter de son statut de puissance dans la fabrication électronique et la conception de puces. Le gouvernement prépare Semicon 2.0, une nouvelle étape de sa stratégie nationale qui élargit les investissements à pratiquement toute la chaîne de valeur des semi-conducteurs : fabrication, conception, matériaux, machines, encapsulage avancé, recherche et formation d’ingénieurs.

Contexte et enjeux

L’Inde dispose déjà d’une industrie électronique considérable, mais reste loin de Taïwan, de la Corée du Sud ou des États-Unis sur la fabrication avancée de semi-conducteurs. New Delhi veut réduire cet écart dans les prochaines années, dans un contexte où plusieurs pays d’Asie du Sud cherchent à se tailler une place sur ce marché. Le Pakistan, voisin régional, a lancé le même jour un plan pour former 7 200 experts en semi-conducteurs, signe que la course à l’autonomie technologique dépasse largement les seuls géants habituels du secteur.

Les faits

Tout a commencé avec Semicon India, programme lancé en 2021 pour bâtir une industrie nationale de semi-conducteurs durable plutôt que d’attirer quelques usines isolées. L’Inde a démarré avec un budget d’environ 10 milliards de dollars destiné à soutenir la fabrication de puces et les installations d’encapsulation. Cinq ans plus tard, le gouvernement affirme avoir approuvé 12 projets liés aux semi-conducteurs, pour une injection cumulée d’environ 20 milliards de dollars. Trois d’entre eux doivent démarrer leur production commerciale en 2026 : Micron le 28 février, Kaynes le 31 mars et CG Power le 4 juillet.

Semicon 2.0 veut aller plus loin que la simple construction de nouvelles usines. Le plan couvre sept grands domaines : la conception de puces, la fabrication des équipements, les matériaux spécialisés, les nouvelles usines (fabs), l’encapsulation avancée, la recherche et la formation professionnelle.

L’objectif le plus ambitieux concerne les procédés de fabrication. L’écosystème indien utilise aujourd’hui une technologie de 40 nanomètres, très en retrait par rapport aux fabricants mondiaux les plus avancés. Le gouvernement veut bâtir une feuille de route permettant d’introduire en Inde des technologies allant de 7 à 3 nanomètres dans les huit prochaines années. Un tel saut demande des salles blanches extrêmement propres, de l’eau ultrapure, des systèmes lithographiques très sophistiqués et un réseau étendu de fournisseurs spécialisés, ce qui explique pourquoi Semicon 2.0 vise à dépasser le simple financement de nouvelles usines.

L’Inde veut aussi produire une partie des équipements nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs. Les fabs dépendent aujourd’hui d’équipements très spécialisés provenant d’un nombre restreint de fabricants internationaux. Le pays ne prévoit pas d’éliminer ces importations du jour au lendemain, mais souhaite développer progressivement ses capacités pour que ses entreprises participent à cette partie cruciale de la chaîne d’approvisionnement. Même logique pour les matériaux : selon le ministre indien Ashwini Vaishnaw, fabriquer des semi-conducteurs peut demander entre 150 et 500 produits chimiques, gaz et matériaux spécialisés différents. Semicon 2.0 vise aussi à faire émerger des fournisseurs nationaux pour une partie de ces composants.

L’Inde s’appuie enfin sur une expertise solide en ingénierie et conception de semi-conducteurs. Plusieurs grandes entreprises internationales maintiennent déjà des équipes de conception importantes dans le pays, et selon le gouvernement, des ingénieurs indiens travaillent déjà sur des projets liés à des puces de 2 et 3 nm. Semicon 2.0 veut porter l’objectif de formation à 100 000 ingénieurs spécialisés en conception de puces dans les prochaines années. Plus de 320 universités et start-ups ont déjà accès à des outils EDA via le programme Chips to Startup.

Analyse et implications

La stratégie indienne se distingue des tentatives précédentes par son étendue : elle ne cherche plus simplement à bâtir des usines, mais à développer en parallèle puces, encapsulage, matériaux, machines, recherche et talents. C’est une approche assez différente de celle observée ailleurs dans la région : l’Inde avait d’abord privilégié l’entrée pragmatique par l’empaquetage OSAT, un segment moins coûteux et moins complexe que la fabrication avancée. Semicon 2.0 marque donc un changement d’ambition, l’Inde passant d’un point d’entrée prudent à une stratégie qui couvre toute la chaîne de valeur.

Ce pari s’inscrit dans une dynamique globale portée par la demande liée à l’IA, qui pousse le marché mondial des puces au-delà du billion de dollars en 2026. Dans ce contexte de demande soutenue, chaque nouveau pays capable de produire une partie de la chaîne d’approvisionnement réduit un peu la dépendance collective envers Taïwan et la Corée du Sud, ce qui explique l’intérêt stratégique porté par les grands acheteurs de puces à des initiatives comme Semicon 2.0.

Perspectives

L’Inde n’est pas encore en mesure de rivaliser directement avec les leaders de la fabrication avancée. Le vrai test se jouera sur la durée : voir si cette base industrielle et technologique très large parvient, d’ici la prochaine décennie, à se transformer en un écosystème de semi-conducteurs capable de rivaliser à l’échelle mondiale, plutôt qu’à rester une somme de projets partiels.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Semicon 2.0 ?

C’est la nouvelle étape de la stratégie indienne pour les semi-conducteurs, qui élargit les investissements à sept domaines : conception, équipements, matériaux, fabs, encapsulation avancée, recherche et formation.

Combien de projets de semi-conducteurs l’Inde a-t-elle déjà approuvés ?

Douze projets, pour une injection de capitaux cumulée d’environ 20 milliards de dollars depuis le lancement de Semicon India en 2021.

Quel est l’objectif de finesse de gravure visé par l’Inde ?

Passer d’une technologie actuelle de 40 nanomètres à des procédés allant de 7 à 3 nanomètres dans les huit prochaines années.

Combien d’ingénieurs l’Inde veut-elle former à la conception de puces ?

100 000 ingénieurs spécialisés, en s’appuyant notamment sur le programme Chips to Startup, déjà accessible à plus de 320 universités et start-ups.

Source : organiser

le dernier