L’Inde a franchi une étape importante dans sa politique de semi-conducteurs avec Semicon 2.0, la seconde phase de son programme national visant à développer une industrie locale de puces électroniques. Le gouvernement a approuvé en juillet un budget de 1,275 billion de roupies (environ 13 milliards d’euros) pour étendre l’effort, en allant au-delà des usines et de l’assemblage, vers la conception, la propriété intellectuelle indienne, les matériaux, l’équipement de fabrication et la recherche. Le pays compte déjà 12 projets industriels approuvés et trois sites en production de puces.
Les clés de la mission de semi-conducteurs de l’Inde en 30 secondes
- L’Inde a alloué 1,275 billion de rupies à Semicon 2.0, soit environ 13 milliards d’euros selon le taux de change actuel.
- La première phase disposait de 760 milliards de rupies, principalement dédiés à attirer des usines et des ateliers d’emballage.
- Le pays totalise 12 projets de fabrication approuvés dans six États, avec trois déjà en production.
- Tata Electronics construit dans le Gujarat la première grande usine indienne de fabrication d’oblettes de silicium.
- Semicon 2.0 étend les aides à la conception, la propriété intellectuelle, les matériaux, l’équipement, la recherche et la formation.
Il est important de préciser que le chiffre approximatif de 13 milliards d’euros ne correspond pas à une seule usine ou à des investissements privés déjà réalisés. Il s’agit du budget public approuvé pour Semicon 2.0, destiné à soutenir différentes parties de la chaîne de valeur dans les années à venir. Le programme précédent, Semicon India, a déjà mobilisé des engagements privés bien plus importants pour des projets concrets.
L’objectif n’est pas non plus de transformer immédiatement l’Inde en concurrent direct de Taïwan ou de la Corée du Sud pour les nœuds de fabrication les plus avancés. La stratégie commence par construire une chaîne industrielle dont la majorité des éléments n’existait que très partiellement il y a peu dans le pays, en misant sur une force que l’Inde possède depuis longtemps : une importante base d’ingénieurs spécialisés en conception de semi-conducteurs.
De la conception de puces pour d’autres à la fabrication locale en Inde
Le gouvernement indien a lancé sa première grande initiative dans le domaine des semi-conducteurs à la fin 2021, avec un budget de 760 milliards de rupies.
La première phase proposait des aides pouvant couvrir jusqu’à 50 % du coût de certains projets, notamment pour la fabrication de semi-conducteurs composites, l’assemblage, le test, le marquage et l’emballage (ATMP), l’assemblage et le test externalisés (OSAT) ainsi que la conception.
Quatre ans plus tard, le paysage industriel commence à évoluer.
En juin 2026, le gouvernement recensait 12 projets de fabrication approuvés, avec un total d’investissements avoisinant 1,64 billion de rupies. Ce portefeuille comprenait une usine de fabrication de silicium, deux unités pour semi-conducteurs composites, et neuf usines d’emballage.
Trois sites produisaient déjà des puces en juillet, selon le ministère de l’Électronique et de la Technologie de l’Information (MeitY).
Parmi les projets majeurs figure celui de Tata Electronics à Dholera, Gujarat.
L’entreprise développe, en partenariat avec la taiwanaise Powerchip Semiconductor Manufacturing Corporation (PSMC), une usine estimée à environ 915,3 milliards de rupies. Sa capacité prévue est d’environ 50 000 oblettes par mois.
Le gouvernement a annoncé en avril la zone économique spéciale abritant ce projet. S’étendant sur 66,166 hectares, elle devrait générer environ 21 000 emplois directs et indirects.
L’Inde dispose également d’un autre grand projet de Tata Electronics à Assam, dédié à l’emballage des semi-conducteurs. Son investissement prévu s’élève à 271,2 milliards de rupies, avec une capacité projetée de 48 millions d’unités par jour.
Micron est également un nom important, avec une installation à Gujarat consacrée à l’assemblage et au test de produits DRAM et NAND, avec un investissement annoncé de 225,2 milliards de rupies, et une capacité d’environ 14 millions d’unités par semaine.
La liste comprend aussi des projets de CG Power, Kaynes Technology, SiCSem, Continental Device India et d’autres entreprises.
| Projet | Investissement prévu | Activité |
|---|---|---|
| Tata Electronics, Gujarat | 915,3 milliards de rupies | Fabrication d’oblettes |
| Tata Electronics, Assam | 271,2 milliards | Embâquetage |
| Micron, Gujarat | 225,2 milliards | Assemblage et test DRAM/NAND |
| CG Power, Gujarat | 75,8 milliards | Assemblage et test |
| Kaynes, Gujarat | 33,1 milliards | Embâquetage de puces |
| SiCSem, Odisha | 20,7 milliards | SiC et embâquetage |
Tous ces projets ne sont pas au même stade d’avancement ni ne disposent des mêmes capacités technologiques. Une usine d’emballage ne doit pas être confondue avec une usine de fabrication de circuits sur oblettes de silicium.
L’un des enjeux de la deuxième phase est justement de constituer une chaîne plus complète.
Semicon 2.0 va au-delà de la construction d’usines
Le Conseil des ministres indien a approuvé Semicon 2.0 le 15/07/2026, avec un budget total de 1,275 billion de rupies.
La première mission a prouvé que les incitations pouvaient attirer des projets industriels. La nouvelle vise à couvrir les éléments encore manquants autour de ces usines.
Le programme s’articule autour de six piliers et l’un des premiers concerne la conception de puces.
L’Inde dispose déjà d’une industrie d’ingénierie des semi-conducteurs considérable, mais une grande partie de ce talent travaille pour des multinationales étrangères. Semicon 2.0 cherche à augmenter le nombre d’entreprises capables de développer leur propre propriété intellectuelle et de transformer des conceptions locales en produits commerciaux.
Le gouvernement affirme que 105 startups développent déjà des puces dans le cadre du nouvel écosystème. Avant même l’approbation de Semicon 2.0, l’initiative Design Linked Incentive (DLI) avait sélectionné 24 projets de conception pour un soutien financier.
En juin, 105 entreprises avaient également accès à des outils avancés de Electronic Design Automation (EDA) et 23 tape-outs avaient été réalisés, où un design fini est envoyé à une fondeuse pour produire ses premières oblettes.
Semicon 2.0 vise à approfondir cette démarche en favorisant la création d’une propriété intellectuelle complète en Inde, plutôt que de limiter le pays à fournir uniquement des services d’ingénierie.
Un autre enjeu majeur concerne les équipements et matériaux.
Une usine de semi-conducteurs dépend de machines de lithographie, de dépôt, de gravure, de métrologie et de test, ainsi que d’oblettes, de gaz, de produits chimiques et de matériaux spécialisés. Construire une usine dans le pays ne supprime pas la dépendance extérieure si presque tous ces éléments proviennent encore de l’étranger.
C’est pourquoi le budget 2026 définissait déjà ISM 2.0 autour de trois priorités : la fabrication d’équipements et de matériaux, le développement de propriété intellectuelle indienne et le renforcement des chaînes d’approvisionnement.
Il prévoit aussi des centres de recherche et de formation pilotés par l’industrie pour augmenter la disponibilité de personnel hautement qualifié.
L’Inde doit encore relever ses défis majeurs
Même si les investissements peuvent transformer l’Inde en un acteur différent dans l’industrie mondiale, produire à grande échelle reste un défi que les incitations financières ne peuvent pas résoudre à elles seules.
Les usines nécessitent une électricité stable, de vastes quantités d’eau ultrapure, des chaînes logistiques spécialisées et un réseau de fournisseurs capables de répondre à des exigences de production très strictes.
Il faut aussi plusieurs années pour atteindre des rendements compétitifs.
De plus, l’Inde part avec un désavantage par rapport à Taïwan, la Corée du Sud, le Japon, les États-Unis et la Chine, qui ont tous construit leurs chaînes d’approvisionnement depuis des décennies.
C’est pourquoi il est pertinent que Semicon 2.0 n’en reste pas uniquement à l’annonce de nouvelles usines.
Le gouvernement a même évoqué une évolution vers des processus plus avancés. La documentation officielle publiée début 2026 indiquait un futur plan pour développer les capacités liées aux nœuds de 3 et 2 nanomètres, mais cela doit être compris comme un objectif industriel à long terme, et non une capacité de production immédiate.
Le marché intérieur peut jouer un rôle stratégique pour le pays.
L’Inde possède une industrie électronique de consommation très développée et est l’un des principaux centres mondiaux de fabrication de téléphones mobiles. Selon les données officielles, la production électronique est passée d’environ 1,9 billion de rupies en 2014-2015 à près de 12 billions en 2024-2025. Les exportations de produits électroniques ont également augmenté, passant de 380 milliards à environ 3,3 billions de rupies sur la même période.
Cette croissance stimule une demande intérieure pour des puces dans l’automobile, les télécommunications, l’électronique industrielle, les appareils électroménagers, les mobiles, les systèmes énergétiques et les centres de données.
Le gouvernement envisage que le marché indien de semi-conducteurs atteigne 200 milliards de dollars d’ici 2035. Il s’agit d’un objectif, non d’une prévision assurée, qui dépendra à la fois de la croissance de la demande et de la réussite des projets actuellement en construction à atteindre une production commerciale compétitive.
Le passage de Semicon 1.0 à Semicon 2.0 traduit un changement de stratégie. L’Inde a commencé par offrir des incitations pour attirer des entreprises étrangères et nationales à investir dans des installations. Désormais, elle cherche aussi à développer tout ce qui entoure ces usines : conception, propriété intellectuelle, fournisseurs, matériaux, équipements et professionnels.
C’est là que se décidera une grande partie du résultat des 13 milliards d’euros engagés. Posséder des usines sur le territoire indien ne signifie pas encore disposer d’une industrie indienne complète de semi-conducteurs. Semicon 2.0 vise précisément à combler cette lacune.
Questions fréquemment posées
Combien de financement l’Inde va-t-elle consacrer à Semicon 2.0 ?
Le gouvernement a approuvé un budget de 1,275 billion de rupies, soit environ 13 milliards d’euros. Ce montant représente le financement public destiné à développer l’écosystème, et non un seul investissement industriel.
Combien d’usines de semi-conducteurs l’Inde a-t-elle déjà approuvé ?
À la mi-2026, le gouvernement comptabilisait 12 projets de fabrication et d’emballage dans six États, dont trois en production de puces.
L’Inde produit-elle déjà des puces avancées de 2 ou 3 nanomètres ?
Non. Le gouvernement a évoqué une feuille de route pour développer des capacités dans ces technologies à long terme, mais l’Inde ne dispose pas encore d’une production commerciale domestique dans ces processus.
Quelle est la plus grande usine de puces en cours de construction en Inde ?
L’un des projets principaux est celui de Tata Electronics et PSMC à Dholera, Gujarat, avec une investissement prévu de 915,3 milliards de rupies et une capacité estimée d’environ 50 000 oblettes par mois.