L’Europe traverse actuellement son plus grand cycle d’expansion des centres de données de son histoire, mais l’intelligence artificielle bouleverse une des règles fondamentales qui avaient structuré le secteur pendant des décennies. Désormais, la croissance ne dépend plus uniquement de la proximité avec Londres, Francfort ou Paris. La priorité consiste à disposer d’une capacité électrique suffisante pour alimenter des installations de plus en plus gigantesques.
Cetchamp est l’une des principales conclusions du rapport EMEA Mid-Year Data Centre Report 2026 élaboré par JLL, qui dépeint un marché européen avec une demande record, une faible disponibilité et une nouvelle génération de campus IA éloignés des grands centres urbains.
Les clés du marché européen des centres de données en 30 secondes
- Les marchés FLAP-D (Francfort, Londres, Amsterdam, Paris et Dublin) atteignent 3,8 GW de capacité opérationnelle, pouvant ajouter 453 MW supplémentaires avant la fin 2026.
- L’intelligence artificielle pousse les nouveaux projets vers des sites offrant une meilleure disponibilité électrique.
- Les campus hyperscale s’éloignent des grandes métropoles, passant d’une moyenne de 46 km à environ 175 km.
- Les développements sur terrain greenfield augmentent, passant de 8 % à 39 % du pipeline européen.
- La demande continue à surpasser l’offre, la capacité disponible restant proche de ses niveaux historiques faibles.
Bien que les cinq grands marchés européens concentrent encore la majorité de la capacité installée, le rapport souligne que le prochain cycle de croissance ne se limitera pas à l’expansion des mêmes pôles technologiques, mais impliquera la création de nouveaux hubs autour d’eux.
Le goulet d’étranglement n’est plus la clientèle, mais l’énergie
Pendant des années, la localisation d’un centre de données dépendait principalement de sa proximité avec de grands pôles métropolitains afin de réduire la latence et d’assurer une connectivité optimale.
L’émergence de l’intelligence artificielle a modifié cette logique.
Les modèles d’entraînement nécessitent des centaines de mégawatts concentrés en un seul site, tandis que la latence devient moins critique face à la disponibilité des terrains et de l’électricité.
JLL résume cette évolution par une idée simple : les centres de données commencent à être construits là où l’électricité est disponible, et non là où la demande est concentrée.
Comparatif : comment le marché européen évolue-t-il ?
| Indicateur | Situation antérieure | Tendance 2026-2028 |
|---|---|---|
| Capacité FLAP-D | 1,8 GW (2019) | 3,8 GW au premier semestre 2026 |
| Nouveaux développements greenfield | 8 % | 39 % du pipeline |
| Distance moyenne des campus hyperscale par rapport à un hub majeur | 46 km | 175 km |
| Distance moyenne de colocation | 52 km | 136 km |
| Taux de vacance FLAP-D | 16,9 % (2021) | 6,4 % |
| Capacité livrable prévue en FLAP-D | 170 MW (2020) | 453 MW (2026) |
Source : JLL EMEA Mid-Year Data Centre Report 2026.
Paris en tête de la croissance, l’Ibéri…e gagne en importance
Parmi les grands marchés européens, Paris a connu la plus forte augmentation de capacité au premier semestre avec 72,5 MW, dépassant déjà les prévisions pour l’année entière. Londres a ajouté 49 MW et Francfort 45 MW, tandis qu’Amsterdam et Dublin ont enregistré des croissances plus modérées.
Mais le chiffre le plus intéressant est un autre.
Le rapport indique que des capitaux commencent à s’orienter vers des marchés secondaires, citant explicitement l’Ibérie, Milan et les pays nordiques comme des régions qui concentreront une large part de la croissance hyperscale dans les années à venir.
En ce qui concerne la péninsule ibérique, JLL met en avant des projets comme l’expansion de Microsoft à Sines (Portugal) ou les investissements annoncés en Aragon comme exemples de cette nouvelle tendance.
La demande continue de largement dépasser l’offre
Malgré le rythme soutenu de construction, le marché européen souffre encore d’une disponibilité limitée en capacité.
Le taux de vacance moyen dans le zone FLAP-D tourne autour de 6,4 %, bien en deçà des 16,9 % enregistrés en 2021. Francfort affiche même un taux inférieur, à 3,1 %, ce qui pousse de nombreuses entreprises à réserver leur capacité plusieurs années à l’avance via des contrats de pré-louer.
Cette situation explique aussi la hausse des prix des terrains prêts à accueillir des centres de données. Selon JLL, le coût par MW dans les principaux marchés a augmenté de 82 % depuis 2021, atteignant environ 2,26 millions d’euros par MW, alors que les localisations secondaires restent nettement moins coûteuses.
L’IA modifie également la typologie des centres de données
Le rapport prévoit que le marché se scindera en deux grandes catégories.
D’une part, ceux destinés à l’hébergement en colocation, orientés vers les entreprises, qui doivent rester proches des grandes villes pour réduire la latence.
D’autre part, des campus presque exclusivement dédiés à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle, avec une puissance supérieure à 300 MW, situés sur des terrains éloignés des centres urbains principaux mais offrant une abondance d’énergie.
Selon JLL, ces deux modèles coexisteront dans les années à venir, mais c’est la seconde catégorie qui représentera une part importante du futur développement européen.
Questions fréquemment posées
Que signifie FLAP-D ?
C’est l’acronyme désignant les cinq principaux marchés européens de centres de données : Francfort, Londres, Amsterdam, Paris et Dublin.
Pourquoi l’IA modifie-t-elle l’emplacement des centres de données ?
Parce que les modèles d’intelligence artificielle nécessitent d’énormes quantités d’électricité et de vastes surfaces de terrain, des facteurs qui deviennent plus déterminants que la proximité avec les utilisateurs pour certains types de charges de travail.
Quelles régions européennes gagneront en importance ?
Selon JLL, l’Ibérie, Milan et les pays nordiques attirent de plus en plus d’investissements hyperscale grâce à une meilleure disponibilité en terrains et en capacité électrique.
Le marché européen continue-t-il de croître ?
Oui. Les marchés FLAP-D totalisent déjà 3,8 GW de capacité opérationnelle, et le rapport prévoit encore une année record en nouvelles installations.
Sources :