L’Espagne ferme la porte à la révision des blocages de LaLiga : le superviseur de la neutralité déclare ne pas être compétent

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Le principal conflit concernant la neutralité du réseau vécu en Espagne ces dernières années ne recevra, du moins pour le moment, aucune réponse de la part de l’organisme chargé de la supervision. La Secrétariat d’État aux Télécommunications et aux Infrastructures Numériques (SETELECO) estime que les revendications liées aux blocages d’adresses IP utilisés pour lutter contre la piraterie des retransmissions de LaLiga doivent être tranchées par la justice, et non dans le cadre d’une procédure administrative de contrôle de la neutralité du réseau.

Cette conclusion est intégrée dans le Rapport sur la supervision en Espagne de la réglementation européenne concernant l’accès à un Internet ouvert applicable en 2025, un document publié après plusieurs mois de polémique autour des blocages dynamiques appliqués lors des journées de la Liga, qui consacre pour la première fois une section spécifique à cette problématique.

Les clés des blocages de LaLiga en 30 secondes

  • Les revendications relatives à la neutralité du réseau ont augmenté en 2025, coïncidant avec les blocages d’adresses IP durant les matchs de football.
  • SETELECO affirme que ces mesures découlent d’une résolution judiciaire et que toute controverse sur leur mise en œuvre doit être résolue par la justice.
  • Le rapport ne se penche pas sur la proportionnalité technique des blocages ni n’évalue leur impact sur les services légitimes hébergés sur des infrastructures partagées.
  • La décision laisse un vide de critère administratif sur l’un des débats récents majeurs autour de la neutralité du réseau, avec des implications pour les opérateurs, CDN, fournisseurs cloud et sociétés d’hébergement.

Jusqu’ici, le débat public s’était principalement concentré sur la légalité des blocages promus par LaLiga et réalisés par différents opérateurs pour empêcher l’accès à des diffusions illégales. Cependant, le rapport du ministère introduit un autre élément aux conséquences potentiellement plus importantes : l’organisme chargé de veiller au respect du Règlement européen sur un Internet ouvert considère qu’il ne lui revient pas d’évaluer la mise en œuvre technique de ces mesures lorsqu’elles découlent d’une décision judiciaire.

La décision ne signifie pas que le gouvernement cautionne expressément tous les blocages effectués, ni qu’il déclare qu’ils respectent la neutralité du réseau. Elle consiste plutôt à reporter le conflit dans le domaine judiciaire, en laissant sans supervision administrative indépendante l’un des aspects les plus contestés du dossier.

Une augmentation sans précédent des revendications

Le rapport met pour la première fois en évidence l’impact de cette polémique sur les procédures de réclamations déposées par les utilisateurs.

En 2025, le Bureau d’Accueil des Utilisateurs des Télécommunications a enregistré 12 454 réclamations, en hausse par rapport aux 9 638 en 2024.

Ce qui est le plus frappant n’est pas seulement cette augmentation globale, mais aussi l’évolution des réclamations liées à la neutralité du réseau.

En 2024, elles ne représentaient que 0,1 % du total, soit une dizaine de cas. En 2025, cette part est montée à 2,45 %, bien que le rapport précise qu’une partie concernait des incidents liés à la vitesse de service.

Excluant ces réclamations, représentant environ 2,13 % du total, environ 265 pourraient être liées à des violations autres que la vitesse, une donnée qui coïncide temporellement avec la mise en œuvre des blocages dynamiques durant les retransmissions sportives.

Bien que le ministère n’attribue pas explicitement cette hausse à LaLiga, il est difficile de trouver un autre facteur lié à la neutralité du réseau expliquant une croissance proche de 2 550 % en seulement un an.

L’autorité de la neutralité évite de trancher le fond du débat

L’aspect le plus significatif du rapport apparaît lorsque SETELECO répond aux revendications reçues.

L’organisme rappelle que les blocages découlent de l’exécution de décisions judiciaires prononcées par le Tribunal de Commerce nº 6 de Barcelone, visant à protéger les droits audiovisuels de LaLiga.

Il cite aussi l’ordonnance de mars 2025 qui a rejeté les incidents de nullité déposés notamment par Cloudflare et RootedCON, et qui a exclu l’existence d’une procédure de blocages indiscriminés.

À partir de là, la conclusion du ministère est claire :

Les divergences concernant les adresses IP bloquées « doivent être traitées et résolues dans le cadre de l’exécution des sentences judiciaires ».

Autrement dit, l’organisme que la Loi Générale des Télécommunications désigne pour surveiller la neutralité du réseau considère que ce conflit doit être tranché directement par le juge ayant autorisé ces mesures.

Une différence entre autorisation judiciaire et mise en œuvre technique

Voici l’un des aspects susceptibles de générer le plus de débats dans le secteur technologique.

Qu’un juge autorise le blocage de ressources utilisées pour distribuer du contenu illégal ne signifie pas nécessairement que toutes les réalisations techniques de cette autorisation produisent le même effet.

Cependant, le rapport n’aborde pas cette question.

Il n’analyse pas si le blocage d’une adresse IP partagée est proportionnel.

Il ne considère pas si des alternatives techniques moins invasives existaient.

Il n’évalue pas non plus si l’exécution a affecté des services totalement étrangers aux retransmissions sportives.

D’un point de vue juridique, la présence d’une décision judiciaire peut justifier cette action.

D’un point de vue technique, en revanche, la discussion reste ouverte.

Internet ne fonctionne plus comme lors de la naissance du Règlement européen

Le conflit met également en lumière une mutation profonde de l’architecture d’Internet.

Lorsque le Règlement européen sur l’accès à un Internet ouvert a été adopté, bloquer une adresse IP concernait généralement un serveur précis ou un nombre relativement restreint de services.

Aujourd’hui, la réalité a beaucoup évolué.

Une grande partie d’Internet fonctionne aujourd’hui sur des infrastructures partagées où une seule adresse IP peut desservir simultanément des milliers de domaines, applications, API et plateformes d’entreprise.

Des sociétés comme Cloudflare, Vercel, Fastly, Akamai ou Bunny distribuent des millions de sites web via ce type d’architecture.

Dans ce contexte, bloquer une adresse IP peut avoir des conséquences très différentes de celles d’il y a seulement une décennie.

C’est précisément cette évolution qui a été une des principales raisons invoquées par Cloudflare et d’autres fournisseurs pour contester la proportionnalité des blocages réalisés durant la saison.

Le rapport ne mesure pas non plus les dommages collatéraux

Un autre point notable est l’absence de données sur l’impact réel de ces mesures.

Le document ne fournit pas d’informations sur :

  • le nombre d’adresses IP bloquées en 2025 ;
  • le nombre de domaines légitimes susceptibles d’avoir été affectés ;
  • la durée de leur inaccessibilité ;
  • le nombre d’entreprises ayant signalé des incidents ;
  • ni combien de faux positifs ont été recensés.

La seule donnée statistique disponible concerne les réclamations enregistrées par les utilisateurs du secteur des télécommunications.

Cela laisse de côté un nombre indéterminé d’incidents directement signalés par des fournisseurs cloud, opérateurs, plateformes CDN ou sociétés d’hébergement web, sans qu’une revendication administrative ait été formalisée.

Un précédent pour toute l’industrie cloud

Peut-être la conséquence la plus importante du rapport ne concerne pas directement le football.

Si l’organisme chargé de la supervision de la neutralité du réseau considère que les blocages résultant de décisions judiciaires échappent à son champs d’intervention, les controverses similaires futures devront être tranchées directement par la justice.

Cela concerne potentiellement tout l’écosystème numérique.

Pas uniquement les opérateurs de télécommunications, mais aussi les fournisseurs cloud, les sociétés d’hébergement, les plateformes SaaS, les réseaux de distribution de contenu (CDN), et toute infrastructure partagée pouvant être impactée par des mesures similaires.

En pratique, le rapport établit un critère institutionnel : la supervision administrative s’arrête là où commence l’exécution d’une décision de justice.

Un débat qui restera ouvert

Le document arrive quelques semaines avant le début d’une nouvelle saison de football, probablement marquée par la réactivation des blocages dynamiques.

En attendant, le débat continue sans réponse technique de la part de l’organisme responsable de la neutralité du réseau.

Le ministère reconnaît que les revendications ont connu une augmentation exceptionnelle en 2025, mais n’analyse pas la proportionnalité des blocages ni leur impact sur les tiers.

Dans un Internet fondé sur des services cloud, des CDN et des adresses IP partagées, cette absence de supervision soulève de nombreuses questions.

La principale étant de savoir si les outils judiciaires employés pour lutter contre la piraterie audiovisuelle sont toujours adaptés à une infrastructure Internet bien différente de celle qu’elle était lors de la conception de ces mécanismes.

Questions fréquentes

Que a décidé SETELECO concernant les blocages de LaLiga ?

L’organisme considère que les revendications relatives à l’exécution de ces blocages doivent être traitées en justice, et non dans le cadre des procédures administratives de supervision de la neutralité du réseau.

Combien de réclamations ont été déposées en 2025 ?

Le Bureau d’Accueil des Utilisateurs des Télécommunications a enregistré 12 454 réclamations. Environ 265 d’entre elles concernaient des violations potentielles de la neutralité du réseau autres que des problèmes de vitesse.

Le rapport affirme-t-il que les blocages étaient proportionnels ?

Non. Le rapport n’effectue pas d’évaluation technique de la proportionnalité des blocages ni n’analyse leurs effets possibles sur des services légitimes hébergés sur des infrastructures partagées.

Pourquoi le secteur cloud s’inquiète-t-il ?

Parce que de nombreux services Internet partagent des adresses IP dans des plateformes CDN ou chez des fournisseurs cloud. La suppression d’une IP peut affecter simultanément des milliers de sites et d’applications totalement étrangers à la violation qui a motivé la mesure.

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