Les disques durs mécaniques (HDD) enchaînent six trimestres consécutifs de hausse des prix et les modèles de référence d’1 To ont augmenté jusqu’à +15 % au cours du troisième trimestre 2026, de juillet à septembre. La pression n’affecte plus uniquement les SSD et les mémoires NAND : la croissance du stockage pour les centres de données tend également le marché des HDD, où les fabricants privilégient les unités nearline de grande capacité.

Les clés de la hausse des disques durs en 30 secondes

  • Les HDD de 3,5 pouces et 1 To atteignent 66,70 dollars en grande distribution, soit une augmentation de 15 % par rapport au trimestre précédent.
  • Les modèles de 2,5 pouces et 1 To augmentent de 10 %, à 61,20 dollars.
  • Il s’agit de prix à titre de référence, ce ne sont pas les prix de détail définitifs.
  • Morgan Stanley estime que la demande de HDD croît entre 40 % et 50 % par an, contre une croissance de l’offre de 30 % à 35 %.
  • Les analystes prévoient des restrictions d’approvisionnement au moins jusqu’en 2028.

Cette situation rompt avec une idée largement répandue ces dernières années : celle que le stockage mécanique continuerait à se démocratiser au moment où les SSD prendraient progressivement leur place. Si cette substitution s’est concrétisée dans les PC et autres appareils, le HDD conserve un avantage difficile à ignorer lorsque des dizaines de téraoctets sont nécessaires : le coût par unité de capacité.

Les centres de données nécessitent précisément des volumes de stockage toujours plus importants. L’intelligence artificielle génère de nouvelles charges, mais ce n’est pas la seule explication. Les services cloud, les sauvegardes, les archives, la vidéo, la vidéosurveillance et les grands dépôts de données continuent d’utiliser des disques mécaniques lorsque la vitesse d’un SSD ne justifie pas un coût supérieur.

Cette dynamique réduit la marge entre l’offre et la demande.

Un HDD d’1 To atteint 66,70 dollars en wholesale

Les données initialement publiées par Nikkei pour le trimestre de juillet à septembre montrent une forte augmentation pour deux produits de référence dans les transactions commerciales.

HDD de référence Trimestre précédent Juillet-septembre 2026 Variation
3,5 pouces, 1 To 58,00 dollars 66,70 dollars +15 %
2,5 pouces, 1 To 55,64 dollars 61,20 dollars +10 %

Le modèle de 3,5 pouces enregistre ainsi une hausse de 8,70 dollars en un trimestre. Celui de 2,5 pouces augmente de 5,56 dollars.

Il est important d’interpréter ces chiffres correctement. Ils ne signifient pas que tous les HDD d’1 To vendus en France coûteront 66,70 dollars, ni que chaque disque a augmenté d’exactement 15 %.

Ce sont des prix de référence utilisés dans les grandes transactions commerciales, qui peuvent mettre du temps à se répercuter sur le marché de détail. Le prix final dépend aussi du fabricant, de la capacité, du distributeur, des stocks disponibles, des promotions, des taxes et du segment de marché.

De plus, les disques d’1 To ne sont plus nécessairement la meilleure référence pour mesurer le coût réel du stockage de haute capacité. Dans les centres de données, on utilise des unités nearline avec des capacités bien supérieures, où la métrique principale est souvent le coût par terabyte.

Ce qui importe ici, c’est une autre réalité : la tendance des prix continue de monter, même dans les segments matures du marché HDD.

L’IA nécessite des SSD rapides mais aussi d’immenses volumes de HDD

L’expansion des infrastructures d’intelligence artificielle est généralement associée aux GPU, à la mémoire HBM et aux SSD haute performance. Pourtant, les centres de données doivent aussi stocker bien plus de données que celles conservées dans leurs niveaux de stockage rapides.

Les SSD conviennent pour les charges sensibles à la latence et au nombre d’opérations d’entrée/sortie par seconde. Les HDD restent compétitifs pour le stockage massif lorsque la capacité est prioritaire et que les données ne nécessitent pas des temps de réponse aussi faibles.

Cette différenciation aide à comprendre pourquoi la croissance de l’IA peut finir par impacter ces deux types de technologie.

L’augmentation des prix de la mémoire NAND pourrait rendre moins attrayant l’usage des SSD à certains niveaux de stockage, tandis que la croissance des services cloud et des charges d’inférence augmente la quantité totale d’informations à conserver.

Morgan Stanley estimait en juin que la demande de HDD croît d’environ 40 % à 50 % par an, alors que l’offre progresserait entre 30 % et 35 %. Leurs analyses en Asie conduisaient à prévoir une pénurie potentielle jusqu’en 2028.

Il s’agit d’une prévision d’analystes, pas d’une garantie d’une pénurie dans tous les segments d’ici deux ans. La différence est importante car le marché HDD regroupe des produits très variés, allant de petites unités pour l’électronique grand public à des disques nearline de plus de 20 ou 30 To destinés aux grands centres de données.

Morgan Stanley pointait également que, en juin, les prix des unités nearline étaient en dessous de 15 dollars par téraoctet, tandis que des fabricants comme Seagate et Western Digital visaient des prix compris entre 25 et 30 dollars par To dans les deux ou trois prochaines années.

Si ce scénario se réalisait, la hausse toucherait précisément le segment où les HDD ont encore une importance économique majeure : le stockage de masse.

Les fabricants concentrent leurs ressources sur les disques à grande capacité

La capacité industrielle ne peut pas évoluer aussi vite que la demande d’un trimestre à l’autre.

Le marché mondial du HDD est principalement dominé par Seagate, Western Digital et Toshiba. Ces fabricants ont consacré une grande partie de leurs efforts à augmenter la capacité de chaque unité, notamment pour répondre aux besoins des centres de données.

L’objectif n’est pas seulement de produire plus de disques, mais d’accroître la quantité de téraoctets stockés en utilisant un nombre similaire d’unités, baies, serveurs et data centers.

Des technologies comme HAMR (Heat-Assisted Magnetic Recording) permettent d’augmenter la densité de stockage en chauffant de manière extrêmement ciblée la surface magnétique lors de l’écriture. Seagate commercialise déjà sa plateforme Mozaic basée sur HAMR, tandis que Western Digital développe sa propre transition technologique, associée à d’autres techniques d’augmentation de la densité.

La demande pour ces unités de haute capacité modifie aussi les priorités industrielles. Si les plus grands opérateurs acceptent de commander d’importantes quantités de stockage nearline, maintenir une offre large de disques plus petits à marge plus faible perd en intérêt pour les fabricants.

Cela peut également expliquer en partie pourquoi la tension arrive jusque sur les unités classiques, même si les grands centres de données n’achètent pas des millions de HDD d’1 To.

Il n’existe pas d’équivalence directe entre ces marchés, mais ils partagent fabricants, composants, capacité industrielle et décisions d’investissement.

La vidéosurveillance ajoute une autre demande. La hausse de la résolution des caméras et la durée de conservation des enregistrements augmentent les besoins de stockage, un domaine où les disques mécaniques conservent une présence conséquente.

Le retour du HDD au lieu du SSD ne garantit plus des coûts de stockage faibles

La situation est particulièrement singulière : la pression agit simultanément sur différentes technologies.

Pendant des années, un utilisateur considérant un SSD de plusieurs téraoctets comme trop coûteux pouvait opter pour une configuration avec un petit SSD pour le système et les applications, combiné à un HDD plus grand pour les données. Techniquement toujours valable, mais l’écart de prix pourrait se réduire si ces deux technologies augmentent de prix.

Cela ne signifie pas que HDD et SSD allaient converger vers un même prix par téraoctet. Les disques mécaniques de grande capacité continuent à offrir des avantages économiques pour certains usages, tandis que les SSD conservent d’importantes différences en matière de latence, consommation, bruit, résistance mécanique et performance aléatoire.

Le choix devient chaque fois plus dépendant de la charge de travail.

Besoin Technologie généralement la plus adaptée
Système d’exploitation et applications SSD
Jeux et applications très lues SSD
Machines virtuelles et bases de données actives SSD
Archivi de grands volumes HDD
Sauvegardes locales HDD
NAS de grande capacité HDD
Stockage nearline en centres de données HDD
Données nécessitant une latence minimale SSD

Pour les entreprises ayant de très grands besoins en stockage, l’évolution est plus cruciale que pour un utilisateur individuel. une différence de quelques dollars par téraoctet peut devenir significative lorsqu’on considère des pétaoctets de capacité.

Et c’est précisément dans ce marché que la demande est la plus visible.

Les grands opérateurs négocient leurs contrats longtemps à l’avance, permettant aux fabricants d’ajuster leurs investissements en fonction de ces prévisions. Morgan Stanley prévoit que la combinaison d’une demande croissante et d’une offre plus lente pourrait maintenir le marché sous tension jusqu’en 2028.

Cela ne signifie pas que les prix devront obligatoirement augmenter chaque trimestre jusqu’à cette date. Des périodes de stabilisation, des variations d’inventaire, des augmentations de capacité ou des changements dans la demande peuvent survenir.

De plus, il n’est pas garanti qu’un HDD spécifique deviendra plus cher dans deux ans comparé à aujourd’hui.

Ce que montrent les données actuelles, c’est un constat limité mais important : le stockage mécanique ne fonctionne plus comme un refuge totalement isolé des tensions qui affectent l’industrie mémoire et stockage dans son ensemble.

La demande pour les centres de données s’oriente vers des capacités toujours plus importantes, et les fabricants concentrent une grosse partie de leurs ressources pour y répondre. Tant que l’offre croît plus lentement que cette demande, acheter du stockage pas cher, que ce soit SSD ou HDD, pourrait continuer d’être plus difficile qu’il y a seulement quelques trimestres.